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La réforme fiscale de Trump: le Canada ne perd pas son avantage

La réforme fiscale de Trump: le Canada ne perd pas son avantage
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Fiscalité Trump : le Canada perd son avantage. Faux!

Je n’en reviens absolument pas comment certains journalistes, heureusement pas tous, se font régulièrement les « rubber stamps » de la classe dominante dans absolument tout. Vraiment déprimant. Ainsi, certains médias se font les complices de la montée toujours croissante des inégalités économiques. Loin de m’acharner sur mes amis journalistes, je veux juste les aider à faire leur job correctement. Je sais qu’ils apprécient mes remarques et mes conseils. Prenons l’exemple de deux textes parus dans Le Devoir sous la plume de Gérard Bérubé et de Jean-Robert Sansfaçon les 20 décembre 2017 et 3 janvier 2018 sous le titre de : « Le Canada perd son avantage face aux États-Unis » et « Fiscalité 2018. L’effet Trump. »

Le Canada perd son avantage : un vrai mensonge

Depuis quelques années, le taux fédéral d’impôt sur le revenu des compagnies est de 15 % au Canada alors qu’il est depuis longtemps à 35 % aux États-Unis. Il va descendre à 21 % avec la réforme fiscale pour les riches implantée par Donald Trump. Toutes ces années durant lesquelles le taux d’impôt corporatif canadien était plus du double inférieur à celui des States (35 % versus 15 %), les pleureuses patronales et leur cortège d’économistes et d’universitaires n’ont jamais demandé une hausse d’impôts afin de rendre la fiscalité canadienne comparable à celle de notre voisin américain. Tout de même bizarre!

En ajoutant les taux d’impôt provinciaux au Canada et ceux des États aux États-Unis, par le biais de calculs approximatifs, nos journalistes, aidés « d’experts », arrivent à un taux combiné de 27 % pour le Canada et de 26 % chez l’oncle Sam, d’où la prétention que maintenant le Canada taxe plus ses « pauvres » entreprises. Il faut donc les libérer de cette inhumaine injustice fiscale. C’est drôle, nos reporters n’ont fait la comparaison fiscale qu’avec les États-Unis et aucunement avec les autres pays occidentaux alors qu’on le fait volontiers avec nos programmes sociaux afin de justifier une baisse. Des comparaisons sélectives et intéressées quoi! Moi, je prévois que les dirigeants d’entreprises et leur cavalerie vont bientôt descendre la rue avec leurs pancartes en scandant : « So, so, so, solidarité ».

Des calculs erronés

Premièrement, signalons que le journaliste Gérard Bérubé a interviewé un seul expert, soit un associé du cabinet d’experts-comptables Raymond Chabot Grant Thornton, qui a, on le devine, un parti pris patronal évident. Ainsi, le fiscaliste, Pierre Bourgeois, mentionne au journaliste que les taux d’impôts corporatifs des États américains varient de 0 à 15 %. Jusque-là rien à redire. Mais la suite devient plus loufoque, et je me demande bien pourquoi le journaliste a embarqué dans cette invraisemblance sans poser de questions, larguant cette bouillie telle quelle. Donc de 0 à 15 % pour une « moyenne » de 5 à 7 % qu’a dit le fiscaliste. Ben voyons donc, ce raccourci est tout simplement ridicule. Sur la cinquantaine d’États américains, il y a en a avec peu de population et d’industries, comme le Vermont, le New Hampshire, le Wyoming, le Kentucky, etc., et d’autres tout à fait le contraire comme la Californie, New York, l’Illinois, le Texas, le Massachusetts, etc. Même un écolier du primaire comprend que l’on ne peut pas procéder ainsi en calculant une moyenne aussi grossière. Mais, grossiers ou pas, ils ont basé leurs conclusions sur ça. Il aurait fallu au moins pondérer ladite moyenne avec la population de chaque État américain, non?

La comparaison fiscale n’est pas aussi simpliste

Avant de comparer la fiscalité des particuliers et des compagnies d’un pays à l’autre, il faut faire preuve de prudence. Mais certains préfèrent effectuer des comparaisons et des calculs trompeurs. Certains pays préfèrent utiliser davantage les taxes foncières, les taxes sur le capital, les impôts successoraux, les impôts sur le revenu brut et d’autres impôts sur le revenu, les taxes sur la machinerie, les taxes à la consommation, etc.

Par exemple, simplement en prenant l’étude annuelle de 2016 effectuée par KPMG qui, pour chaque État américain, nous fournit, pas seulement les impôts sur le revenu, mais aussi la liste des États et des villes qui lèvent des taxes sur le capital (abolies au Canada et au Québec), les taxes foncières corporatives et même les impôts sur le revenu des compagnies calculés sur les revenus bruts, c’est-à-dire le montant des ventes. Dans cette étude de KPMG, on constate que plusieurs États, villes et comtés américains ont une taxe sur le capital, des impôts sur le revenu brut et des taxes foncières corporatives très élevées et ça, ni l’expert-comptable fiscaliste et ni les journalistes en ont fait mention dans leur compilation. Même approche préconisée par le patronat d’ailleurs. Tiens, on aurait pu aussi se servir de l’étude fiscale du Tax Foundation aux States et d’autres avant de dire n’importe quoi et de verser dans la désinformation. Encore une fois, je vais passer pour l’empêcheur de tourner en rond auprès de nos créateurs de richesse. J’aurais dû écouter ma mère et devenir commentateur sportif.

C’est drôle, dans le journal Les Affaires, François Bédard, alors associé fiscaliste chez Deloitte a déjà mentionné ceci : « Aux États-Unis, plus de 6500 juridictions imposent ou taxent les entreprises. En plus des gouvernements fédéral et des États, plusieurs villes américaines (comme New York) ainsi que de très nombreux comtés ont un système d’imposition applicable aux entreprises faisant affaire. » Tiens-toé!

Place à la parade idéologique

À partir de chiffres tout croches, le patronat canadien et québécois et ses fidèles serviteurs ont déjà entamé leur cabale afin de faire baisser les taux d’impôts corporatifs canadiens. Il y a Jean Charest qui a dit ceci à propos de la réforme fiscale de Donald Trump : « Un enjeu plus menaçant que l’ALENA, selon Jean Charest » (Le Devoir, 17 mars 2017). Rien de trop fort pour lui afin de faire peur au monde. Et il y a la toujours souriante Monique Leroux, l’ex-patronne chez Desjardins, qui a largué cette bombe : « Baisse des impôts aux États-Unis : il nous fait être compétitifs » (Journal de Montréal, 20 mars 2017). Être compétitifs comment? Voilà la preuve « scientifique » que les grands esprits se rencontrent puisque la Chambre de commerce du Canada a dit exactement la même chose que Jean Charest : « La réforme fiscale aux États-Unis, plus néfaste que la mort de l’ALENA? » (Le Devoir, 20 janvier 2018) Chu ben tanné que l’on se moque de façon aussi cavalière de la population. Et si aux prochaines élections américaines les démocrates gagnent et augmentent à nouveau les impôts corporatifs, nos pleureuses vont suggérer de faire quoi au Canada? Et tous les sondages prédisent la victoire des démocrates.