/opinion/columnists
Navigation

La voiture comme prison

Congestion
Photo Pierre-Paul Poulin La voiture peut devenir une prison

Coup d'oeil sur cet article

Les maires de la couronne nord et celui de Laval en tête viennent d’annoncer qu’ils se mobilisent contre la congestion massive qui devient un vrai problème pour la région.

D’une année à l’autre, la situation empire. Il faut dire que le problème est global. La métropole est de moins en moins accessible pour la classe moyenne qui se replie vers les banlieues pour avoir accès à la propriété.

Banlieues

Ces dernières s’étendent de plus en plus loin. Cela devient même absurde. On part de Saint-Jérôme et même d’encore plus loin pour aller au boulot.

C’est-à-dire qu’on se soumet chaque jour à un stress immense quand vient le temps de travailler et quand vient le temps de revenir chez soi. Vivre en banlieue et travailler à Montréal devient un enfer.

L’existence quotidienne se caractérise par une pression psychologique de plus en plus insoutenable.

On passe une grande partie de sa vie dans sa voiture, en espérant ne pas être en retard au travail, puis en espérant revenir à temps pour s’occuper des enfants et de la vie domestique.

Qu’on ne vienne pas ensuite se demander pourquoi le commun des mortels en vient tôt ou tard, et presque inévitablement, à craquer.

La famille elle-même est fragilisée par une telle existence qui écartèle ses membres et les jette dans une course effrénée dont ils ne sortiront peut-être que par une forme ou une autre de dépression.

En un mot, derrière la question de la congestion, ce qui se révèle, c’est un modèle de société qui ne fonctionne tout simplement pas. Il devient inhumain et intenable, tout à la fois. Il étouffe les conditions élémentaires d’une existence vivable.

On me pardonnera les grands mots, mais de ce point de vue, l’étalement urbain est devenu un problème de civilisation auquel il faudra d’une manière ou d’une autre donner une réponse collective.

On ne sait toujours pas si les maires de la couronne nord plaideront pour la multiplication des autoroutes ou pour le développement du transport en commun, pourtant essentiel.

Car on ne sous-estimera pas, malgré tout, l’attachement de nos contemporains à l’automobile. Il y a même un fétichisme de l’automobile.

Mais alors qu’elle était un symbole de liberté, elle prend désormais l’allure d’une cage plus ou moins dorée qui devient le symbole d’une société qui ne fonctionne pas. On a beau la remplir de joujoux technologiques, dans le contexte qui est le nôtre, elle devient même une prison et un symbole d’aliénation­­­.

Proximité

Reprenons le problème à la base : comment rebâtir des communautés à échelle humaine ne condamnant pas l’individu à courir sans cesse dans une existence qui lui échappe et qui a de moins en moins de sens ?

Il ne s’agit pas d’avoir la nostalgie d’une vie de village bucolique et paisible, mais de trouver un modèle de développement qui ne nous pousse plus vers la folie.

Ce n’est pas une petite tâche. Mais elle est vitale.