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L'avenir de la gestion de l'offre

L'avenir de la gestion de l'offre
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Le Canada est en train de ressusciter le Partenariat transpacifique (PTP). Le PTP est ce colossal accord que Donald Trump avait rapidement éliminé après être devenu président des États-Unis. Le PTP est emblématique de ces nouveaux « super-traités » qui ne portent plus tant sur le libre-échange, car celui-ci est déjà réalisé, mais qui dictent une politique permanente aux pays signataires dans des domaines qui n’ont parfois aucun rapport avec le commerce des marchandises. Le PTP contenait, par exemple, des dispositions concernant la propriété intellectuelle, les contenus disponibles en ligne et le prix des médicaments. Il permettait aussi aux grandes multinationales de poursuivre avec beaucoup de facilité les gouvernements si leurs choix démocratiques portaient atteinte aux profits privés. Le grand économiste Joseph Stiglitz disait du PTP qu'il portait sur bien des choses, mais pas vraiment sur le libre-échange. Il ouvrait aussi une brèche dangereuse dans le système de la gestion de l’offre, tant décrié et central aux attaques des prophètes du tout au marché. Il faudra voir ce que le nouveau PTP impliquera en la matière.

Le « libre-échange » se présente comme la libération intégrale du consommateur, à qui on vend les différents accords comme une victoire indéniable pour son portefeuille, assimilant sa liberté à son pouvoir de consommer des produits rapidement périmés. On tente ainsi de séduire le consommateur à coup d’images évocatrices, comme celui d’une réduction du prix de la pinte de lait advenant la signature de traités qui entraîneraient l’abolition du système de la gestion de l’offre au Canada. Maxime Bernier parlait quant à lui de « libérer le lait de poule », en référence aux œufs, au lait et à la crème, tous encadrés par l’État, qui composent cette succulente boisson du temps des fêtes. Plus qu’un discours démagogique, il faut avant tout y voir une victoire de l’imaginaire du court-terme. Il semble peu importer que l’agriculture soit un domaine complexe qui n’est pas à traiter à la légère (on parle tout de même de l’alimentation des gens), que le système de la gestion de l’offre a empêché bien des crises de surproduction en plus de protéger nos producteurs nationaux, et que son abolition mènerait au monopole de transnationales qui finiraient, elles aussi, par augmenter les prix des produits laitiers.

La gestion de l’offre est un système qui touche les producteurs de volaille, d’œufs et de lait. Elle permet la souveraineté alimentaire du Canada. Depuis le début de la décennie 1970, divers mécanismes ont été mis en place pour que l’offre puisse répondre à la demande des consommateurs. Il y a ainsi des quotas sur les importations, tout ce qui excède leur quantité prédéterminée étant soumise à un tarif très élevé. Le prix du lait est aussi fixé en fonction des coûts de production. L’État définit également le niveau cible que la production canadienne peut atteindre. C’est ce qu’on appelle le quota de mise en marché : est alors déterminé l’objectif à réaliser pour la production de lait dit de transformation. L’objectif est modifié en fonction des fluctuations de la demande. La Commission canadienne du lait achète et vend le beurre et la poudre de lait écrémé à un prix fixé, ce dernier servant de base pour les provinces, qui choisissent les prix à payer pour la transformation en produits dérivés tels que le yogourt, le fromage, la crème glacée, etc. Il faut aussi noter que le lait québécois est d’une grande qualité comparativement à celui produit par des vaches dopées aux hormones de croissance et traitées comme des machines à produire.

Non, l’agriculture ne peut pas être traitée comme un grand centre d’achat.