/weekend
Navigation

Cordonnier mal chaussé

Le temps des seigneurs, 
biographie
Dan Bigras
Éditions Québec Amérique
Photo courtoisie Le temps des seigneurs, biographie Dan Bigras Éditions Québec Amérique

Coup d'oeil sur cet article

Julien Bigras, le père de Dan Bigras, était un psychanalyste réputé. Toutes les semaines, à une émission matinale de la radio publique, on entendait sa voix rugueuse et rassurante qui redonnait confiance aux âmes inquiètes et aux écorchés vifs. Moi qui détestais mon père, je rêvais d’avoir un père aussi généreux de son temps et de ses conseils.

Ça, c’était l’image publique. À la maison, le psychanalyste doux et écoutant se transformait en père fouettard. Lorsqu’il entrait dans une grosse colère, poussé par une mère indigne, il battait le petit Dan à répétition. De grosses claques sur la gueule avec la paume et le revers de la main.

Les parents faisaient régner un climat de terreur dans cette chic demeure d’Outremont. Le lendemain, à l’école, avec sa joue enflée et rougie par les coups reçus la veille, l’enfant battu était la risée de la classe. Puis, là aussi, dans la cour d’école ou dans le quartier, on le cognait encore. Jusqu’à ce qu’il se sente comme « une marde, une écœuranterie. Comme un méchant dans un film ».

Faire du beau avec du laid

Il apprendra la survie. Comme un animal traqué, il est attentif au moindre changement d’humeur. Paradoxalement, ses parents, tout en lui creusant des trous sans fond dans son cœur, lui apprenait à les décorer, « à essayer de faire du beau avec du laid ».

À trente-sept ans, il sera père et il tentera de savoir s’il porte en lui « ce gène de l’agression ». S’ensuivra une longue quête sur les origines des Bigras, partis de La Rochelle en 1682 à la recherche d’une vie meilleure. Et cette vie rêvée, les premiers Bigras la trouveront dans le trappage, loin de la sédentarité.

Le père de Dan Bigras sera lui aussi un écorché vif, tout comme sa mère d’ailleurs. Cela laisse des traces. Et c’est sans doute pour effacer ces traces qu’ils seraient tous deux devenus ­psychanalystes. « Beaucoup de gens souffrants sont devenus psys afin de mettre des mots sur ces mystérieux maux qui les dolorifiaient. »

Bouée de sauvetage

Comme sa mère joue du piano, Dan, ­l’aîné des enfants Bigras, se montre ­intéressé et sa mère lui trouve une professeur. Le piano sera son refuge, sa bouée de sauvetage, son plan de vie.

Mais, comme dans toute bonne famille moderne, le couple se séparera et les enfants finiront par aboutir chez leur père, après un bref séjour chez leur mère qui n’en veut plus. À seize ans, après avoir accepté de terminer son quatrième secondaire, il part de la maison sans saluer personne. Sa fugue durera quatre ans. Quatre ans d’errances dans les rues de Québec. « Ben sûr que la rue c’est contagieux, mais ça ne s’attrape pas dans la rue. Ça s’attrape à la maison. » Il retrouvera l’usage du piano puis sa rencontre avec Bob Walsh le convaincra de chanter.

La mort de son jeune frère le bouleversera. Surtout lorsqu’il apprendra dans quelles conditions il est mort. On n’a qu’à penser à la chanson des Colocs, Tassez-vous de d’là : « Y avait d’la coke dans ‘es yeux/Y avait d’l’héro dans l’sang [...] Je l’ai laissé tout seul au bord de la catastrophe... » Mais le grand Dan pardonnera.

Son récit de vie se lit sans temps mort. On en sort meurtris, nous aussi.

À LIRE AUSSI

Une île d’arbres

Bronwyn 
Chester
Éditions 
Marchand 
de feuilles
Photo courtoisie
Bronwyn Chester Éditions Marchand de feuilles

 

 

Je me souviens du merveilleux roman de Jacques Ferron, L’Amélanchier.Sachez que vous pouvez trouver des amélanchiers à Montréal et déguster ses petits fruits en juin, avant que les oiseaux ne s’en empiffrent. De même que l’arbre liège de Chine, dont l’écorce peut entrer dans la confection de certains remèdes. Passionnés des arbres, voici un livre enchanteur à emmener avec vous lors de vos piques-niques ou ballades sur l’île de Montréal.

Petits carnets du rien-pantoute

Marcel 
Sabourin
Éditions 
Planète 
rebelle
Photo courtoisie
Marcel Sabourin Éditions Planète rebelle

 

 

On connaît le Marcel ­Sabourin ­comédien, on connaît moins le ­Marcel Sabourin parolier de ­chansons, dont certaines célèbres comme Te v’là et Tout écartillé, ­popularisées par Robert Charlebois. Voilà que « Marcel le bienheureux » publie une vingtaine de courts textes sur ces petits riens de la vie, qu’on peut également écouter sur un cd.

« Marcel est un continent vaste, accueillant, riche et mystérieux. C’est mon mentor. Son originalité est totale, surprenante », affirme Pierre Curzi en préface.

Avec ou sans Parti pris

Collectif sous 
la direction de 
Gilles Dupuis, 
Karim Larose, 
Frédéric Rondeau 
et Robert 
Schwartzwald
Éditions 
Nota bene
Photo courtoisie
Collectif sous la direction de Gilles Dupuis, Karim Larose, Frédéric Rondeau et Robert Schwartzwald Éditions Nota bene

 

 

Parti pris fut une revue ­engagée ­fidèle à son époque. On y ­débattait d’indépendance et de ­québécitude, de laïcité, de ­socialisme, de ­littérature, d’art et de culture, de politique ­nationale et ­internationale. Elle a ­marqué toute une génération d’intellectuels tout en effectuant une rupture avec la revue Cité libre, ­associée aux ­intellectuels ­traditionnalistes comme Pierre Elliott Trudeau. ­Cinquante ans plus tard, des ­chercheurs tentent de situer ­l’aventure partipriste dans la marche du Québec vers son ­émancipation.

Le Nord invisible

Alexandra
 Shimo
Éditions de 
l’homme
Photo courtoisie
Alexandra Shimo Éditions de l’homme

 

 

Le Canada a signé de nombreux traités internationaux où il s’engage « à fournir à tous une nourriture adéquate ». Ça, c’est sur papier. Le Nord, c’est plus que le Tiers Monde, c’est le quart-monde, un territoire négligé avec sa population laissée à elle-même. Il est plus facile aux forces armées canadiennes d’intervenir à l’autre bout du monde que de porter secours aux Premières Nations aux prises avec de graves problèmes de contamination d’eau potable, de suicides et d’assassinats de femmes autochtones. Une ­enquête ­percutante qui ne fait que nous convaincre qu’il est urgent d’agir.