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Être nationaliste sans être indépendantiste?

POL-CONSEIL GÉNÉRAL DE LA CAQ
Photo Agence QMI, Audré Kieffer

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La formule revient souvent dans les discours de la CAQ: il serait possible d’être nationaliste sans être indépendantiste. En d’autres mots, on peut être fidèle au Québec d’abord sans souhaiter pour autant la souveraineté. La formule a tout pour plaire, surtout en ces années de lassitude par rapport au combat national. Surtout qu’en soi, elle n’est pas fausse.

À travers l’histoire du Québec, il y a eu plusieurs propositions politiques qui visaient à redéfinir le cadre canadien pour le rendre compatible avec les aspirations québécoises. On pensera notamment à la proposition des États-associés, ou encore à celle cherchant à assurer la reconnaissance du Québec comme société distincte dans la fédération, ce qui consistait à lui accorder un statut particulier, conforme à sa réalité spécifique. Toutes ces proposaient s’alimentaient à l’imaginaire dualiste, à la thèse des deux peuples fondateurs, qu’on voulait désormais traduire politiquement et constitutionnellement.

On notera, et ce n’est pas un détail, que ceux qui alors, se disaient nationalistes sans être indépendantises laissaient généralement comprendre qu’ils opteraient pour l’indépendance si le Canada n’acceptait pas de se transformer pour faire une place au peuple québécois. Leur fédéralisme n’avait rien d’inconditionnel. Il s’accompagnait d’un seuil de rupture. La réforme du fédéralisme n’était pas non plus attendue pour 2500: c’était une question suffisamment importante pour être prise au sérieux dans un horizon politique concret, avec une échéance significative, au moins partiellement contraignante.

Qu’en est-il aujourd’hui? Ceux qui refusent l’indépendance tout en condamnant la soumission libérale ont-ils une proposition au moins un peu substantielle à mettre sur la table? On est en droit d’en douter. Qui propose en ce moment une démarche politique visant par exemple à assurer un transfert de pouvoirs significatif vers Québec? Personne. La CAQ et ses meilleurs éléments disent pourtant qu’il faudra bien un jour réparer la constitution en tenant compte de la différence québécoise. Mais manifestement, la chose n’est pas assez urgente pour prendre une autre forme que celle d’un vœu pieux. La constitution n’est pourtant pas qu’un joujou symbolique.

Que veut dire alors être nationaliste sans être souverainiste? Aujourd’hui, la question nationale est réduite à sa part identitaire – sa dimension constitutionnelle est étrangement désactivée. Les nationalistes-non-souverainistes laissent peut-être entendre alors qu’ils s’opposeront à l’idéologie des accommodements raisonnables et qu’ils défendront fermement l’identité québécoise, par exemple, en réduisant significativement les seuils d’immigration (pour l’instant, la CAQ se contente de proposer une baisse symbolique et insignifiante) et en mettant de l’avant une politique de convergence culturelle.

Il n’en demeure pas moins que le multiculturalisme est inscrit dans l’ordre constitutionnel canadien et qu’il s’imposera à nous même si nous feignons de l’ignorer. La CAQ propose-t-elle alors d’exiger du gouvernement fédéral qu’il suspende l’application du multiculturalisme au Québec, ou encore, de suspendre la loi fédérale sur les langues officielles pour que s’applique sans accrocs la loi 101? Une chose est certaine, on ne saurait sérieusement s’opposer au multiculturalisme sans s’opposer au multiculturalisme canadien. Et on ne peut pas s’opposer à ce dernier sans confronter d’une manière ou d’une autre la constitution.

Si les nationalistes-non-souverainistes proposaient de telles mesures, en leur associant une stratégie et un échéancier, s’ils en profitaient pour inscrire cela dans une vision du Québec dans le Canada fondée sur la conscience de notre réalité nationale, alors ils feraient la preuve du sérieux de leur proposition. Ils démontreraient alors qu’il est possible, de manière historiquement inédite, et dans une époque qui relativise l’importance de la relation Canada-Québec, de dégager un espace politique sérieux pour le Québec et de lui redonner une certaine marge de manœuvre au sein même du fédéralisme.

Sinon, on sera en droit de n’y entendre que des paroles verbales servant à masquer par de nobles propos une position politique insignifiante. Et on redécouvrira alors un fait politique indéniable: il n’y a plus d’espace politique pour le Québec dans le Canada parce que le Canada ne croit plus en l’existence d’une question québécoise légitime qui devrait trouver une réponse politique. Le Québec peut bien parler dans le vide: personne ne l’écoute, personne ne l’entend, tout le monde s’en fout. Même le Parti libéral, avec sa pseudo-proposition constitutionnelle insignifiante, en fait l’expérience: il ne demande rien et on lui dit qu’il en demande trop. Il en tire une leçon simple: il acceptera le Canada à n’importe quel prix. Il ramènera toujours à la baisse les aspirations du Québec pour ne pas entrer en contradiction avec le fédéralisme tel qu’il est.

Si la CAQ veut proposer un nationalisme sérieux, elle devra tenir compte de ce contexte global, et nous expliquer sa solution inattendue pour nous faire dégager le Québec de son rapport de subordination dans le Canada. Ce n’est pas gagné d’avance.