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L’écart se creuse entre les commissions scolaires

La performance globale du réseau public s’est toutefois améliorée

La commission scolaire Rivière-du-Nord fait partie de celles dont la performance s’est le plus améliorée au cours des cinq dernières années. Sur les photos, des élèves et enseignants de l’école secondaire Émilien-Frenette, à Saint-Jérôme dans les Laurentides.
Photo Martin Alarie La commission scolaire Rivière-du-Nord fait partie de celles dont la performance s’est le plus améliorée au cours des cinq dernières années. Sur les photos, des élèves et enseignants de l’école secondaire Émilien-Frenette, à Saint-Jérôme dans les Laurentides.

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Même si la performance générale du réseau public s’est améliorée depuis quatre ans, l’écart se creuse entre les meilleures et les pires commissions scolaires, une situation jugée « préoccupante » par un expert.

Selon le palmarès des commissions scolaires compilé par l’Institut Fraser, la cote globale accordée au réseau public est passée de 5,3 en 2011-2012 à 5,4 en 2015-2016. Cette cote est principalement basée sur les résultats des élèves aux examens ministériels de quatrième et cinquième secondaires.

Le clivage entre les meilleures et les pires commissions scolaires s’est toutefois accentué au cours de la même période. La meilleure cote est passée de 6,6 à 6,9, et la plus basse, de 3,6 à 2,2. « C’est préoccupant, il y a un problème. On ne peut pas tolérer qu’il y ait d’importants écarts de performance. Le ministre (de l’Éducation, Sébastien Proulx) doit offrir une qualité de services et une opportunité de réussir qui est la même pour tout le monde », affirme le conseiller en éducation Marc St-Pierre, qui accompagne plusieurs commissions scolaires dans l’élaboration de leur plan de réussite.

Cet expert estime par ailleurs que les données présentées sur plusieurs années sont plus intéressantes qu’un simple classement basé sur une seule année, puisqu’elles permettent d’entrevoir une tendance qui peut être beaucoup plus révélatrice, dans plusieurs cas.

En hausse

Parmi les commissions scolaires où les résultats se sont le plus améliorés, on retrouve en tête de liste la Commission scolaire de l’Estuaire, sur la Côte-Nord, avec une cote globale qui a augmenté de 35 % depuis cinq ans (voir autre texte).

Cette commission scolaire est suivie de près par celle de la Rivière-du-Nord, dans les Laurentides, dont les remarquables progrès ont été soulignés récemment dans le Palmarès des écoles secondaires, publié l’automne dernier.

La région de l’Estrie semble par ailleurs se démarquer, puisque la performance de deux de ses commissions scolaires, des Hauts-Cantons et Eastern Townships, s’est considérablement améliorée depuis cinq ans.

En baisse

À l’opposé, deux commissions scolaires en Montérégie font partie de celles où les résultats des élèves ont le plus diminué (voir ci-contre). La Commission scolaire de Sorel-Tracy est celle qui a le plus décliné en cinq ans, suivie de la Commission scolaire des Appalaches et la Commission scolaire des Samares, située dans Lanaudière.

« Je pense que les mauvaises performances sont encore plus importantes que les bonnes, affirme Peter Cowley, de l’Institut Fraser. Elles révèlent l’urgence de faire quelque chose maintenant, de ne pas attendre. »

 

Cote globale

  2011-2012 2015-2016
1. Plus haute cote globale 6,6 6,9
2. Plus basse cote globale 3,6 2,2
3. Moyenne pour le réseau public 5,3 5,4

 

Les commissions scolaires qui se sont le plus améliorées en cinq ans

Nom Cote 2011-2012 Cote 2015-2016 Nombre d'écoles %
1. De l'Estuaire (Côte-Nord) 4,6 6,2 4 +35%
2. De la Rivière-du-Nord (Laurentides) 4,9 6,5 7 +33%
3. Des Hauts-Cantons (Estrie) 5,0 6,5 3 +30%
4. Eastern Townships (Estrie) 4,2 5,3 3 +26%
5. Des Navigateurs (Chaudière-Appalaches) 5,1 6,2 4 +22%

 

Les commissions scolaires qui ont le plus décliné en cinq ans

Nom Cote 2011-2012 Cote 2015-2016 Nombre d'écoles %
1. De Sorel-Tracy (Montérégie) 4,2 2,2 1 -44%
2. Des Appalaches (Chaudière-Appalaches) 6,2 4,4 3 -29%
3. Des Samares (Lanaudière) 4,5 3,3 8 -27%
4. Du Lac-Témiscamingue (Abitibi-Témiscamingue) 5,6 4,5 3 -20%
5. De Saint-Hyacinthe (Montérégie) 5,6 4,7 4 -16%

 

Victime du déclin économique de sa région

 

À la Commission scolaire du Lac-Témiscamingue, la baisse des résultats des élèves des dernières années pourrait s’expliquer par la mauvaise situation économique de la région.

C’est du moins ce qu’avance son directeur général, Éric Larivière.

Depuis cinq ans, la cote globale de cette commission scolaire, qui est basée principalement sur les résultats des élèves du secondaire aux examens ministériels, a diminué de 20 %.

Usines fermées

Or, plusieurs familles dont les parents sont plus instruits ont quitté la région au cours de cette période, en raison de fermetures d’usines ou de mises à pied, explique M. Larivière.

« Les gens qui quittent sont en forte majorité scolarisés. On a perdu beaucoup de familles dont les enfants réussissaient bien à l’école. Ça nous a fait mal », lance-t-il.

M. Larivière rappelle par ailleurs que les résultats varient considérablement d’une année à l’autre en raison du nombre peu élevé d’élèves. « Une année, si j’ai cinq élèves de plus qui obtiennent leur diplôme, ça peut faire une grosse différence », lance-t-il.

Dans la moyenne

Ce dernier souligne par ailleurs que la performance de sa commission scolaire se situe dans la moyenne du réseau public en matière de taux de diplomation, un indicateur différent de ceux pris en compte par l’Institut Fraser.

Le Journal a aussi contacté plusieurs autres commissions scolaires qui se retrouvent au bas de ce palmarès dont les résultats sont en déclin, mais la plupart ont refusé de répondre à nos questions.

 

Commission scolaire de l’Estuaire: mettre les professeurs dans le coup

 

À la Commission scolaire de l’Estuaire, l’administration a effectué tout un « virage » il y a quelques années en impliquant davantage les enseignants, ce qui peut expliquer pourquoi elle est maintenant celle où les résultats de ses élèves se sont le plus améliorés depuis cinq ans.

C’est du moins ce qu’affirme son directeur général, Alain Ouellet. « Qui a le plus d’importance sur la réussite des élèves ? C’est l’enseignant. Ce n’est pas moi dans mon bureau qui a les meilleures solutions, ça, c’est sûr », lance-t-il.

Le « virage » qui a été amorcé va dans ce sens, explique-t-il. « C’est un changement complet dans la manière d’accompagner les écoles. C’est désormais la commission scolaire qui est au service des établissements, et non l’inverse. L’accompagnement est beaucoup plus individualisé, en lien avec les besoins de chaque école », affirme le directeur général.

Les directions d’école sont aussi invitées à impliquer davantage leurs équipes afin de déterminer quelles mesures doivent être mises en place pour améliorer la réussite des élèves.

« Je crois qu’on peut augmenter la réussite éducative de cette façon-là, poursuit M. Ouellet. Les enseignants s’engagent davantage parce qu’ils y croient et qu’ils ont eu leur mot à dire. Ça amène une implication de l’équipe-école beaucoup plus grande et ça fait une différence sur les résultats. J’ose croire que ce n’est qu’un début. »

Du primaire au secondaire

Au cours des dernières années, la Commission scolaire de l’Estuaire a aussi beaucoup travaillé à améliorer le passage du primaire au secondaire. « On s’est rendu compte, en analysant nos chiffres, qu’il y avait une grosse baisse dans les résultats au premier bulletin après l’entrée au secondaire », indique M. Ouellet.

Des efforts ont été consacrés à sécuriser les élèves, qui doivent s’adapter à une nouvelle école. Des mesures ont aussi été mises en place pour les aider à mieux s’organiser.

Horaire d’examen personnalisé

Par ailleurs, chaque élève reçoit en fin d’année un horaire d’examen personnalisé, accompagné de trucs pour mieux apprendre et d’un exemple de planification pour les périodes d’étude.

Une intervenante est même disponible à la sortie des examens afin de soutenir les élèves pour qui l’épreuve s’est moins bien déroulée.


Comment sont classées les commissions scolaires ?

Ce palmarès, réalisé par l’Institut Fraser, classe les commissions scolaires en fonction de la moyenne des « cotes globales » obtenues par leurs écoles secondaires. Cette cote est basée en bonne partie sur les résultats des élèves aux examens ministériels de quatrième et cinquième secondaires. À cet indicateur s’ajoutent entre autres l’écart entre les garçons et les filles et la proportion d’élèves qui accusent un retard dans leur parcours scolaire.