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Un kidnapping de 472 jours

Un kidnapping de 472 jours
PHOTO COURTOISIE, Philbrick Photography

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La romancière américaine Lisa Gardner s’affirme une fois de plus comme l’une des meilleures auteures de thrillers en proposant cet hiver Lumière noire. Ce suspense terrifiant, racontant­­­­ un enlèvement long de plus d’une année, fait alterner­­­ le récit de l’enquête et le témoignage de la victime.

Cette façon de procéder est une première pour Lisa Gardner, une romancière douée, qui explore d’un roman à l’autre toute la profondeur et la diversité de la psyché humaine.

Avec Lumière Noire, elle raconte­­­ l’histoire de Flora Dane, une femme gardée captive par un criminel pendant 472 jours. Miraculeusement sortie vivante de cette épreuve, elle a passé les cinq dernières années à essayer de retrouver le cours normal de son existence.

Cependant, Flora n’a rien oublié. Les murs de sa chambre sont tapissés de photos de jeunes filles disparues. Contre toute attente, Flora se fait kidnapper à nouveau et D.D. Warren est chargée de l’enquête. Et elle s’attend au pire.

« Inspiré de deux crimes réels »

« Malheureusement, le livre est inspiré de deux crimes réels », commente Lisa Gardner­­­ en entrevue. « Trois femmes ont été kidnappées par le même homme, Ariel Castro [le monstre de Cleveland], qui s’est suicidé en prison. Nous avons également eu le cas d’Elisabeth Smart et celui de Jaycee Lee Dugard. En lisant les témoignages de ces jeunes filles enlevées et gardées captives pendant ce qui semblait être une éternité, je me suis demandé comment elles pouvaient surmonter des événements pareils. Être enlevée pendant 5 ans, 10 ans, 20 ans... de quoi la vie de tous les jours peut avoir l’air après cela ? »

Elle a rencontré de vrais groupes d’aide aux survivants pour se documenter. « La phrase qu’ils utilisent, c’est : comment on passe d’un état de survie à l’épanouissement et à la joie de vivre ? C’est aussi la question que se pose Flora Dane, dans mon livre. »

La romancière raconte qu’une jeune fille de sa région a été kidnappée alors qu’elle rentrait de l’école, un après-midi bien ordinaire. « Dieu merci, elle a été retrouvée en vie. Elle fréquentait la même école secondaire que ma fille. C’était terrifiant, d’autant que nous vivons dans une petite communauté réputée très sécuritaire. »

« Lorsque j’ai eu l’occasion ­d’interviewer la mère d’une jeune fille kidnappée, c’était la première fois, comme auteure de suspense, que j’ai commencé à comprendre l’impact des crimes sur les familles, pas seulement sur les victimes. »

Elle ajoute que la mère de la jeune fille enlevée dans sa région était infirmière... et n’est jamais retournée au travail. « Sa fille a été kidnappée, et pendant neuf mois [elle passait son temps] à se demander comment elle allait faire pour passer à la télé nationale. Il fallait qu’elle prenne l’avion pour New York. Il fallait qu’elle rencontre les gens du FBI. Qu’elle s’occupe des conférences de presse. Il fallait qu’elle fasse campagne, pratiquement, pour que sa fille soit retrouvée vivante. Elle n’était pas préparée à cela. Peu importe si elle était traumatisée ou pas, si elle avait dormi ou pas. »

Impact sur les familles

Lisa Gardner note que dans les suspenses, on a souvent parlé des victimes, mais peu des familles, et de ce qu’elles doivent supporter. « Ce que j’ai remarqué, et qui m’a beaucoup interpellée, c’est que le crime, c’est comme le cancer : ça frappe tout le monde autour du patient. »

« Dans les suspenses, l’histoire se termine quand le méchant a été arrêté, n’est-ce pas ? Mais pour les familles, l’histoire continue. Et c’est ce qui m’a fascinée. Les victimes et leurs familles vous diront que c’est seulement le début de la prochaine histoire. »

  • Lisa Gardner a été récompensée maintes fois aux États-Unis, où elle est la reine no 1 du suspense.
  • En France, elle a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle Policier pour La Maison d’à côté, publié en 2011.

EXTRAIT

Lumière noire
Lisa Gardner
Éditions Albin Michel
environ 490 pages
PHOTO COURTOISIE
Lumière noire Lisa Gardner Éditions Albin Michel environ 490 pages

 

« Voilà ce que j’ignorais : Quand on se réveille pour la première fois enfermée dans une caisse sans ouverture, on se dit que ce n’est pas possible. On essaie de repousser le couvercle, bien sûr. Normal. On frappe les côtés avec ses poings, on martèle le fond avec ses talons. On donne des coups de tête, encore et encore, même si ça fait mal. Et on hurle. On hurle, on hurle, on hurle, indéfiniment. Nez qui coule. Torrent de larmes. Jusqu’à ce que les cris s’enrouent, se réduisent à des hoquets. Alors on entend des bruits étranges, tristes, pitoyables, et c’est au moment où l’on réalise que ces bruits viennent de soi qu’on comprend, qu’on comprend vraiment ce qui se passe : hé, je suis enfermée dans une caisse. »

— Lisa Gardner, Lumière noire