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Mettre ta vie sur pause, pour soigner ton enfant

Mettre ta vie sur pause, pour soigner ton enfant
https://theweeklypaperblog.com/2013/08/01/leukemia/

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Un enfant malade, c’est contre l’ordre naturel des choses. Un enfant qui a passé plus de temps à l’hôpital que chez lui, depuis sa naissance, ça donne froid dans le dos. Pis un enfant qui guérit pas, ça fait tomber un rideau d’effroi sur tout le monde qui l’entoure.

J’ose à peine imaginer le sentiment d’impuissance qui vous habite, depuis le premier diagnostic. Depuis la première fois qu’un professionnel de la santé a prononcé le mot leucémie, en parlant de votre fils. C’est tu vraiment comme dans l’annonce? Avec l’impression que tu es soufflée par les mots que tu entends?

Je me dis que t’as dû en passer, des heures, à essayer de comprendre comment tu pourrais faire pour le sauver; pis à chercher toujours plus d’informations sur sa maladie, à l’affut de la moindre petite faille qui aurait échappé à l’œil des médecins.

Maudit que ça doit être dur, de comprendre la portée des mots qui te sont dits, de saisir immédiatement leur importance et les conséquences qu’ils auront sur ton fils, sur toi, sur ton couple, sur ta famille au complet. Même si c’est la première fois de ta vie que tu les entends.

Je suis convaincue que depuis le premier jour, tout ce qui t’anime, c’est ce désir de déplacer des montagnes pour aider ton enfant, avec l’impression qu’un géant la tient en place du bout de son petit doigt.

Puis que d’une pichenotte, il vous la renvoie en pleine face.

Je me demande comment tu t'es sentie, quand tu as compris que tu allais devoir mettre des X sur des projets. Tes réalisations sportives, lors de son premier diagnostic. La rentrée en garderie de ton coco, à sa première rémission. Le temps des fêtes en famille. Avoir un troisième enfant. Votre fille qui va commencer l’école.

Comment tu fais, pour réussir à ne pas craquer, quand tu réalises que vous êtes un peu devenus des colocs, avec ton chum, à force de ne vous voir que pour faire l’échange de votre shift de garde; vous parlant par messages de répondeur ou par textos? Quand vous vous voyez plus souvent sur FaceTime que dans la vraie vie, ouf, ça doit être quelque chose.

Je pense souvent à toi. Je pense souvent à vous. Presqu’à chaque jour, parce que c’est la seule chose que j’ai trouvée d’intelligent à faire, pour vous aider.

Je me dis que ma pensée, jointe à celle de tous ceux qui pensent aussi à vous, peut peut-être vous donner un petit coup de main, quand vous commencez à vous essouffler. Si je croyais en Dieu, je te le dis, je prierais pour vous.

Des situations comme celle que tu vis, ça me met dans une espèce d’état d’hypnose. Je suis comme stoïque. Moi qui ai toujours trop de mots pour exprimer des niaiseries, là, je sais pas quoi dire pour te soutenir.

J’aurais voulu l’acheter, votre char que vous vendez pour payer votre voyage dans les États-Unis. Vendre son char pour saisir les probabilités de sauver son enfant, en lui faisant suivre un protocole expérimental qui pourrait le sauver. Personne ne devrait avoir à se rendre là.

L’argent, l’argent, s’il y a bien une chose dont on devrait pas avoir à se soucier, quand notre enfant se bat pour avoir un futur, c’est ben d’avoir de l’argent!

Mais le parking, à l’hôpital; le gaz, pour le suivi dans les différents hôpitaux de la province; la bouffe en plus, pour vous; les gardiennes, pour votre fille; la baisse de vos revenus, qui poursuit sa descente vertigineuse, depuis un an; tout ça, personne peut vous en libérer.

Ça fait que tu refoules tes larmes, pis ton honneur, pis tu trouves des moyens pour faire tomber des sous du ciel.

Les soupers spaghetti, la page de levée de fonds, les publications, pour susciter l’intérêt sur votre situation, ça fait maintenant partie de votre quotidien.

Toi, la timide, ya-tu fallu que tu prennes sur toi, rien qu’un peu, pour raconter comme ça, à tout le monde, la croisade que vous menez, ta famille et toi!

J’aimerais ça t’amener avec moi quelque part de vraiment le fun, pis te voir sourire, sans voir le pétillement d’inquiétude dans le fond de tes yeux. Te redonner un peu de la naïveté que les grands malheurs de la vie nous volent avec fracas.

Je voudrais te suivre, avec mes pompons pis ma jupette, pour t’encourager, à chaque étape que vous franchissez. Que tu aies toujours dans ton angle mort, une cheerleader pour te dire de ne pas lâcher.

Je voudrais savoir lire l’avenir, pour pouvoir te rassurer et te dire que vous faites les bons choix. Pour racheter une petite part de l’insouciance qui t’a quittée, après la deuxième rechute de ton gars. Pis te permettre de croire vraiment, à 100%, en ses chances de guérison.

En attendant, tout ce que je peux faire, c’est t’offrir ces mots. À toi, et à tous les autres parents qui ont effacé leurs besoins à eux, le temps de faire tout ce qu’ils peuvent, pour que leur enfant revienne enfin à la maison.

Pour de bon, cette fois.