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Val-d'Or: Québec ne veut pas que l’observatrice indépendante se penche sur les agressions sexuelles

Fannie Lafontaine, observatrice indépendante.
Fannie Lafontaine, observatrice indépendante.

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Alors que l'acquittement d’un fermier ayant tué d’une balle à la tête un jeune Autochtone soulève l’indignation générale au Canada anglais, Québec soustrait des responsabilités importantes à l’observatrice indépendante qu’il a nommée pour superviser l’enquête sur le racisme au sein de la Sûreté du Québec à Val-d'Or. La décision soulève l’indignation des leaders autochtones.

L'enquête du SPVM sur le travail de la SQ se poursuit, mais, pour cette deuxième phase, tous les cas d'agressions sexuelles seront désormais confiés au Bureau d’enquête indépendant et échapperont à la révision du groupe dirigé par Fannie Lafontaine et qui comprend une Autochtone. Le gouvernement Couillard n’a pas jugé bon de prévenir les Premières Nations qui ont appris la nouvelle de la bouche de l’observatrice indépendante.

Des leaders autochtones, dont des représentantes de Ghyslain Picard, chef national de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador et Viviane Michel, de Femmes autochtones du Québec, se sont réunis la semaine dernière.

Cette dernière ne cache pas que la frustration est grande face à la décision de Québec qu’elle qualifie de cavalière. «On décide encore à la place des Autochtones, dit-elle. Pourquoi le gouvernement ne nous demande-t-il pas au moins notre avis? Pourquoi ne demande-t-il pas ce que l’on veut?»

Dans son premier rapport, l’observatrice avait conclu que l’enquête du SPVM avait été menée de façon intègre et impartiale, mais que les allégations de violence sexuelle et d’abus de pouvoir visant des policiers de la Sûreté du Québec de Val-d'Or soulevaient la question de l’existence d’un racisme systémique au sein des forces de l’ordre à l’endroit des Autochtones.

Des mots lourds de sens qui n'avaient pas surpris le grand chef Picard. «Déjà qu'il y avait un fossé entre les forces policières et les communautés, sachant aussi qu'il y a des communautés qui n’ont d’autre choix que de faire appel à la SQ pour assurer la sûreté et l’ordre, donc, ça va creuser le fossé encore plus» avait-il.

Les leaders autochtones estiment que la décision de soustraire les cas d’agression sexuelle à la surveillance de l’observatrice indépendante mine leur confiance à l’endroit de l’enquête sur les événements de Val-d'Or. Surtout qu’elle n’a jusqu’ici mené à l’inculpation d’aucun policier accusé par des femmes autochtones d’agressions et d’abus de pouvoir.

«C’est toujours la même histoire qui se répète chaque fois», affirme Vivianne Michel, qui déplore l’attitude colonialiste du gouvernement Couillard. Et elle ajoute que les leaders autochtones n’ont pas l’intention d’en rester là.