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Comment font-ils pour rester en couple avec leur premier amour?

Comment font-ils pour rester en couple avec leur premier amour?

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Simon et Marie-Philippe ont à peine 30 ans, mais ils ont déjà passé la moitié de leur vie ensemble. 

Tout a commencé dans le cours de science physique en secondaire 4. À l’époque, les cheveux bleachés étaient en vogue, Complicated d’Avril Lavigne jouait en boucle à la radio et le premier Mixmania faisait fureur.

Simon, lui, n’aimait rien de tout ça. «Il n’était vraiment pas à la mode. Il avait les cheveux longs. Il était un peu métalleux», le taquine Marie-Philippe.

Simon et Marie-Philippe à leur bal des finissants
Simon et Marie-Philippe à leur bal des finissants

Ça n’a pas empêché la discrète première de classe –qui n’était pas beaucoup plus à la mode, de son propre aveu– de tomber sous son charme. «C’était mon premier chum. Au début, on faisait juste se tenir la main. Il y avait rien qui pouvait laisser croire qu’on serait encore ensemble aujourd’hui.»

Avec le temps, les cheveux de Marie-Philippe ont raccourci, la barbe de Simon a poussé. Ses vieux t-shirts de Megadeth ont pris le bord, mais l’amour existe encore. «Les gens nous mettent sur un piédestal, mais c’est beaucoup de pression. On n’est pas parfaits. On n’est pas à l’abri d’une séparation non plus», tiennent-ils humblement à rappeler.

Simon et Marie-Philippe lors de leur quinzième anniversaire de rencontre
Simon et Marie-Philippe lors de leur quinzième anniversaire de rencontre

Les premiers amours, moins à risque de se séparer?

Pas à l’abri, mais quand même un peu plus protégés que ceux qui se sont rencontrés à l’âge adulte, s’il faut en croire Patrick De Bortoli, thérapeute conjugal et familial. «Pour les couples qui se sont formés à l’adolescence, une séparation peut avoir un véritable impact sismique. Ensemble, ils ont partagé toutes sortes de choses, tant sexuelles que personnelles, qu’ils ne pourront jamais recréer. Ils peuvent retomber en amour après, mais la qualité de cette relation ne sera jamais aussi forte que la précédente.»

Des craintes qui sont toutes venues à l’esprit de Monica, 32 ans, quand elle a quitté son conjoint des quinze dernières années cet été. «Ça été très difficile, mais ça ne faisait plus. On s’est trop éloignés avec les années. Ce n’était plus la même personne qu’à 17 ans.»

Le monde de la séduction, Monica n’en connaissait rien. «J’étais super naïve. J’avais vraiment peur de faire confiance à quelqu’un. Je n’avais jamais cruisé dans un bar. Je n’interprétais pas les signes de la même façon que tout le monde.»

Puis, elle a appris les règles du jeu et, aujourd’hui, elle n’est pas prête de mettre fin à la partie. «Je me rends compte que ça a été une délivrance. Il y a tellement de beau monde à découvrir. Je garde l’esprit ouvert, mais je ne veux pas être en couple tout de suite.»

L’amour est dans le pré

Certains facteurs sociaux peuvent inciter, bien qu’inconsciemment, des couples d’adolescents à rester ensemble éternellement, selon Patrick De Bortoli. Le contexte familial, bien sûr, mais aussi l’endroit où on a grandi. 

Tout porte à croire en effet que les amours d’adolescence qui perdurent dans la vie adulte sont beaucoup moins rares à l’extérieur des grands centres.

En France, un sondage mené par la firme Ipsos en 2014 révélait que les Parisiens ont eu en moyenne 16 partenaires sexuels au cours de leur vie alors que les autres Français en auraient eu deux fois moins. «Ça doit ressembler à ça ici aussi. Il y a moins de tentation en région qu’à Montréal évidemment, mais il y a aussi un certain conservatisme relié à la vie en milieu rural», avance Patrick De Bortoli.

C’est connu, les agriculteurs ont plus de difficultés à rencontrer l’âme sœur. 95 % d’entre eux considèrent d’ailleurs leur métier comme un obstacle pour trouver l’amour, d’après des chiffres de l’Université Laval datant de 2010.

«Aujourd’hui, la plupart des jeunes agriculteurs ont au moins un niveau collégial. Quand ils quittent la ferme pour aller au Cégep, on leur dit de faire les yeux doux aux filles là-bas. Parce que quand ils vont revenir, ils savent très bien qu’il n’y aura plus beaucoup d’occasions», raconte Luc Gagnon, créateur du site agrirencontre.com.

Alors quand on en trouve une, on la garde? Plus si sûr, selon Luc Gagnon. «Il y a beaucoup de filles qui s’en vont. Il y a probablement encore plus de séparations qu’ailleurs. Les conditions de travail sont vraiment difficiles pour la vie de couple.»

Moins infidèles?

Dans le sondage de l’Ipsos, on apprend également que 20% des Français n’auraient eu qu’un seul partenaire sexuel dans toute leur vie. «Je trouve ça gros. Si je me fie à ma pratique, on parle plutôt de 5 à 10 % ici. Chez les plus jeunes en tout cas.»

Reste que pour le thérapeute conjugal, il n’est pas du tout malsain que quelqu’un puisse n’avoir eu qu’un seul amant. «Le goût d’aller voir ailleurs existe aussi chez les gens qui sortent encore avec leur amour de jeunesse, mais il s’exprime différemment. Chez eux, on parle plus de regret que d’un véritable désir, comme dans les couples qui ont eu d’autres expériences avant. C’est une nuance qui peut être importante quand c’est le temps de passer ou non à l’acte.»

Marie-Philippe et Simon, eux en tout cas, jurent ne jamais avoir eu envie de sauter la clôture.

Décidemment, tout leur réussit, mais le couple se défend bien d’être quétaine. En cette journée de Saint-Valentin, Simon et Marie-Philippe n’ont rien de prévu. «Ça tombe le lendemain de la fête de Simon. On est plus hangover qu’autre chose», ricane-t-elle.

Après tout, c’est peut-être juste ça le truc: rester jeune même quand on est un vieux couple.