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Le Mois des Noirs, toujours pertinent

Le Mois des Noirs, toujours pertinent

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Je suis la première à dénoncer l’américanisation de notre culture et la racialisation de la lutte au racisme mais j’avoue avoir eu une forte réaction ce matin à la lecture de la chronique de mon collègue Mathieu Bock-Côté, Des Noirs, des Blancs, des Jaunes ? dans laquelle il remet en question l’existence d’un Mois de l’histoire des Noirs au Québec.

Mois qui est souligné non seulement aux États-Unis, là où tout a commencé, et partout au Canada, mais dans plusieurs pays du monde, y compris la France. Chacun à sa façon, chacun selon son histoire noire.

L’histoire des Noirs au Québec fait partie de notre histoire, depuis les premiers jours de la Nouvelle-France, sauf qu’on ne nous l’a jamais enseignée.

Je ne comprends pas qu’on puisse s’opposer à sa mise en valeur aujourd’hui.

Ni comment cet événement ‘déformerait notre vision mentale de notre société’.

Rappelons qu’il s’agit du Mois de l’histoire des Noirs, pas le Mois des Noirs. Cela n’a rien à voir avec certains lobbies antiracisme détestables qui polluent le débat en accusant tout ce qui bouge de racisme.  

Au fait, savez-vous qui est le porte-parole francophone du Mois de l’histoire des Noirs au Québec cette année ? Karim Ouellet. Son objectif ? Mettre en lumière l’histoire et les succès des communautés Noires au Québec.

Pas exactement un exercice de victimisation et de racialisme.

L’esclavage

Même si nos ancêtres n’ont pas pratiqué l’esclavagisme à l’échelle américaine – les quelques centaines d’esclaves noirs sous le Régime français travaillaient surtout comme domestiques, notamment au sein de communautés religieuses et de grandes familles - cela n’évacue en rien l’intérêt de l’histoire des Noirs au Québec qui, venus de cultures et de pays différents, partageaient néanmoins de nombreuses expériences, en premier lieu la discrimination raciale basée sur la couleur de la peau.

On ne peut le nier, pas plus qu’on peut nier que cette discrimination perdure.

L’histoire des Noirs au Québec n’est pas que l’histoire d’une catastrophe, c’est aussi l’histoire de contributions remarquables mais méconnues à notre histoire. Qui sait que plusieurs historiens sérieux croient que Samuel de Champlain était accompagné d’un traducteur à la peau noire, Mathieu da Costa ?

Je regardais la programmation d’événements liés à ce mois. Je n’ai pas vu la moindre trace d’accusations de racisme ou de victimisation. Par exemple, Gatineau a choisi le thème ‘Hommage aux femmes noires, héroïnes de l’ombre’.

Voici ce que dit le programme : ‘Ces femmes noires, issues de toutes les catégories sociales, de tous les domaines de la vie, ne sont pas présentes dans l’actualité, pourtant elles constituent la charpente invisible de leur communauté. Elles sont au cœur des luttes pour l’émancipation et le développement de leur milieu. Leur contribution est souvent méconnue, peu connue, ou même mal connue. Ce sont des « héroïnes de l’ombre ».

En quoi cela ressemble-t-il à de la ‘propagande victimaire ?’

Marginale

Si l’histoire des Noirs d’ici peut sembler ‘marginale’ pour certains, pour d’autres, à l’échelle planétaire l’histoire du peuple québécois l’est tout autant. Est-ce une raison pour qu’elle soit méconnue ?

J’espère qu’un jour il se trouvera quelqu’un pour enseigner à mes petits-petits-enfants que le premier écrivain québécois à entrer à l’Académie française était noir et que son premier roman s’intitulait Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, pour rappeler que la couleur de la peau n’est pas qu’un détail biologique, mais la trame non seulement d’une vie mais de tout un pan de l’histoire de l’humanité.