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On se fait duper par les pétrolières pendant que les élus les subventionnent

Pompe essence
papzi - stock.adobe.com

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Des hausses totalement injustifiées

Pour rappel : le Canada est un des plus gros producteurs de pétrole au monde. Hélas, cette ressource naturelle qui par essence est un bien collectif ne nous appartient pas. Elle est détenue par des multinationales, majoritairement étrangères, qui viennent nous faire les poches et rapatrient le magot à l’étranger, souvent dans des paradis fiscaux. Des grosses pétrolières qui soudoient régulièrement les politiciens et qui financent même des chaires universitaires comme celle de « l’expert » des Hautes études commerciales (HEC) Pierre-Olivier Pineau qui les défend toujours.

Début septembre 2017, Michel Girard intitule ainsi son excellente chronique : « Hausse scandaleuse du prix de l’essence » (Le Journal de Montréal, 7 septembre 2017). Qui est à l’origine de ce vol au-dessus d’une pompe à essence selon vous? Eh oui, les spéculateurs de la Bourse des commodités de New York et, bien évidemment, les pétrolières.

Et comme à l’habitude, juste avant un congé férié ou les vacances, les pétrolières ont récidivé avant le jour de l’an : « Nouvel An. Le prix de l’essence bondit dans la région » (Le Journal de Montréal, 20 décembre 2017). Un autre petit bond de 15 cents le litre.

Ah ben zut, pour faire durer le plaisir de nous appauvrir, les pétrolières « strike again », pas une, mais deux fois en janvier 2018 : Premièrement à la mi-janvier avec un beau 16 cents le litre et un autre bond de 21 cents le litre à la fin du mois : « Forte hausse du prix de l’essence » (Le Journal de Montréal, 31 janvier 2018). Et nos gouvernements regardent les pétrolières nous passer sur le corps sans rien faire, même qu’ils en rajoutent en les subventionnant avec notre argent, comme avec le Fonds vert. Des complices que je vous dis. Ils sont plus mauvais et fermes avec le monde ordinaire à qui ils imposent des mesures misérables d’austérité : « 5300 milliards par an de subventions à l’industrie des carburants fossiles (selon le Fonds monétaire international) » (La Presse, 25 mai 2015). Pour collaborer entre elles, elles augmentent toutes leurs prix en même temps et du même montant même si elles vendent toutes exactement le même produit.

La production mondiale excède l’offre

Comment expliquer et surtout justifier cette filouterie surtout lorsque l’on sait qu’il y a un surplus de pétrole brut dans le monde (plusieurs pays cherchent désespérément à en vendre à bon prix) : « L’offre pétrolière n’est pas près de s’infléchir » (Le Devoir, 8 novembre 2017). Et le comble de l’affaire est que le prix de détail de l’essence a augmenté de 21 % en un an alors que le prix du pétrole brut a baissé au cours de cette période en raison de l’abondance de cette ressource. Cherchez l’erreur!

Et dire qu’il y a encore des fabulateurs qui n’ont de cesse de nous vanter les mérites du marché. Ils voient même de la concurrence là où il n’y en a pas, comme dans le cas des pétrolières, des banques canadiennes, des télécommunications, des pharmaceutiques, etc. Ils ont même le culot d’affirmer que les prix élevés de leurs produits et services sont le « juste » prix à payer tel que dicté par les lois naturelles du marché.

Des impôts payés au privé

Ces grosses firmes font régulièrement du « taxage ». Voilà où nous mènent les baisses d’impôt qui aboutissent à moins d’États et plus de privés. Alors, au lieu de payer vos impôts et taxes au gouvernement, vous devez les payer au privé afin de recevoir les services que vous receviez auparavant de l’État. Regardez ce que les Américains sont tenus de verser chaque année au monde supposément concurrentiel de l’éducation et de la santé privées aux States, de loin les tarifs les plus élevés au monde. Le privé, c’est mieux vous dites. Mieux pour qui d’après vous?

Philippe Couillard, qui a légiféré en 2016 afin de faire baisser le prix du pétrole, oh pardon, afin de diminuer le salaire des médecins, oups, encore pardon, je voulais dire des employés municipaux ordinaires, a largué cette autre perle de cynisme : « Mon seul parti pris, c’est le payeur de taxes. » (Radio-Canada, 12 mai 2016). Ben oui, on reconnaît là notre fanfaron national avec la plèbe, mais qui s’écrase face aux puissants.

Aie en 2017, la principale cause de l’inflation que nous dit la Banque du Canada a été les envolées du prix de l’essence : « L’inflation annuelle a accéléré à 2.1 %, alimentée par l’essence » (Le Devoir, 22 décembre 2017). Le patronat rut dans les brancards pour la moindre hausse des impôts ou du salaire minimum, mais fait le mort et ne critique jamais les hausses de prix exigées par les pétrolières, les banques, les pharmaceutiques, etc. qui pourtant pénalisent les PME et autres compagnies.

Les pétrolières intégrées verticalement

Au Québec et au Canada, le cartel des pétrolières (Petro-Canada, Shell et Esso) est complètement intégré verticalement, c’est-à-dire qu’elles sont propriétaires et ont le contrôle sur le détail, le raffinage et le brut. Le prix du brut diminue, pas grave, elles augmentent le prix du raffinage : « La marge de raffinage s’élevait le 6 septembre 2017 à 34.9 cents le litre d’essence. C’est plus de deux fois la marge moyenne de 16.7 cents le litre des 52 dernières semaines » (Le Journal de Montréal, 7 septembre 2017). Absolument rien ne justifie ces hausses. Les coûts de production n’ont pas augmenté.

Et pour assurer encore plus leur mainmise totale, elles ferment cavalièrement des raffineries comme celle de Shell au Québec en 2010 sans que le PLQ et Nathalie Normandeau, alors ministre des Ressources naturelles, ne lèvent le bout du petit doigt afin de nous engouffrer davantage dans les entrailles du monstre pétrolier : « Raffinerie Shell. Québec n’interviendra pas au nom de la sécurité énergétique » (La Presse, 6 août 2010). Bah, faut pas froisser nos donateurs d’argent et peut-être aussi nos futurs donateurs de jobs.

Le comble de l’ironie

Une bonne « joke » avant de vous quitter, qui porte sur le merveilleux monde pétrolier et plus particulièrement de l’Impériale-Esso, filiale de l’Américaine Exxon-Mobil, la plus grosse pétrolière au monde : « L’Impériale a réalisé des économies “stupéfiantes” en encourageant la concurrence » (Le Devoir, 24 septembre 2015). Pas en initiant l’ombre du début d’un zeste de compétition au sein du cartel pétrolier canadien, mais bel et bien en imposant des baisses de prix à leurs propres fournisseurs. Avec ces grosses pétrolières plus gigantesques que l’État, elles tiennent prisonniers les fournisseurs et les clients captifs qui doivent se plier à leurs ordres et à leurs diktats sous le regard complice et même admiratif de vos élus.

Je le répète : la solution passe par la création de la société à propriété collective Pétro-Québec afin de vous enrichir de milliers de dollars chaque année. Êtes-vous trop intoxiqués et trop pleutres pour emprunter cette voix libératrice? Il n’y a rien à faire quand on est adepte de la servitude volontaire et qu’on en redemande. Oui, parfois on chiale et on proteste, mais pas plus.