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La courbe

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Ce qui est un peu con dans tout ça, c’est qu’on commence au sommet de la courbe émotionnelle. Ça ne laisse pas beaucoup de chances. Dès que tu as la moindre petite indication qu’elle s’intéresse à toi, tu passes de l’intensité zéro à cent en moins d’une seconde. Battez ça, Tesla.

T’as pas encore passé deux heures dans la même pièce avec elle que tu flottes un peu.  Ce n’est pas l’amour, c’est l’anticipation de l’amour.

L’anticipation de cette personne qui non seulement te plaît mais qui saura, enfin, déceler à quel point tu es génial dans le fond. Cette personne qui non seulement va passer par-dessus tous tes (nombreux) défauts mais qui te feras même oublier que tu en as.

Parce que depuis que t’as la capacité de comprendre les paroles de chansons, tu sais que t’es pas complet tant que t’as pas l’amour de l’autre. T’as pas grand chance d’éviter ce message: même les fucking contes de Disney te rappellent qu’à la fin de chaque histoire il y a un prince ou une princesse pour toi et qu’ils doivent vivre heureux (avec plus ou moins d’enfants mais dans le doute fais-en beaucoup). C’est même pas un choix c’est juste comme ça.

Nevermind le fait que devant toi, ton exemple numéro un de couple n’est pas très heureux lui et détonne pas mal du conte de fée. Parce que tes parents aussi sont pognés avec la courbe. Pas grave, ce que tu retiens c’est le happy end des contes. Le but c’est ça. “Jusqu’à la fin des temps”, tsé.

Tu te mets donc à la recherche de la personne qui te complètera. Tu ignores encore quels morceaux te manquent (tu sais même pas qu’il t’en manque, des morceaux, pauvre toi) mais tu cherches la personne pour te compléter. Quelle pression impossible à mettre sur l’autre!

Donc elle te donne un petit signe d’intérêt. T’es à cent dans l’intensité avant même de te mettre à table pour votre premier repas. Votre premier test.

Et le temps passe si vite! Toutes vos anecdotes sont fascinantes! Tout ce qui l’intéresse t’intéresse, c’est miraculeux! Tu donnerais tout ce que tu possèdes pour être celui qui a le droit de tasser délicatement, du bout de doigts qui tremblent presque, la mèche de cheveux qui vient de tomber dans son visage.

Vous vous quittez pleins d’espoir, sur un nuage. Chacun se demande de son côté pendant combien de temps rester cool et comment ne pas laisser s’échapper la joie pure que l’autre a fait naître. Tu sais que ta vie vient de changer juste au contact de cette personne et tu sais que c’est “jusqu’à la fin des temps”.

T’es encore au sommet de la courbe et malheureusement, la première pente descendante guette déjà. Mais pas tout de suite. Pour le moment, tu ferais des kilomètres à genoux pour passer 5 minutes avec elle. Vos conversations durent jusqu’aux petites heures. Tu la regarderais se raser les jambes tellement tout ce qu’elle fait est grâce et beauté.

Parenthèse: vous demeurez absolument magnifique à nos yeux, tout spécialement le matin. En fait c’est un des grands mystères de nos vies d’hommes: on ne comprend pas comment une créature peut être si belle en se réveillant.

Toi et elle, vous devenez ce qui occupe vos esprits respectifs matin, midi, soir. Plus tard, à la fin de la courbe, vous serez chanceux si vous mettez 30 minutes d’effort par jour à vous préoccuper de l’autre. Mais pas maintenant.

Puis le temps passe, la vie passe. Les emplois, les peurs, les insécurités, les difficultés passent. La passion aussi, la vache, passe. La courbe remonte à coups de mariages, de projets communs, d’enfants qui naissent. Avant de repartir vers le bas, inexorablement.

On se griffe le coeur mutuellement parce qu’on sait instinctivement où ça fait mal, sans le faire exprès même. C’est juste que la personne qui possède tes morceaux peut les briser assez facilement. On ne se rend pas toujours compte de la grande responsabilité que ça représente, la garde des morceaux de l’autre.

On la quitte des yeux un peu trop longtemps, la courbe, puis elle atteint le fond. Du bas de celle-ci, excessivement difficile d’apercevoir les sommets parcourus mais ils sont là, parce qu’aucune courbe n’est ligne droite.

Le truc, dans le fond, ça doit être de dompter la crisse de courbe. Pas une ligne droite justement mais moins de chutes brutales vers le bas, de chutes dont on ne remonte pas.

Le plus fou c’est qu’éventuellement, tu vas vouloir recommencer. Quelqu’un d’autre va capter ton intérêt et toi le sien. Et ta courbe va repartir vers le haut.