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Les gros docteurs riches et méchants

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L’annonce, le 9 février, d’une entente entre le gouvernement et les médecins spécialistes portant sur le versement de 480 millions de dollars aux médecins a fait l’effet d’une bombe sur la colline parlementaire.
 
Les oppositions voudraient que ces sommes ne soient jamais payées, même si elles étaient dues depuis plusieurs années et qu’elles faisaient partie d’une entente formelle.
 
Caricature et démagogie
 
Bien entendu, tout le monde reconnaît que le « timing » de cette annonce laisse à désirer. Encore récemment, les infirmières criaient haut et fort leur désespoir et demandaient au ministre de la Santé d’intervenir pour améliorer leurs conditions de travail. En matière de santé, on a toujours tendance à faire des amalgames plus ou moins vaseux. Les conditions de travail des infirmières, les soins à domicile et les bains dans les CHSLD vont tous dans le même panier pour ceux qui cherchent à choquer l’imaginaire populaire.
 
Quand Diane Lamarre accuse le gouvernement d’avoir « privé les plus vulnérables de services essentiels » pour « être capable de faire un méga cadeau, avant les élections, aux spécialistes », elle sait très bien que ses propos vont enflammer les passions. Dans une même phrase, elle met en opposition des personnes vulnérables aux besoins criants et des gros docteurs riches et méchants. Il faut reconnaître que c’est habile.
 
C’est tout aussi inflammatoire quand François Paradis, le porte-parole en matière de santé pour la Coalition Avenir Québec, utilise la situation de « ce proche aidant de 80 ans qui attend un équipement pour aider son épouse à prendre un bain » ou encore celle « des gens qui vivent des handicaps sérieux » pour expliquer à l’émission 24/60 qu’ il voudra « revoir tout ça » si son parti est porté au pouvoir.
 
Et c’est ça qui est difficile dans ce dossier. Tout le monde caricature, grossit et beurre épais et tombe rapidement dans la démagogie pour tenter de jeter de la boue sur un gouvernement de médecins qui négocie avec des médecins. 
 
Mettre le couvercle sur la marmite
 
C’est une bataille perdue d’avance pour Philippe Couillard et son équipe, et les libéraux le savent depuis leur élection. S’ils avaient pu mettre le couvercle sur la marmite de la rémunération des médecins spécialistes le premier jour de leur mandat, ils l’auraient fait avec plaisir. Mais l’état des finances publiques ne le permettait pas et le gouvernement se retrouve à devoir agir en pleine année électorale dans un dossier plus qu’impopulaire.
 
Pourtant, ces sommes étaient prévues depuis longtemps. Le Parti québécois en avait reporté le paiement pendant son passage au pouvoir et laisse entendre aujourd’hui qu’il n’aurait jamais payé en fin de compte. Jean-François Lisée dit même que s’il obtient un mandat fort de la population, il entend rouvrir l’entente annoncée et mettre un terme au paiement des sommes dès l’automne 2018.
 
Dans ces circonstances, qu’est-ce qui empêcherait la Fédération des médecins spécialistes de poursuivre le gouvernement pour rupture de contrat ? Sur quelles bases est-ce que le gouvernement pourrait se défendre de ne pas honorer les ententes qu’il entérine ? Si on remet en question des ententes négociées de bonne foi, qu’est-ce qui nous dit qu’on ne reviendra pas sur d’autres dossiers clos ? Les conditions de travail des enseignants ? Les conditions de travail des fonctionnaires ?
 
Ah non, c’est vrai. Eux, ce ne sont pas des gros docteurs riches et méchants.