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Afrique du Sud: les défis du nouveau président Ramaphosa

Cyril Ramaphosa
Photo AFP Cyril Ramaphosa

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Le tout nouveau président sud-africain Cyril Ramaphosa, élu jeudi par le Parlement, hérite d’un pays affaibli par la crise économique et gangréné par la corruption qui a caractérisé les neuf ans de règne de son prédécesseur Jacob Zuma.

L’ex-syndicaliste devenu homme d’affaires a promis des progrès rapides sur ces deux fronts, essentiels s’il veut remporter les élections générales de 2019.

Eradiquer la corruption

M. Ramaphosa l’a rappelé sitôt élu chef de l’État aux députés. «Les problèmes de corruption (...) font partie de nos priorités».

La culture du backchich et du graissage de patte s’est développée, au point de devenir l’une des marques de la décennie Zuma.

La famille Gupta, une fratrie d’hommes d’affaires d’origine indienne proche de Jacob Zuma, en est devenue le symbole. Trafic d’influence, détournement de fonds publics, pressions sur des ministres, son nom apparaît dans presque tous les scandales.

Des entreprises publiques comme le géant de l’électricité Eskom sont devenues des «vaches à lait», selon le mot d’un ancien PDG, traites consciencieusement jusqu’au bord de la faillite.

Premier signe d’un changement d’époque, les Gupta, longtemps intouchables, sont désormais dans le collimateur de la police.

Et une commission d’enquête judiciaire chargée d’enquêter sur tous les scandales dits de «capture de l’État» devrait bientôt engager son travail, avec Jacob Zuma en ligne de mire.

«C’est bien que JZ soit parti mais n’oublions pas qu’il n’était pas seul. A chaque étape, il a été soutenu par ceux-là mêmes qui l’ont aujourd’hui lâché», a mis en garde jeudi John Steenhuisen, patron des députés de l’Alliance démocratique (DA, opposition).

Relancer l’économie

C’est l’autre urgence du cinquième président de l’ère démocratique de l’Afrique du Sud. Ex-grand patron, il a les faveurs des marchés et des investisseurs. Mais sa tâche est immense.

Croissance désespérément molle, déficits publics en hausse, chômage de masse (+ de 27%) et devise fragile, la principale puissance industrielle du continent africain peine à surmonter les effets de la crise financière de 2008.

Si une petite élite noire s’est rapidement enrichie depuis la chute de l’apartheid il y a un quart de siècle, une majorité de Sud-Africains continue à vivre dans la pauvreté, bien loin de l’idéal de la nation «arc-en-ciel» rêvée par Nelson Mandela.

Ces derniers mois, les marchés se sont ouvertement inquiétés du climat politique délétère créé par les grands discours de Jacob Zuma sur la nécessaire «transformation radicale de l’économie» au profit de la majorité noire.

Lassées de cette «incertitude politique», les trois grandes agences de notation financière ont toutes dégradé la note de l’Afrique du Sud, abaissée dans la catégorie spéculative.

L’arrivée de Cyril Ramaphosa à la présidence a ravivé l’espoir.

«L’avenir du pays s’annonce désormais nettement meilleur», a noté l’analyste Ben Payton, du cabinet Maplecroft Risk. «Tout dépend maintenant de la façon dont le nouveau président va traiter l’héritage de son prédécesseur et imposer son autorité sur la politique économique», a-t-il toutefois modéré.

Gagner les élections

Des progrès enregistrés dans ces deux batailles dépend l’issue du troisième défi que doit relever Cyril Ramaphosa: remporter les élections générales prévues à la mi-2019.

Le patron du Congrès national africain (ANC) a hérité d’un parti en pleine crise, lessivé par des mois de querelles intestines .

L’ANC règne sans partage sur l’Afrique du Sud depuis les premières élections libres de l’histoire du pays qui ont porté Nelson Mandela à la présidence en 1994, dans l’euphorie de la chute du régime d’apartheid.

Mais près d’un quart de siècle plus tard, son étoile auprès de la population a sérieusement pali.

L’ANC a reçu un premier avertissement l’an dernier lors des élections locales. Il a réalisé son plus mauvais score national, moins de 54% des suffrages.

Surtout, il a perdu le contrôle de villes symboliques comme Johannesburg et Pretoria, au profit d’une coalition hétéroclite mêlant l’Alliance démocratique (DA, libéral) et les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale) .

Si M. Ramaphosa ne parvient pas à enclencher le renouveau, beaucoup prédisent à l’ANC une claque historique et la perte de sa majorité absolue au Parlement.

«Je vous souhaite de la force et nous vous tiendrons responsable» de la situation du pays, lui a lancé jeudi, provocateur, le chef de la DA Mmusi Maimane, «rendez-vous dans les urnes en 2019 !»

Le scrutin s’annonce ouvert comme jamais. «Si l’ANC veut regagner la confiance des électeurs, il va devoir se forcer à un peu de contrition», a commenté l’analyste politique Daniel Silke.