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La part du diable (et de la mémoire qui nous flanche)

Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque ou le Québec divisé en lui-même...
Photo d'archives Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque ou le Québec divisé en lui-même...

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J’ai TELLEMENT hâte d’aller voir le documentaire «La part du diable» du cinéaste Luc Bourdon. Il sera d’ailleurs en salle dès le 16 février.

C’est en fait une courtepointe «impressionniste» et impressionnante du Québec des années 1967 à 1983.

Des années charnières sur tous les plans : politique, culturel, linguistique, social, économique, etc.  Le tout sur fond d’émancipation nationale, autant collective qu’individuelle.

Le Québec s’éveillait à la vie, à la modernité, aux rêves et aux espoirs d’un Québec et d'un monde meilleur.

Les Canadiens-français devenaient des Québécois auxquels se joindraient de plus en plus de nouveaux arrivants pour former un Québec de plus en plus diversifié.

Le Québec apprenait à contester l’ordre établi, le clergé et la domination politico-économique des anglophones d’ici et du Canada anglais.

Il s’affirmait, il pensait, il réfléchissait, il avançait, il osait, il manifestait, il dénonçait, il proposait, il créait, il chantait, il dansait, il écrivait, il filmait.

Mais en même temps, malgré des avancées de géant, il continuait à se diviser en lui-même.

Son symbole peut-être le plus puissant est la fondation du Parti québécois sous René Lévesque la même année que Pierre Elliott Trudeau fut élu premier ministre du Canada.

Deux adversaires, deux Québécois. Pour le premier, le Québec devait s'émanciper sur tous les plans. Pour le second, il devait rentrer dans le rang et se contenter de son statut de province canadienne.

1968, l'année qui annonçait déjà toutes les divisions et tous les dangers qui suivront...

Puis, virent les années 1980. La première défaite référendaire, le rapatriement unilatéral de la constitution canadienne, l’implosion du PQ suite au «beau risque» fédéraliste de René Lévesque.

Plus tard, viendrait un chapelet d'échecs:  Meech, Charlottetown, le référendum de 1995, la mise en veilleuse de la souveraineté au PQ, l'enterrement du fédéralisme renouvelé au PLQ, l'affaiblissement de la Loi 101, un taux de décrochage élevé, la pseudo-crise des accommodements raisonnables, la grève étudiante de 2012 combattue bec et ongles par le gouvernement Charest, l'épisode raté de la charte des valeurs du gouvernement Marois, de même que l'obsession du déficit-zéro renommée austérité et tous ses dommages collatéraux en santé, en services sociaux et en éducation.

Le film «La part du diable» s’arrête en 1983. On serait presque tenté de dire «heureusement»...

Pour ma part, j’y retrouverai sûrement la trame politique et culturelle de mon enfance et de mon adolescence.

Pour les plus jeunes, espérons qu’ils courront le voir. Question de plonger tête première dans ce Québec effervescent qui savait rêver et penser grand. Peut-être y trouveront-il aussi le goût de s’en inspirer, qui sait...

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Pour visionner la bande-annonce de «La part du diable», c’est ici.