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Lune de guêpe

Valérie Plante
Photo d'archives, Sarah Daoust-Braun / Agence QMI Valérie Plante

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Après plus de 100 jours passés à diriger Montréal, disons que Valérie Plante n’a pas vécu sa meilleure séquence ces dernières semaines.

Depuis son élection en novembre dernier, les Montréalais et Montréalaises étaient plutôt contents d’avoir élu leur première mairesse, élection qui coïncidait avec les célébrations des 375 ans de fondation de la ville. Une fois l’euphorie passée, plusieurs ont tenté de décortiquer cette victoire et on a pu lire différents articles condescendants, voire misogynes sur ses «atouts féminins» (le sourire conciliant, la fraîcheur, etc...) qui en seraient l’explication. Cela représente bien ce que vivent les femmes en politique, à qui l’on reproche plus souvent des éléments reliés à leur physique, leurs compétences sont remises en question, leurs résultats scrutés et comparés ensuite à ceux des hommes.

Insatisfaction

59,2% d’un échantillon de 502 personnes à Montréal ont fait part de leur insatisfaction envers l’administration Plante dans un sondage Ipsos publié par La Presse+ la semaine passée. Une nouvelle reprise par plusieurs médias et dont les réactions ont été pour moi très révélatrices. Ce qui m’a poussée à vouloir comprendre pourquoi les commentaires ont été si virulents envers Valérie Plante et son administration.

Chose certaine, entamer un mandat en procédant à une hausse de taxes n’est jamais une bonne idée. Ce, quelque soit la raison qui justifie cette hausse. Mais force est de constater qu'il est plutôt rare de voir autant de gens insatisfaits d'un parti au pouvoir seulement trois mois après son arrivée, comme le souligne Sébastien Dallaire, vice-président d'Ipsos. Il signale qu'après une élection, les maires entrants sont populaires car on leur accorde une chance. Dans le cas de l'administration Plante, il ne perçoit pas ce phénomène.

Perspective

Vous m’excuserez d’y voir là un peu de sexisme envers Valérie Plante. La scène politique n'échappe pas à la question du genre, et à la manière dont sont perçus les sexes. Les femmes se heurtent à des discriminations spécifiques, qui sont épargnées aux hommes, et qui ont pour résultat d’amoindrir leur légitimité et leur autorité politique et de rendre l’exercice de l’action politique plus pénible et décourageant pour elles.

Avoir une carrière politique à l’heure des médias sociaux doit être très difficile pour n’importe qui, mais ça l’est encore plus pour les femmes qui doivent déconstruire tous les clichés liés à leur genre. Car oui, les femmes sont encore considérées par beaucoup comme incapables d'assumer des responsabilités politiques dans ce qui est perçu comme un domaine masculin. Ça, c’est un fait.

Avez-vous remarqué combien de fois on fait référence à «l’administration Plante-Dorais»? En comparaison, combien de fois avez-vous lu ou entendu l'administration «Coderre-Desrochers» au cours des 4 dernières années? Comme si cela prenait le nom d’un homme à côté celui de Valérie Plante pour rassurer et prouver sa légitimité. 

D’un autre côté, ce que je déplore par contre, c’est le choix de cette administration de mettre de l’avant des hommes lors des situations de crise: Benoit Dorais pour expliquer la hausse des taxes; Jean-François Parenteau (indépendant) lors des opérations de déneigement; Luc Ferrandez suite au sondage cette semaine, notamment. Ce qui n’aide pas selon moi l’administration Plante, qui rappelons-le, se présentait comme «l’homme de la situation» en campagne.

Amateurisme

Il faudrait peut-être qu’on arrête de voir les élues comme des «femmes en politique», mais des «politiciennes», au même titre que les hommes qui font de la politique, qui eux sont automatiquement considérés comme des politiciens, c’est-à-dire des personnes, qui je l’espère, ont une vision cohérente et pertinente pour leur région, et souhaitent la développer en prenant les meilleures décisions pour le plus grand nombre, et ajustent le tir au besoin. Ma conception est peut-être un peu idéaliste, mais j’assume. Manifestement, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Et les promesses rompues font malheureusement partie de notre culture politique.

Les médias n’améliorent pas les choses quand régulièrement, ils font appel à un style narratif relatif aux émotions et comportements...quand il s’agit de décrire le parcours des femmes en politique, au lieu de relater leurs compétences politiques. Et on s’appuie souvent sur l’idée et l’espoir que les femmes feront de «la politique autrement», seront plus proches de gens, dédiées à des enjeux sociaux, plus concrètes. Malheureusement, les femmes elles-mêmes surfent sur cette vague et acceptent de jouer le jeu, en campagne surtout. Et Valérie Plante nous a clairement vendu du rêve durant la campagne. Si le réveil est dur pour certains, d’autres ne sont pas surpris. C’est seulement une fois remis de ce choc, qu’on pourra initier une conversation sur notre amateurisme à nous, qui continuons de croire aux promesses électorales