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Un mafioso dont la tête est mise à prix est libéré

Francesco Del Balso quitte le pénitencier en sachant qu’il pourrait se faire tuer

Francesco Del Balso est escorté par des policiers de la GRC lors de son arrestation dans l’opération Colisée en novembre 2006.
Photo d'archives, The Gazette Francesco Del Balso est escorté par des policiers de la GRC lors de son arrestation dans l’opération Colisée en novembre 2006.

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« Cette fois, vous ne me reverrez plus », a dit le mafioso lavallois Francesco Del Balso avant de quitter le pénitencier, jeudi, tout en sachant que des assassins seront bientôt à ses trousses.

Del Balso, l’un des derniers hommes forts d’un clan Rizzuto décimé par de nombreux meurtres, a eu gain de cause auprès de la Commission des libérations conditionnelles du Canada après avoir passé les neuf derniers mois en réclusion.

L’homme de 47 ans a juré qu’il avait « coupé les liens » avec le monde interlope et renoncé au crime après sa condamnation à 15 ans d’incarcération pour gangstérisme et trafic de drogue, liée à l’opération Colisée de la Gendarmerie royale du Canada.

Mais le mafioso qui a la réputation de ne pas avoir froid aux yeux a admis au commissaire Michel Lalonde qu’il sait que des ennemis veulent avoir sa peau.

« Je ne sais pas pourquoi, mais cela a probablement quelque chose à voir avec mon passé. Je n’ai pas demandé à ce que des gens armés viennent dans ma maison avec l’intention de me tuer. »

« Papa, à l’aide ! »

C’est ce qui s’est produit le 6 mai dernier, une journée qu’il n’oubliera « jamais ».

Au volant de son véhicule, Del Balso était « à six minutes » de sa résidence à Laval quand il a reçu un texto alarmant de son fils de 12 ans.

« Papa, à l’aide ! Il y a un homme avec un gun ici et il le pointe vers mon frère », a relaté le père qui, pris de panique, a alerté le 911.

« Quand je suis arrivé, ma femme est sortie en criant après moi : ‘‘Va-t’en d’ici !’’ Ils ont demandé à te voir et ils veulent te tuer ! »

Les deux fiers à bras armés avaient déjà pris la fuite et ils ont fini par être appréhendés.

Del Balso s’est lui aussi sauvé. Avant, il s’est débarrassé du bracelet électronique muni d’un GPS qui permettait aux autorités correctionnelles fédérales de le suivre à la trace durant sa libération conditionnelle, comme c’est le cas avec plusieurs ex-prisonniers.

C’est la première fois qu’un ancien détenu en liberté surveillée agissait ainsi au pays, d’après le commissaire Lalonde.

Comme un « zombie »

« J’ai eu ce réflexe en pensant que ça amènerait des policiers en renfort à ma maison. J’étais comme un zombie, sous le choc », a raconté Del Balso.

Il s’est livré deux heures plus tard et on l’a escorté dans un pénitencier de Laval où il était toujours enfermé jeudi.

Même si sa vie en liberté est synonyme de danger, il s’est battu pour la ravoir. Ses avocats ont vainement demandé aux tribunaux de le faire sortir avant Noël.

« On l’a réincarcéré pour sa sécurité, mais ce n’est pas le rôle de la Commission de protéger la vie de M. Del Balso », a plaidé Me Rita Magloé-Francis jeudi, en ajoutant que son client ne présente « aucun risque de récidive ».

► Le futur lieu de résidence, l’emploi et les conditions que devra respecter cet ancien responsable des paris sportifs pour la mafia sont gardés secrets.

Ce qui a été dit

« Prochain sur la liste » ?

Francesco Del Balso avait été ramené en taule pour sa propre sécurité quand d’autres proches du clan Rizzuto ont été assassinés. Il était en maison de transition depuis trois semaines lorsque l’aspirant parrain Lorenzo « Skunk » Giordano s’est fait cribler de balles à Laval, le 1er mars 2016.

<b>Lorenzo Giordano</b><br /><i>Victime</i>
Photo courtoisie
Lorenzo Giordano
Victime

Del Balso avait été le bras droit de Giordano, lui aussi arrêté dans l’opération Colisée. Del Balso a ensuite été accueilli dans une maison de transition à Québec, plutôt qu’à Montréal, puisque les autorités détenaient des renseignements voulant qu’il soit « le prochain sur la liste d’exécution » de la mafia.

Au mois d’octobre suivant, il a néanmoins dû retourner au bagne pour quelques jours après le meurtre de Vincenzo Spagnolo, le meilleur ami du défunt parrain Vito Rizzuto.

Un bon espresso...

Le 30 avril 2017, Francesco Del Balso s’est arrêté en face d’un café italien du boulevard Saint-Laurent à Montréal et il a demandé à son fils aîné d’aller lui chercher un espresso. Del Balso s’était vu interdire d’entrer dans tout café italien durant sa libération conditionnelle.

Le hic, c’est qu’il n’avait pas le droit non plus de se trouver dans ce secteur de la métropole pour des raisons de sécurité. Son bracelet électronique l’a trahi au service correctionnel fédéral.

« J’ai fait une erreur. J’avais envie d’un vrai bon espresso », a-t-il expliqué au commissaire Lalonde, en ajoutant qu’il « aurait dû aller chez McDo ».

Reconnu au Centre Bell

En libération conditionnelle, Francesco Del Balso ne peut entrer en contact avec des gens liés au crime organisé. En cas d’une telle rencontre fortuite, il doit en avertir les services correctionnels.

Le 30 mars 2017, il est allé voir un match du Canadien au Centre Bell. Sur place, il dit avoir croisé Normand Robitaille, un membre retraité des Hells Angels avec qui il a déjà été incarcéré à Sainte-Anne-des-Plaines.

« Je lui ai juste dit : ‘‘Allô’’. C’est tout », a-t-il relaté jeudi. Le problème, c’est que des policiers présents au domicile du CH les ont reconnus et ils ont été les premiers à en aviser les autorités correctionnelles qui ont sermonné Del Balso dès le lendemain.