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UPAC : Il n'y a pas qu'en santé où le Québec ressemble à une république de bananes...

Martin Coiteux
Simon Clark/Agence QMI Martin Coiteux

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C’était quand même un peu ironique que la nouvelle de l’adoption du projet de loi 107, dont le mandat est, essentiellement, de donner plus de pouvoir à l’UPAC et d’en faire un corps de police indépendant, tombe au moment même où je me trouvais en attente de l’entrevue que je devais donner à ce sujet à Sophie Durocher.

Voilà, c’est fait. « Incroyable! » me suis-je dit.

Car faut vraiment prendre les gens pour des zozos pour penser que c’était le bon moment d’étendre les pouvoirs de l’Unité permanente anti corruption. Et c’est pourtant la tâche à laquelle s’est attelé le ministre Martin Coiteux, tenter de justifier l’injustifiable.

Principal suspect de la corruption et nommer ceux qui enquêtent sur la corruption...

Comment peut-on justifier que le Parti libéral du Québec, sur qui pèse l’essentiel des soupçons de corruption, de collusion, de copinage, de financement illicite, comment justifier donc que ce parti demeure en position de nommer seul – par sa majorité parlementaire – ceux qui enquêtent sur la corruption...

A-t-on déjà oublié que les enquêteurs en ce domaine ont mené nombre de perquisitions «politiques» au cours des dernières années et quand celles-ci visaient spécifiquement un parti politique provincial, chaque fois, c’était le Parti libéral du Québec. Pas la CAQ, pas le PQ ni QS. Le PLQ. Chaque fois.

Ce qui ne veut pas dire que le financement sectoriel n’a pas été l’apanage d’autres acteurs politiques, mais là où la situation justifiait l’intervention des limiers anticorruption directement au sein d’un parti politique provincial, c’est au parti libéral que ça finissait.

Il ne faut donc pas blâmer les gens – et l’opposition officielle à l’Assemblée nationale – d’être cyniques et d’insister pour que le grand patron de la police anticorruption soit choisi par quiconque autre que le Parti libéral du Québec!

Dans l’état actuel des choses, le PLQ se trouve dans cette surréaliste position où il est en mesure de nommer les juges, la DPCP, le patron de la SQ, les mandarins les plus importants de l’appareil gouvernemental tout en étant le principal suspect de la corruption et de la collusion politique au Québec.

Imaginons que cette situation soit celle, mettons, de Donald Trump; que ce soit le président honni qui se retrouve dans pareille position. Je ne pense pas qu’il y aurait assez de chemises à déchirer au sein de notre caste médiatique...

Saine gouvernance

Du point de vue des règles de base de la saine gouvernance, accorder plus de pouvoirs à l’UPAC au moment où l’organisation se trouve engloutie dans la pire crise de son existence relève de la plus mauvaise intendance.

Oubliez les patentes comme ce «comité de surveillance», lui nommé de façon non partisane. C’est de la frime, une diversion pour tenter d’occulter le fait que le commissaire de l’UPAC n’est pas, lui, nommé au deux tiers de l’Assemblée nationale.

L’UPAC se trouve dans la tourmente du congédiement de son numéro 2, Marcel Forget, qui poursuit Québec pour 2 millions $, mais surtout, avec un «plancher», c’est-à-dire un effectif policier complètement dysfonctionnel.

La crédibilité du commissaire Robert Lafrenière est sans cesse remise en cause, le syndicat des policiers de l’UPAC dénonce le climat de travail et l’organisation n’a toujours pas été en mesure de justifier l’arrestation d’un parlementaire, le député Guy Ouellette (qui ne l’oublions pas était président de la commission des institutions devant laquelle Robert Lafrenière devait faire rapport), contre qui aucune accusation n’a encore été déposée.

Il n’y a pas qu’en santé où le Québec ressemble à une république de bananes...

Et le ministre Martin Coiteux tente de nous faire croire que c’était le bon moment pour accorder plus de pouvoirs à l’UPAC...

Le scandale n’est pas qu’un politicien, dans pareille circonstance, promettre de «respectueusement» dégommer Robert Lafrenière s’il est élu (j’évoque ici le chef du PQ Jean-François Lisée, bien sûr); le scandale c’est que quelqu’un ait pensé que la meilleure chose à faire c’était de maintenir Robert Lafrenière en poste et de le récompenser par un pouvoir accru au moment où l’organisation qu’il dirige est au plus mal.

Fallait vraiment que le Parti libéral tienne mordicus à continuer de détenir le pouvoir de nommer le patron de la police anticorruption pour tenter de justifier pareille galère...