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Des étudiants forcés de suivre des cours en ligne à l'Université Laval

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Ophélie Lavoie, qui étudie au baccalauréat en communication, a dû suivre malgré elle quatre cours en ligne sur cinq l’an dernier, alors qu’elle aurait préféré fréquenter plus souvent les corridors du pavillon Louis-Jacques-Casault, situé sur le campus de l’Université Laval.

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À l’Université Laval, le nombre de cours à distance augmente à un point tel qu’il est impossible de suivre certains cours en classe, sur le campus.

Ophélie Lavoie s’est inscrite au baccalauréat en communication il y a un an.

Originaire de Sainte-Marie-de-Beauce, elle a alors décidé de louer un appartement à Québec. Elle constate par la suite que plusieurs cours obligatoires en première année sont offerts uniquement à distance et se retrouve bien malgré elle avec deux cours en ligne à sa première session et quatre cours en ligne sur cinq à la session suivante.

« Avoir su, je n’aurais pas signé de bail », lance la jeune fille qui a fait des démarches auprès de son association étudiante pour avoir accès à davantage de cours en classe.

À l’Association des étudiants en communication publique, on confirme que le grand nombre de cours en ligne obligatoires en première année fait des mécontents. « On a beaucoup d’étudiants qui viennent nous en parler », affirme son vice-président externe, Jérémy Michel Roy, qui indique que la situation « s’est corrigée un peu » cette année.

Les étudiants en communication ne sont pas les seuls à devoir suivre plusieurs cours à distance. Maxence Croteau, un étudiant en sciences des religions, a malgré lui trois cours en ligne sur cinq présentement.

« On perd la richesse du contact avec nos professeurs, qui sont souvent de grands experts. J’ai l’impression de me faire hypothéquer mon éducation quand j’ai trop de cours en ligne », affirme-t-il.

Dans les rangs des étudiants, les avis sont toutefois bien partagés. Certains détestent les cours en ligne, mais d’autres adorent la formule et en redemandent (voir autre texte).

Trois fois plus

Depuis déjà plusieurs années, l’Université Laval est l’établissement universitaire qui offre le plus de cours en ligne au Québec, devançant même de loin la Téluq qui n’offre que de la formation à distance.

Depuis dix ans à l’Université Laval, le nombre d’inscriptions à ces cours a triplé et près de 60 % des étudiants suivent au moins un cours à distance. À l’hiver 2018, près de 10 % des cours offerts sont en ligne.

Les étudiants qui doivent suivre plusieurs cours en ligne contre leur gré dès la première année de leurs études représentent « l’exception plutôt que la norme », affirme Claude Savard, vice-recteur adjoint aux études et aux affaires étudiantes.

La direction souhaite éviter ce genre de situation et un « dialogue continu » est en cours avec les facultés, qui ont une grande indépendance à ce chapitre, ajoute M. Savard. « Malheureusement, on n’y arrive pas dans tous les parcours », admet-il.

Augmenter l’accessibilité

Le développement des cours à distance a été entrepris il y a déjà plusieurs années afin d’augmenter l’accessibilité à la formation universitaire, poursuit le vice-recteur adjoint, qui affirme que les cours en ligne ne coûtent pas moins cher à l’administration universitaire. Les professeurs et chargés de cours sont rémunérés selon les mêmes conditions qu’un cours en classe, sans compter les coûts supplémentaires reliés aux infrastructures technologiques requises, explique-t-il.

Cette nouvelle formule permet toutefois de recruter de nouveaux étudiants en faisant éclater les limites géographiques rattachées à la formation en classe, indique le Conseil supérieur de l’éducation dans un avis publié en 2015. L’Université Laval ne peut toutefois préciser combien d’étudiants supplémentaires ont été recrutés grâce à la formation à distance.

Catégories de cours en ligne

Cours synchrones : L’étudiant, peu importe où il se trouve, peut suivre en direct le cours donné par un enseignant en classe grâce à une plateforme web qui lui permet aussi d’interagir. À l’Université Laval, les cours synchrones, qui se rapprochent le plus de l’enseignement en classe, représentent 15 % des cours à distance.

Cours asynchrones : L’étudiant peut faire son cours au moment qui lui convient. La forme varie selon le cours, qui peut renfermer des lectures, des forums, des quiz, des capsules vidéo, etc. La très grande majorité de ces cours comporte au moins un examen sous surveillance.

Trois fois plus d’inscriptions aux cours en ligne à l’Université Laval

Inscriptions à des cours à distance

2006-2007 : 24 016

2016-2017 : 74 337

940 cours à distance offerts, dont 471 à l’hiver 2018

102 programmes pouvant être réalisés au complet à distance (dont deux baccalauréats et une majorité de certificats ou microprogrammes)

60 % de tous les cours offerts à distance ont été exclusivement offerts en ligne

60 % des étudiants de l’Université Laval sont inscrits à au moins un cours à distance

9 % des cours à l’hiver 2018 sont en ligne

15 % de tous les programmes offerts à l’UL peuvent être réalisés à distance

Source : Université Laval

Faire son baccalauréat à Québec dans son salon

Maxence Croteau, qui étudie en sciences des religions à l’Université Laval, aimerait avoir davantage de cours en classe plutôt que de devoir faire plusieurs cours en ligne, assis à son bureau de travail dans son appartement.
Photo Stevens LeBlanc
Maxence Croteau, qui étudie en sciences des religions à l’Université Laval, aimerait avoir davantage de cours en classe plutôt que de devoir faire plusieurs cours en ligne, assis à son bureau de travail dans son appartement.

Alors que des étudiants détestent les cours en ligne, d’autres adorent la formule et en redemandent.

Jean-Christophe Bourgault étudie au baccalauréat en génie logiciel. Il suit présentement deux cours en ligne et adore la formule. « J’aime vraiment ça », lance-t-il.

Les capsules vidéo permettent une grande flexibilité, explique l’étudiant. Il est facile de visionner deux fois la même capsule, si une notion a été mal comprise, et à l’inverse d’en passer des bouts, si la matière est jugée facile.

Jean-Christophe préfère par ailleurs de loin la tranquillité de son appartement au brouhaha des grandes salles de classe.

« Ça me permet d’être seul, sans bruit. C’est mieux que d’être coincé dans le fond d’un amphithéâtre à ne rien voir en avant », illustre-t-il. À la Faculté des sciences et de génie, on compte en moyenne 150 étudiants dans une salle de cours en gradins.

Grande flexibilité d’horaire

Plusieurs autres étudiants avec qui Le Journal s’est entretenu apprécient la grande flexibilité d’horaire, notamment le fait de ne pas avoir à être pris dans le trafic le matin pour se rendre sur le campus. Certains ont toutefois souligné qu’il faut davantage de volonté et d’organisation pour réussir un cours à distance.

De son côté, Maxence Croteau, qui étudie en sciences des religions à l’Université Laval, aimerait avoir davantage de cours en classe, mais considère néanmoins qu’un cours en ligne par session est acceptable.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le profil type de ceux qui suivent des cours en ligne n’est pas l’étudiant de plus de 25 ans qui effectue un retour aux études tout en jonglant avec des obligations professionnelles et familiales.

Plusieurs étudiants à temps plein, âgés de 18 à 24 ans, optent pour un ou deux cours à distance par session, affirme Nicolas Gagnon, directeur du Bureau de soutien à l’enseignement à l’Université Laval.

Selon un sondage réalisé en 2015 par la CADEUL, qui représente les étudiants de premier cycle, 80 % de ceux qui s’inscrivent à des cours à distance étudient également sur le campus.

Expérience à géométrie variable

Toujours selon ce même coup de sonde, 24 % des étudiants considèrent que le contenu des cours en ligne est moins pertinent que celui des cours en classe, alors que seulement 10,78 % des étudiants pensent le contraire.

Les étudiants ont aussi fait part d’expériences à géométrie variable. Certains rapportent une expérience stimulante où des logiciels développés spécifiquement pour le cours permettent aux étudiants de faire des simulations, alors que d’autres ont suivi des cours où les étudiants doivent lire le même livre depuis 10 ans, connaissent les questions de l’examen à l’avance et reçoivent un minimum d’encadrement.

Formation à distance - Une tendance « assez positive »

À la Confédération des associations d’étudiants de l’Université Laval, on voit dans le développement des cours à distance une tendance « assez positive », considérant l’impact important sur l’accessibilité aux études. Son président, Samuel Rouette-Fiset, est toutefois « préoccupé » lorsque des cours obligatoires sont offerts seulement en ligne. « On priorise le choix pour les étudiants », dit-il. La qualité de la formation reste aussi une « préoccupation constante ». « Il y a de l’amélioration, mais ce n’est pas uniforme », dit-il. L’Université Laval rétorque qu’elle s’est dotée de balises pour encadrer la qualité de la formation en ligne, qui devrait être la même que la formation offerte en classe.

Demande en hausse - Les chargés de cours préoccupés

La présidente du Syndicat des chargés de cours de l’Université Laval, Christine Gauthier, est préoccupée par le développement « fulgurant » des cours à distance au cours des dernières années. Même si elle reconnaît que la demande pour cette formule est grande, elle constate elle aussi du mécontentement chez des étudiants qui sont forcés de suivre un grand nombre de cours en ligne. « Il faut avoir comme préoccupation l’équilibre entre les cours à distance et les cours en présentiel, dit-elle. Pour nous, l’équilibre est atteint. » L’Université Laval devrait mettre la pédale douce sur le développement des cours en ligne au cours des prochaines années, ajoute-t-elle. « L’enseignement, c’est avant tout un métier humain », lance Mme Gauthier.

Réseau universitaire - Bientôt un eCampus québécois

Les cours en ligne seront appelés à se développer encore davantage dans le réseau universitaire québécois au cours des prochaines années. Des travaux sont en cours afin de mettre sur pied un eCampus québécois, qui pourrait prendre la forme d’une plateforme commune de cours en ligne. Le gouvernement Couillard y voit un potentiel important pour cette formule en demande à l’échelle internationale et souhaite que le Québec emboîte le pas, alors que l’Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique ont déjà des campus virtuels nationaux.