/news/provincial
Navigation

Pas de 3e lien avant 2030

Le Journal a comparé des infrastructures inaugurées depuis 2003 au Canada et aux États-Unis

Pas de 3e lien avant 2030
Photo d'archives, Pascal Huot

Coup d'oeil sur cet article

Les grands projets d’infrastructures de l’envergure du troisième lien mettent en moyenne 16 ans à se concrétiser au Canada et aux États-Unis.

En appliquant cette règle générale, un éventuel troisième lien à Québec ne verrait donc pas le jour avant 2034. Un spécialiste avance 2030, dans un scénario optimiste où il n’y a aucun délai (voir autre texte).

Le Journal a fait, au cours des dernières semaines, une recension des cas de 15 grands ponts qui ont été inaugurés depuis 2003 à travers les États-Unis et le Canada. Il s’agit d’infrastructures majeures, de plus de 400 mètres de longueur, qui franchissent des cours d’eau importants et qui requièrent la réalisation de nombreuses études préalables ainsi que plusieurs années de construction.

Nous avons choisi de comparer des ponts puisque dans le cas du troisième lien, l’option du tunnel a été écartée par le gouvernement en raison de son coût trop élevé. Il est encore incertain si l’option choisie est un pont entre la Rive-Nord et la Rive-Sud (6700 mètres) ou encore une structure qui s’arrête à l’île d’Orléans pour se connecter au futur nouveau pont de l’île, qui mesurera 1700 mètres.

Nous avons cherché dans les archives et les documents officiels pour retrouver la date du lancement des premières études de faisabilité – l’étape en cours pour le troisième lien –, puis le début du chantier de construction et, finalement, l’ouverture du pont à la circulation.

Jusqu’à 20 ans

Il en ressort que le processus dure en moyenne près de 16 ans. Aux États-Unis, plusieurs ponts ont même pris autour de 20 ans à voir le jour. Le cas le plus flagrant est celui du Kosciuszko Bridge, à New York, qui en est à sa 24e année de réalisation, et dont la dernière portion doit être complétée en 2020, ce qui portera le tout à 26 ans.

Dans ce cas, les délais ont surtout été causés par les tergiversations sur la démolition de l’ancien pont.

Aucun projet n’a été complété en moins de neuf ans. Seuls deux ponts de Vancouver, le Port Mann et le Golden Ears, ont été terminés sous la barre des 10 ans.

Le chantier de construction se déroule généralement sur une période assez courte, entre trois et six ans. Il existe tout de même des exceptions, comme le Bay Bridge, à San Francisco, qui a pris 11 ans à être construit, et le Greenville Bridge, entre le Mississippi et l’Arkansas, qui en a nécessité neuf.

Longues études

Ce sont les études préparatoires (géotechniques, techniques, environnementales, d’emplacement) et les nombreux délais, occasionnés par les choix politiques et la recherche de financement, qui grugent le plus de temps. Il n’est pas rare que cette étape dure plus d’une dizaine d’années.

C’était le cas du Leonard P. Zakim Bunker Hill Memorial Bridge, à Boston. Il a fallu attendre 15 ans. En 1982, on a annoncé le Big Dig Projet, qui comprenait plusieurs améliorations routières, dont le pont, et le début des études. Ensuite, il y a eu des années d’attente pour des fonds fédéraux jusqu’en 1987. Le feu vert a été donné en 1991, mais ce n’est qu’en 1997 que le chantier a été lancé.

Dans le cas du pont Champlain, à Montréal, entre le moment où on a lancé les premières études, en 2007, et le début de la construction, en juin 2015, il s’est écoulé huit ans. Pour le pont de l’île d’Orléans, le gouvernement a concrétisé en 2010 son intention de remplacer l’infrastructure actuelle. En 2018, la construction n’est toujours pas amorcée.

Pas avant 2030

Dans le dossier du troisième lien, il faut viser un horizon de 2030 dans le meilleur des scénarios, soutient le professeur Bruno Massicotte, qui a piloté la plus récente étude de faisabilité sur cette infrastructure.

« Pour le troisième lien, il est raisonnable, voire souhaitable, de viser 2030 pour bien faire les choses », informait la semaine dernière dans un échange de courriels M. Massicotte, professeur titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines de l’École polytechnique de Montréal.

Ces délais sont pour un mode « assez rapide », dans lequel il n’y a aucune tergiversation politique ni de retard pour l’obtention du financement, précise le professeur Massicotte. « Toutes réflexions, discussions ajouteront à la durée du processus. »

Dans tout projet de cette envergure, explique-t-il, il faut compter un à deux ans pour les études d’avant-projet, un an pour les investigations sur le terrain, deux ans pour la conception préliminaire et la préparation des documents d’appel d’offres. Pour l’étude environnementale, il faut compter un minimum d’une année, mais peut-être davantage en milieux humides, souligne le professeur.

Appels d’offres

Ensuite, il faut s’attendre à 6 à 24 mois pour les appels d’offres, l’analyse des soumissions et le choix des professionnels. L’étape de la construction varie entre deux et six ans.

Et la gestion varie d’un pays à l’autre. « Les Européens mettent plus de temps dans les études initiales. C’est ce qui conduit à la meilleure solution à tous points de vue. »

Dans le cas du troisième lien, il faut, selon lui, compter « un délai de 8 à 12 ans » à partir du moment où la décision d’aller de l’avant est prise. Cette décision doit être entérinée après l’étude d’opportunité qui doit être rendue en 2020. Sans compter que le troisième lien est un projet beaucoup plus complexe « principalement parce qu’il n’y a pas de solution technique simple », dit-il. La prochaine étape consiste à définir le besoin. « Ce n’est pas un choix aussi évident qu’ailleurs. »

Des études préliminaires à l’inauguration

► 15 nouveaux ponts au Canada et aux États-Unis

Pont Champlain

Montréal | Canada

  • Pont à haubans
  • 3400 mètres
  • 11 ans si la date d’ouverture (décembre 2018) se concrétise

Pont Olivier-Charbonneau (A25)

Montréal | Canada

  • Pont à haubans
  • 1200 mètres
  • 11 ans

Pont de l’île d’Orléans

Québec | Canada

  • Pont à haubans
  • 1700 mètres
  • 14 ans si la date d’ouverture (2024) se concrétise

Port Mann Bridge

Vancouver | Canada

  • Pont à haubans
  • 2020 mètres
  • 9 ans

Golden Ears Bridge

Vancouver, Canada

  • Pont à haubans
  • 976 mètres
  • 9 ans

Leonard P. Zakim Bunker Hill Memorial Bridge

Boston, États-Unis

  • Pont haubané en semi-harpe
  • 436 mètres
  • 21 ans

Goethals Bridge

Entre le New Jersey et Staten Island, États-Unis

  • Pont à haubans
  • 2167 mètres
  • 12 ans si la date d’ouverture (fin 2018) se concrétise

Governor Mario M. Cuomo Bridge

New York | États-Unis

  • Pont à haubans
  • 5000 mètres
  • 19 ans si la date d’ouverture (juin 2018) se concrétise

Stan Musial Veterans Memorial Bridge

St. Louis, États-Unis

  • Pont à haubans
  • 854 mètres
  • 22 ans

John James Audubon Bridge

Louisiane, États-Unis

  • Pont à haubans
  • 3927 mètres
  • 22 ans

Arthur Ravenel Jr. Bridge

Caroline du Sud,États-Unis

Pas de 3e lien avant 2030
Photo courtoisie
  • Pont à haubans
  • 4000 mètres
  • 17 ans

Greenville Bridge

Entre le Mississippi et l’Arkansas | États-Unis

Pas de 3e lien avant 2030
Photo courtoisie
  • Pont à haubans
  • 4133 mètres
  • 16 ans

Deh Cho Bridge, Fort Providence

Territoires duNord-Ouest | Canada

Pas de 3e lien avant 2030
Photo courtoisie
  • Pont à haubans
  • 1045 mètres
  • 12 ans

Kosciuszko Bridge

New York, États-Unis

Pas de 3e lien avant 2030
Photo courtoisie
  • Ponts à haubans
  • 1835 mètres
  • 26 ans si la date d’ouverture (2020) se concrétise

San Francisco-Oakland Bay Bridge

San Francisco, États-Unis

Pas de 3e lien avant 2030
Photo courtoisie
  • Pont suspendu
  • 3500 mètres
  • 17 ans si la date d’ouverture (2020) se concrétise