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Pensée magique

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Même en tournant les coins ronds, il est tout simplement irréaliste de promettre la construction d’un troisième lien à Québec dans un horizon de quatre ans.

C’est pourtant la promesse qu’a répétée François Legault, sur toutes les tribunes, encore la semaine dernière. Selon lui, tout comme selon le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Québec, Jean-François Gosselin, il faudrait aller beaucoup plus vite.

Pour le chef caquiste, si le projet n’avance pas plus rapidement, c’est la faute de la « bureaucratie libérale ». Or, le tour d’horizon réalisé par ma collègue, qui a recensé la semaine dernière 15 projets de grands ponts réalisés depuis 2003 en Amérique du Nord, démontre clairement que ça n’a rien à voir.

Il faut compter au moins quatre ans pour en arriver à la préparation des appels d’offres pour un projet de cette envergure, ce qui nous mène forcément au-delà de quatre ans pour une première pelletée de terre. Et c’est sans compter des délais fréquents attribuables au financement ou à l’environnement, par exemple.

Beaucoup d’inconnus

Dans le cas du troisième lien, on ne connaît même pas encore sa forme ou son emplacement potentiels. Quant aux coûts et impacts en tous genres, l’étude attendue en 2020 les déterminera. Le maire Labeaume devrait d’ailleurs éviter de s’improviser expert à son tour, en lançant des chiffres en l’air comme il l’a fait en parlant de 10 milliards.

Aucun expert n’a par ailleurs pu affirmer qu’un tel lien réglerait les problèmes de congestion. Au contraire, il les aggraverait même après quelques années.

Si on décidait d’aller de l’avant, il faudrait régler la question du financement avec Ottawa, qui, jusqu’à maintenant, ne s’est pas montrée très empressée à l’idée d’y investir. Le fédéral préconise les projets de transport en commun partout au pays. Enfin, comme la construction d’un lien suppose qu’il faille réaménager une partie du réseau routier sur les deux rives, imaginez toutes les étapes à franchir avant de commencer la construction.

Malheureusement, M. Legault, tout comme M. Gosselin d’ailleurs, a trop bien compris qu’il peut se permettre de dire à peu près n’importe quoi sur ce projet porté par un discours émotif et reposant sur des arguments irrationnels. Un jeu trop facile auquel nul ne pourrait se prêter si les libéraux n’avaient pas autant tardé à lancer des études.