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Voyage en Inde: le charme de Trudeau mis à rude épreuve

Justin Trudeau en compagnie de sa femme, Sophie Grégoire
Photo AFP Justin Trudeau en compagnie de sa femme, Sophie Grégoire

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Mise en scène critiquée, accueil tiède et émoi dans la presse internationale; le charme n’opère pas comme à l’habitude pour Justin Trudeau au cours de son voyage d’une semaine en Inde.

«On était habitué de le voir accueilli comme une vedette à l’étranger. Cette fois-ci, il manque un ingrédient», a analysé le professeur de relations publiques à l’UQAM, Bernard Motulsky.

De la BBC au Washington Post en passant par Al-Jazeera et les grands quotidiens indiens, les reportages sur le fait que le premier ministre du Canada aurait été «snobbé» par son homologue indien, Narendra Modi, ont fait le tour du monde. M. Modi n’a pas accueilli Justin Trudeau à l’aéroport à son arrivée, et plusieurs y ont vu une forme de désintérêt.

«Justin Trudeau avait ramené une forme de prestance pour le Canada sur la scène internationale. De voir que ça tombe à plat dans un pays important comme l’Inde, il y a une déception légitime aux yeux du public», a observé M. Motulsky.

Mise en scène

Justin Trudeau avait revêtu le costume traditionnel sikh pour la visite de ce lieu sacré. 
Photo AFP
Justin Trudeau avait revêtu le costume traditionnel sikh pour la visite de ce lieu sacré. 

La très forte mise en scène qui entoure le voyage du premier ministre a également fait l’objet de critiques. Plusieurs intervenants ont déploré la surabondance de visites et de photos de famille en costumes traditionnels, comme dimanche au Taj Mahal ou mercredi au Temple d’or d’Amritsar, alors que peu de rencontres officielles sont au programme.

«Tout cela ne semble pas très payant politiquement. Ce n’est pas Justin Trudeau le touriste qui est là-bas, c’est le premier ministre du Canada. S’il n’y a rien de concret qui ressort du voyage, on se demande s’il y a quelque chose derrière l’image», a commenté le chargé de cours en politique à l’Université de Sherbrooke, Emmanuel Choquette.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, son épouse Sophie Grégoire et leurs enfants, Ella-Grace et Xavier, devant le Temple d’or d’Amritsar. 
Photo AFP
Le premier ministre canadien Justin Trudeau, son épouse Sophie Grégoire et leurs enfants, Ella-Grace et Xavier, devant le Temple d’or d’Amritsar. 

L’expert en communication politique estime qu’une telle mise en scène aurait été mieux reçue s’il n’y avait pas autant d’ombres au tableau dans le bilan de Justin Trudeau, comme la promesse rompue sur les Casques bleus ou l’abandon de la réforme électorale, par exemple.

«Quand ça fait deux ans que le contenu se fait attendre, c’est normal qu’on critique le contenant», a-t-il fait valoir.

La marque Trudeau

Pour le professeur au département de science politique de l’Université Laval, Thierry Giasson, il ne faut pas chercher à interpréter négativement l’accueil réservé en Inde à Justin Trudeau.

«Ces choses-là sont négociées avant l’arrivée du chef d’État, ce n’est pas improvisé du tout. A priori, M. Trudeau savait qui allait l’accueillir» et a maintenu la visite en toute connaissance de cause, a-t-il expliqué.

La famille Trudeau a cuisiné du chapati, pain traditionnel indien, dans une cuisine communautaire du Temple d’or. 
Photo AFP
La famille Trudeau a cuisiné du chapati, pain traditionnel indien, dans une cuisine communautaire du Temple d’or. 

Selon lui, toute la médiatisation des déplacements de la famille Trudeau doit également être vue dans un contexte plus large. Certaines visites font partie des «figures imposées» de tout voyage diplomatique, peu importe le dirigeant qui s’y prête.

«Et ça s’inscrit dans la personnalité de Justin Trudeau. Il est très à l’aise avec les médias et c’est un énorme avantage pour son équipe de communications», a souligné M. Giasson.

«Remettre les pendules à l’heure»

Le premier ministre du Canada a rencontré le ministre en chef du Pendjab, mercredi, afin de «remettre les pendules à l’heure» et réitérer son appui à une Inde «unie et forte». Le capitaine Amarinder Singh reproche depuis longtemps à certains ministres sikhs du gouvernement canadien d’appuyer les nationalistes qui veulent créer un État indépendant en sol indien.

M. Singh s’est dit satisfait des explications de Justin Trudeau à l’issue de leur réunion.