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Connaissez-vous la charge mentale?

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Deux mots se font de plus en plus entendre ensemble ces temps-ci : « charge » et « mentale ». Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi en parle-t-on ? Est-ce un problème ? Si oui, peut-on le régler ?

1. De quoi s’agit-il ? La charge mentale est « ce travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence ».

2. Autrement dit ? La charge mentale, c’est chaque fois que vous vous dites : « Faudrait bien que je fasse l’épicerie, que je prenne rendez-vous chez le médecin pour Tipout, que j’en prenne un chez le dentiste pour Grandpout, que je fasse le lavage, qu’on repeigne le salon, qu’on achète un cadeau pour un tel... » Évidemment, vous me voyez venir, les femmes sont davantage touchées que les hommes.

3. Une affaire de femmes. Les hommes, même ceux qui aident beaucoup à la maison, sont encore considérés (et se considèrent peut-être encore eux-mêmes) comme des assistants plutôt que comme des êtres autonomes quand ils se trouvent dans la sphère domestique.

4. Des femmes en ont parlé. Il y a plus de 30 ans, des sociologues ont parlé de la double journée des femmes et mères, de leur esprit qui, au travail, demeure occupé par la gestion du foyer, des incidences que cela pouvait avoir sur leur performance. En 1996, Susan Walzer écrivait « Thinking about the baby », un article dans lequel elle traitait de la part invisible du travail domestique. Cette réalité invisible mérite toujours qu’on s’y intéresse.

5. Emma. Récemment, en France, Emma, ingénieure-informaticienne, blogueuse et bédéiste, a fait un tabac avec « Fallait demander », une page Facebook, suivie de deux bandes dessinées dans lesquelles elle illustre la charge mentale des mères. Dans un dessin fameux, on voit une mère débordée qui reçoit une amie, tout va mal, ça déborde, un moment donné son conjoint se lève, va vers elle et dit : « Fallait me demander, je t’aurais aidée. » Tout le problème est là, démontre Emma, il faudrait toujours, quand on est femme et mère de surcroît, gérer les journées de la famille.

6. Au Québec. En m’intéressant à ce sujet, j’ai l’impression que la situation diffère en France et au Québec, qu’ici, les hommes collaborent davantage. C’est peut-être vrai, mais on pourrait garder deux choses en tête : 1. nous, les femmes, continuons de vouloir « runner le show » (vous devriez voir ma tête quand mon chum déballe l’épicerie qu’il a faite) ; 2. faire et organiser, exécuter et gérer, ce n’est pas la même chose. Emma le dit : « Quand notre partenaire de vie attend de nous qu’on lui demande de faire des choses, c’est qu’il nous voit comme responsable en titre du travail domestique. »

7. Deux problèmes. On a donc deux problèmes sur les bras : 1. les femmes doivent lâcher du lest ; 2. les hommes doivent prendre confiance en eux dans la sphère domestique et devenir un peu moins paresseux. (Vous pouvez inverser le un et le deux.)

8. Corde sensible. La sociologue et auteure Annie Cloutier, dans la série web Corde sensible, créée par Marie-Ève Tremblay et Julien D. Proulx, nous rappelle que plusieurs siècles de gérance domestique féminine ne peuvent s’envoler comme si de rien n’était. Malgré tout, ajoute-t-elle, il faut aussi savoir qu’« il n’y a rien de biologique là-dedans, ou d’encré, ou dû à une croyance que les femmes auraient une meilleure vision périphérique que les hommes, c’est social, uniquement social ».

9. Des trucs. La docteure Aurélia Schneider (son livre La charge mentale des femmes, et celles des hommes, vient de paraître en France) propose quelques trucs que j’ai entendus dans une interview. Pour les femmes en impression de surcharge : faire une liste de ce qu’on a fait, plutôt que de ce qui reste à faire, et s’en féliciter. On pourrait aussi penser à ne pas trop puiser dans nos ressources, à s’arrêter avant l’épuisement. De plus, ajoute-t-elle, il faut le faire savoir qu’on a un besoin, l’exprimer clairement.

10. Repérer l’inconfort. Aurélia Schneider nous rappelle également de nous occuper de ce qui nous met mal à l’aise : « Vous avez un caillou dans votre chaussure, prenez le temps de vous arrêter, de vous asseoir, d’enlever votre chaussure et de la secouer. » Ce que ça veut dire ? De détecter ce qui nous pèse à la maison (ou ailleurs) et de changer nos habitudes un pas à la fois, un geste à la fois.

11. Une charge que les hommes portent aussi. Quand on y pense, la charge mentale est inhérente au fait d’être en vie. Qu’on soit homme ou femme, on est toujours en train d’organiser quelque chose, de prévoir, de planifier, de se faire une tête sur un projet à venir, c’est juste qu’à la maison et même en société, certaines voix s’élèvent pour dire que le temps est venu d’agir en collaboration réelle. Serait-il fini le temps des cheffes et des chefs ?