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Troisième lien de la division

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Ce n’est pas d’hier que le troisième lien divise les élus de la grande région de Québec, boudé depuis des décennies par les maires et mairesses de la Rive-Nord et porté par ceux de la Rive-Sud.

La semaine dernière encore, les maires de Lévis et Québec ont eu maille à partir au sujet des coûts et impacts du projet. Un scénario qui se répète à travers le temps, jusque dans les arguments.

Au début des années 90, les maires de la Rive-Nord s’opposaient à la construction d’un troisième lien, estimant que l’étalement urbain était déjà assez coûteux. Au contraire, ceux de la Rive-Sud considéraient que le pont Pierre-Laporte ne suffisait plus et dénonçaient les longs embouteillages aux heures de pointe.

Jean-Paul L’Allier, maire de Québec, estimait en entrevue avec La Presse canadienne que l’étalement urbain avait coûté déjà assez cher autant aux contribuables des villes de la Communauté urbaine de Québec qu’à ceux des nouvelles banlieues de la Rive-Sud comme Saint-Nicolas, Bernières et Saint-Romuald, qui font aujourd’hui partie de Lévis.

Pour la mairesse Andrée Boucher, qui était elle aussi en défaveur, la dispersion des lieux de résidence multipliait les investissements en infrastructures et, en plus, tuait les centres-villes où les écoles et les services communautaires ne pouvaient plus survivre.

Quelques années plus tard, Réal Lapierre, maire de Beaumont, avait repris le flambeau d’un projet sous-fluvial, avec le soutien du coloré Jean Garon, qui deviendrait maire de Lévis. L’idée de passer par l’île d’Orléans était elle aussi déjà évoquée.

Effet contraire

En 2002, alors que le projet revenait dans l’actualité, M. L’Allier n’avait absolument pas changé d’avis, estimant qu’il fallait prioriser le transport en commun, et qu’un tunnel n’était pas prioritaire, avait-il déclaré au Soleil.

Paul Shoiry, alors président de la STCUQ, se disait surpris que l’on considère encore de nouvelles autoroutes pour réduire la congestion, alors que l’effet contraire était démontré.

C’est exactement ce qu’ont affirmé au Journal une douzaine d’experts dans le domaine des transports et de l’urbanisme, en 2017.

Avec un troisième lien, ont-ils exposé, la congestion redeviendrait vite aussi intense en raison de l’étalement urbain. À quoi bon dans ce cas un troisième lien, si ce n’est que pour servir d’ambitieux politiciens à travers le temps ?