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Vive l'école privée!

Collège Jean-Eudes
Photo Chantal Poirier

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Tel un chien sans médaille, je suis un paria du système d’éducation. En attendant mes vacances, je m’évertue à produire des analphabètes et des décrocheurs. Malgré mon bac, mon certificat, ma maîtrise et mon expérience, je suis un cancre qui a choisi l’enseignement pas défaut. Une nullité qui nivelle par le bas. 

Pour toutes ces raisons, il ne faudrait surtout pas m’écouter.

Vous avez deviné? Je travaille dans une école publique. Et c’est bien connu : hors de l’école privée, point de salut.

J’ignore pourquoi, mais l’excellence se retrouve surtout au privé. Pour preuve, les élèves y réussissent davantage. Une seule hypothèse plausible permet d’expliquer ce phénomène : les meilleurs gestionnaires, la crème des professionnels et les enseignants les moins pires occupent tous les emplois dans ce secteur.

Je viens d’apprendre que Québec désire valoriser l’éducation en créant l’Ordre de l’excellence. Vous êtes sérieux? Moi, le Clochard, je compétitionnerai contre la Belle? Suis-je donc condamné, ma vie durant, à être un chien errant?

Pour être équitable, il faudrait remettre trois types de médailles aux joueurs :

  1. Les plus utiles (pour les écoles privées) ;
  2. Les plus améliorés (pour les écoles publiques) ;
  3. Ayant le meilleur esprit sportif (pour les écoles des quartiers défavorisés).

Pour un financement à 100 %

Vous avez entendu la récente campagne publicitaire radio de la Fédération des établissements d’enseignement privés? *

«Réussir, ça n’arrive pas toujours du premier coup. Les écoles privées de la région : on met plus de temps, pour chaque enfant.»

Je tenais à vous le dire publiquement : merci!

Par contre, est-ce que cette dépense de mes dollars en pub était indispensable?

Au pays de la chronique, celui qui représente 20 % du rayonnement médiatique de son employeur, avait déjà travaillé fort afin d’abattre les préjugés à votre égard. Et deux fois plutôt qu’une : dans son texte L’école de la pensée magique et à l’émission Deux hommes en or.

Par le fait même, je tiens aussi à remercier monsieur Lagacé. J’ai appris un tas de choses. Par exemple, qu’il est possible de juger d’un système d’éducation et de toute une équipe-école à partir d’une expérience personnelle en maternelle.

J’ai toujours adoré la généralisation abusive. C’est une arme bien plus efficace que le fusil proposé aux enseignants par un certain Donald.

J’ai également appris que son école privée ne sélectionne pas les enfants. Formidable! Elle est gratuite cette école?

Enfin, j’ai pris en note son judicieux conseil : «Avant de faire des enfants, magasine ton quartier, parce que tu vas voir qu’à Montréal, c’est une loterie les écoles publiques.»

Je crois que je ne suis pas le seul à écouter ses suggestions. J’ai reçu un coup de fil de mon frère la semaine passée. Il habite sur l’île. Il me racontait qu’il voyait des troupeaux de pauvres et d’immigrants se promener d’un quartier à l’autre à la recherche de l’excellence.

Qui sait. Nous aurons peut-être de vraies surprises lors du prochain palmarès?

Ce qui me rend le plus triste, c’est de constater que l’école privée se retrouve surtout en milieu urbain. J’imagine que je ne vous apprends rien en affirmant qu’on fabrique ainsi des tarés dans plusieurs régions du Québec. L’expression l’idiot du village, ça vous dit quelque chose? Vous croyez au hasard? Pas moi.

La faute à qui selon vous?

Le porte-parole du PQ en éducation, Alexandre Cloutier, a fait preuve d’une admirable candeur l’an dernier en reconnaissant que «personne ne veut toucher» au financement de l’école privée.

À moins de vouloir fuir le pouvoir, pourquoi s’attaquer à une formule gagnante?

Bref, la fin du financement des écoles privées provoquerait la mort de la moitié de ces écoles selon monsieur Lagacé. Un drame social. La fin du bien commun.

Je crois que notre perspective doit changer. Pourquoi ne pas financer à 100 % toutes les écoles privées?

Comme elles ne sélectionnent pas leurs élèves et qu’elles favorisent la réussite en mettant plus de temps pour chaque enfant, la plèbe pourrait profiter également de ce trésor collectif. Il suffirait d’offrir les places par un tirage au sort.

Une vraie loterie. Le hasard de la vie supervisé par Raymond Chabot Grant Thornton.

J’ignore pourquoi, mais je suis loin d’être certain que ma proposition fera l’affaire des adeptes de l’école privée et de son financement.

Tiens, ça me rappelle le Labrador de mon enfance. Le meilleur ami de l’homme... À une exception près. Quand un plouc approchait son os, il montrait les crocs et protégeait férocement son dû.

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* Précision de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) le 1er mars : la pub est une initiative des écoles privées des régions de Québec et Chaudière-Appalaches qui sont membres de la FEEP.