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Comment éliminer le marché noir en trois étapes faciles (partie 1)

Faceless unrecognizable man with hood
Photo Fotolia Le marché noir fait baisser les prix du pot, il fallait s’y attendre. La question est: jusqu’où est-il prêt à aller pour conserver leurs clients? Nous dire que c’est le nouveau Kale?!?

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Le marché noir du pot est un dude avec un hoody noir et une voix de robot.

Depuis que Justin Trudeau a annoncé que le pot serait légalisé, des hommes en capuchon noir au visage flou et à la voix trafiquée sont apparus dans les médias.

C’est la voix du MARCHÉ NOIR. Celle qui vient nous dire qu’elle va riposter, contre-attaquer, lutter pour sa survie bref faire une guerre des prix. Et pour une fois, tous les médias s’entendent: le gramme coûte déjà moins cher qu’il y a un an, soit environ 6,85$ au lieu des 7,50 ou 8 $.

Les dealers acceptent de parader anonymement dans les médias pour envoyer le message que la légalisation, ça ne leur fait même pas peur. Thug de même.

C’est toutefois difficile de remonter aux têtes dirigeantes des cartels de drogues pour discuter de leur stratégie d’affaires, d’indicateurs de performances, de MLM (Multi-level Marketing). Ok le dernier terme, je l’ai juste trouvé sur les internets pour faire plus professionnelle, mais vous comprenez le principe.

Alors tout le monde se demande si Justin arrivera vraiment à éliminer le marché noir en légalisation le pot. Parce que c’est ça le but, right? Right? Parenthèse ici pour souligner que ça fait presque bizarre parler de Justin sans aucune référence à son outfit indien.

Bref, le gouvernement fédéral se donne 5 ans pour aller chercher 75% du marché et 220 millions $ en taxes. C’est en tout cas, ce qu’il prévoit dans son budget présenté hier.

L’État du Colorado, où le cannabis récréatif est légalisé depuis 2014, estime contrôler aujourd’hui 70% du marché. L’État de Washington contrôle environ 50 à 65%, mais elle a dû baisser ses prix. Ils se sont rendu compte que 30$ le gramme, c’était pas exactement compétitif (no shit, Sherlock!). C’est maintenant 8 à 10$.

Le prix, la distribution et la qualité

Il faut tenir compte de plusieurs critères pour mieux comprendre comment le marché noir pourra effectivement être éliminé. Il y a le prix, la distribution et la qualité du produit. Je vais d’abord vous parler du prix et j’aborderai la distribution et la qualité dans mes prochains billets.

La première riposte du marché noir est de baisser ses prix, personne n'est surpris. La question est: jusqu’où est-il prêt à aller pour conserver ses clients? Nous dire que c’est le nouveau Kale?!?

Le marché noir a l’avantage qu’il n’a pas à charger de taxes. Et au Québec, les prix sont aussi parmi les plus bas au pays parce que la production est importante.

J’en ai discuté avec Sebastien St-Louis, PDG d’Hydropothecary, le plus grand producteur de pot au Québec autorisé par Santé Canada. Il m’assure qu’il ne craint pas une guerre de prix.

Sébastien St-Louis, PDG Hydropothecary
Photo d'archives
Sébastien St-Louis, PDG Hydropothecary

 

«Oui le marché noir aura une  marge pour baisser les prix. Mais il faut se rappeler que lorsque tu es dans le crime organisé tu prends des risques, tu ne fais pas des activités illégales dans le but de faire des marges de profit de 30 à 40%», explique-t-il.

Ça reste quand même une bonne marge, si vous me demandez mon avis, mais qui suis-je avec mes diplômes de sciences molles pour apprécier les statistiques?

«Moi je produis moins cher que le crime organisé et je suis capable de vivre avec une marge de profit plus basse qu’eux, ajoute St-Louis. Ils peuvent baisser leur prix à combien... 3$ le gramme? J’ai des produits qui se vendent déjà à ce prix-là dans le médical.»

Déjà en un an, Hydropthecary a réussi à faire baisser de moitié son coût pour produire un gramme. Il est passé de 1,79 à 0,89 cent et c'est en partie grâce à l’amélioration de leurs processus de culture, explique-t-il.

Bon, ça c’est le coût de base et il faut ajouter la distribution. Le producteur vient de décrocher un contrat avec la SAQ pour lui fournir 22 000 kg de pot, soit le 1/5 de sa capacité de production prévue en décembre 2018.

Il va surement pouvoir faire un prix de gros, mais pour l’instant personne ne veut révéler combien la Société d’État va payer pour acheter le pot qu’elle vendra aux Québécois.

J’imagine déjà les réactions des CONTRIBUABES. «QUOI?! Mes taxes ont servi à acheter du pot et pendant ce temps, le gouvernement refuse de payer pour un 3e lien à Québec ou nos Nordiques?» «Avec toute l’argent que les villes vont chercher avec la drogue, comment ça Valérie Plante augmente toujours nos taxes?! Ça s’en va toute dans la ligne rose, j’te gage?!»

Mais bref, l’idée est que si le marché noir à une marge de manœuvre pour baisser ses prix, le producteur autorisé en a une lui aussi.

C’est là qu’entre en scène le gouvernement. Il va devoir taxer suffisamment pour pouvoir lutter plus férocement contre le marché noir et investir dans des programmes de prévention.

S’il taxe trop, et la tentation est toujours grande, il n’ira pas chercher de parts au marché noir. Un beau casse-tête. Un 3000 morceaux avec pas beaucoup de couleurs différentes, genre.

Reste que le pouvoir est entre les mains de Québec qui fixera ses prix. Et comme le disait l’oncle de Spider-Man avant de mourir couché sur le trottoir: With great power comes great responsibility.  Bien dit, Oncle Ben. Bien dit. Tu n’es pas mort en vain.