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Crise au Bloc québécois: un leadership pitoyable

Crise au Bloc québécois: un leadership pitoyable
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Alors que le mouvement souverainiste fait face à une enfilade d’énormes défis sur la longue et difficile route qui sépare le Québec de l’indépendance et qu’un leadership fort et inspirant lui est plus nécessaire que jamais, le Bloc québécois et sa chef montrent le chemin à ne pas suivre. Si Martine Ouellet ne peut rallier ses sept députés, comment pourra-t-elle contribuer à convaincre des millions de ses concitoyens de la suivre sur la route de l'indépendance?

Sept députés du Bloc viennent de claquer la porte. Ce geste d’éclat démontre hors de tout doute que la chef du Bloc, Martine Ouellet, n’est pas à la hauteur du mandat que lui ont confié les membres de son parti. Pourtant, elle est déterminée à rester en poste. Pour démontrer quoi et à qui, au juste? Alors que le mouvement souverainiste est dans un creux de vague, les leaders des deux principaux partis politiques qui le portent ont l’énorme défi de convaincre au moins le tiers des Québécois que l’indépendance est souhaitable, qu’elle est réalisable et que ses bénéfices à long terme dépassent les coûts inévitables de la transition.

En 1995, une solide majorité des Québécois croyaient l’indépendance souhaitable et réalisable, mais suffisamment d’entre ceux-là ont hésité devant l’obstacle pour entraîner une défaite référendaire de justesse. Pourtant, les souverainistes pouvaient compter sur des chefs forts et charismatiques dont personne ne contestait sérieusement le leadership.

Aujourd’hui, il est peut-être encore possible de trouver une majorité d’appuis pour une indépendance qui se présenterait sous ses plus beaux atours dans un monde idéal et sans coûts de transition, mais on est très loin du contexte de 1995 et des quelques belles années qui ont suivi pour le Bloc à Ottawa. C’est ce qui rend le défi du leadership du mouvement d’autant plus imposant. On peut douter que Jean-François Lisée y parviendra au Parti québécois, mais au moins il arrive depuis que son parti a touché le fond dans les sondages à refaire, tant bien que mal, l’unité d’un parti dont la survie même sera en jeu à l’automne.

Quant au Bloc, aucun de ses chefs récents n’a été à la hauteur de l’énorme défi de refaire du parti un acteur majeur dans la quête de la souveraineté. Si Martine Ouellet veut convaincre qu’elle est capable de contribuer à faire embarquer des millions de citoyens dans le bateau de l’indépendance, il faudra qu’elle commence par faire rembarquer sept députés sur le radeau du Bloc. Sinon, que fait-elle là?

Peut-être que Martine Ouellet a des ressources que personne n’a été à même d’observer jusqu’à aujourd’hui et qui lui permettront de surmonter cette crise. En fait, si elle possède ne serait-ce qu’une fraction des talents dont elle aura besoin pour contribuer à convaincre par la suite des millions de Québécois de plus en plus sceptiques ou hésitants face à l'indépendance, elle devrait régler cette crise en deux temps, trois mouvements.

Si elle échoue—ce qui s’annonce probable—et qu'elle s’obstine malgré tout à rester à la barre du Bloc, son parti pourrait malheureusement se mériter le même grand titre que ce Journal avait réservé au voyage de famille de Justin Trudeau en Inde : «Une vraie joke.»