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Il vole au secours d'un internaute suicidaire

Il vole au secours d'un internaute suicidaire
Illustration Christine Lemus

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Un homme de Saint-Jean-sur-Richelieu a sans doute contribué à sauver la vie d’un jeune cégépien suicidaire, après avoir intercepté son appel à l'aide sur la plateforme de diffusion Twitch. Pèse sur Start lui a parlé.

Le 11 décembre dernier, Jean-François Bourbeau s'est connecté sur Twitch, qui diffuse en direct du contenu majoritairement relié aux jeux vidéo, comme il le fait régulièrement.

«C'était des affaires un peu nébuleuses, du genre “j'aimerais mieux être dans le noir que la lumière”. Je l'ai talonné, relancé, et il a carrément dit: “j'vas m'tuer, hostie”», raconte le père de 43 ans, qui n’a alors pas hésité à engager la conversation en privé.

«Il m'a dit: “pour te montrer à quel point ça me fait mal, j'ai enlevé mon manteau pendant dix minutes à l'extérieur. Je me suis couché dans la neige. Ma peau brûlait, mais après un moment, je ne sentais presque plus rien. J'avais le goût de m'endormir tellement j'avais froid”», se rappelle-t-il.

Jean-François Bourbeau décide alors d’alerter le 911.

C'est la raison pour laquelle l'histoire refait surface; la semaine dernière, la police de sa municipalité lui a envoyé une lettre de remerciements.

Il vole au secours d'un internaute suicidaire
Courtoisie
Il vole au secours d'un internaute suicidaire
Courtoisie

Les autorités sont d’ordinaire en mesure de déterminer la position des usagers de Facebook et autres forums de discussion. Sur Twitch, il est impossible d'obtenir l'adresse IP de l'utilisateur. En fait, seuls les administrateurs du site y ont accès.

Jean-François Bourbeau devait donc obtenir le numéro de téléphone du jeune homme sans éveiller de soupçons.

«Il fallait que ça semble plausible, que je gagne sa confiance. Je lui ai expliqué que j'ai été victime d'intimidation, que j'ai l'impression de ne pas toujours faire des choses correctes. J'essaie de lui faire voir que ça peut arriver à tout le monde.»

Mission réussie: quelques minutes plus tard, il échange des messages textes et refile le numéro aux autorités.

Les policiers de Montréal localisent le jeune et le prennent en charge, environ une heure plus tard.

«Ce n'était pas un troll, c'était vraiment quelqu'un qui était en détresse. Ils ont bien vu qu'il n'allait vraiment pas bien.»

Quatre jours plus tard, M. Bourbeau reçoit des nouvelles du jeune, qui lui explique que sa médication aurait été la cause de ses idées noires.

«Il m'a remercié, il m'a dit qu'il était suivi, que ça allait mieux, mais que la prochaine fois, de prendre ça mollo, de ne pas appeler la police. Mais si c'était à refaire, je ferais la même chose», assure Jean-François Bourbeau.

Quelques mois plus tard, Jean-François a tourné la page sur cet épisode, non sans peine.

«Ça m'a pesé lourd, j'avais une vie entre les mains à ce moment. Je ne voulais pas avoir une mort sur la conscience.»

Que fait Twitch?

Comme l'illustre le documentaire Bye, diffusé sur les ondes de Radio-Canada en décembre dernier, Twitch est avare de commentaires sur ses clients. Bye relate le parcours du fils d'Alexandre Taillefer, Thomas, un adolescent cyberdépendant qui s'est enlevé la vie. Il explore aussi la dépression et le suicide chez les jeunes joueurs.

Lorsque nous l’avons à notre tour contacté mardi, le directeur des relations publiques du site de diffusion a souligné que l'entreprise «ne parle généralement pas de ses membres» et a préféré nous référer à différentes pages web sur le sujet.

Dans l'une, on affirme que les comportements «autodestructeurs tels que les menaces de suicide» sont prohibés et pourraient vous valoir une suspension.

Dans l'autre, on vous invite à transférer les numéros de soutien à la personne, ou de tenter d'entrer en contact avec elle, un peu comme l'a fait Jean-François.

Il ne semble pas exister de façons concrètes de repérer les personnes en détresse qui lancent un appel à l'aide sur la plateforme.

Twitch a refusé nos deux demandes d'entrevue.

Un article publié sur Kotaku en décembre rapportait qu'une professionnelle de la santé qui diffuse aussi sur Twitch a tenté d'aider un de ses abonnés qui évoquait vouloir «se pendre ou se tirer».

Comme Jean-François, elle a utilisé la messagerie privée pour tenter de le calmer. Badxan a cependant signalé l'utilisateur selon l'option «menace de se blesser ou se tuer», et au lieu que Twitch tente d'agir, ils ont simplement banni le spectateur en détresse.

Pourtant, cette plateforme touche beaucoup de jeunes, tout comme la dépression chez les 15-24 ans.

En 2017, Statistique Canada a indiqué que ce groupe d'âge était le plus touché par cette maladie (11 %), et que 14 % ont déjà eu des idées suicidaires.

MISE À JOUR: Bien que l'entrevue avec M. Bourbeau se retrouve sur le site web de Pèse sur start, notons que son intervention auprès du jeune homme en détresse n'était pas sur la chaîne Twitch de Pèse sur start. 


Si vous avez besoin d'aide:

► Le grand chemin

Toxicomanie, jeu excessif, cyberdépendance

www.legranchemin.qc.ca

514 381-1218

► Ligne d'intervention en prévention du suicide:

Disponible partout au Québec

1 866 APPELLE (277-3553)

► Jeunesse, J’écoute

www.jeunessejecoute.ca

1 800 668-6868

► Tel-Jeunes

www.teljeunes.com

1 800 263-2266