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La Maison-Blanche n’est pas une entreprise familiale

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Les déboires du gendre et de la fille de Donald Trump, qui jouent des rôles clés à la Maison-Blanche, soulèvent des problèmes pour l’Administration et illustrent le style de gouverne autocratique du président.

La présidence d’un pays démocratique n’est pas une entreprise familiale. Il faudrait en informer Donald Trump.

Avant son entrée en politique, Donald Trump a passé sa vie adulte à la tête d’une entreprise familiale où il n’avait de comptes à rendre qu’à lui-même.

Pendant sa campagne, ses critiques craignaient qu’il transpose cette philosophie de gestion à la présidence. Ils avaient raison.

Loyauté avant tout

À Washington, Donald Trump se considère comme un outsider. Il se méfie de tous ceux qui ont touché à l’administration publique – sauf les militaires – et place la loyauté devant la compétence pour choisir son personnel.

C’est ainsi que sa fille Ivanka est conseillère spéciale et son gendre Jared Kushner a tellement de responsabilités qu’on l’a surnommé le Secretary of Everything.

Personne ne savait comment cet héritier de 36 ans sans expérience pourrait simultanément régler le conflit israélo-arabe, gérer la relation avec le Mexique et résoudre le problème des opioïdes, mais Donald Trump était convaincu qu’il en était capable.

Des problèmes à la tonne

La présence de Kushner a apporté des tas d’ennuis à Trump. C’est lui, notamment, qui aurait eu l’idée de génie de congédier le directeur du FBI.

Kushner est un conflit d’intérêts ambulant. Par exemple, un de ses immeubles new-yorkais est hypothéqué pour plus d’un milliard de dollars auprès de créanciers étrangers. D’ailleurs, des représentants de plusieurs pays ont été surpris à discuter de façons d’exploiter ses vulnérabilités.

Kushner mélange les affaires d’État et les siennes au point où il n’a jamais pu obtenir la certification de sécurité nécessaire à son travail, et cette situation irrégulière embête royalement le chef de cabinet de Trump.

Ivanka, la fille de Trump, n’a ni expérience pertinente ni certification de sécurité. Pourtant, lors de son passage aux Jeux olympiques, elle a agi comme émissaire auprès du gouvernement sud-coréen sur des dossiers hypersensibles.

Des relents d’autocratie

Ce n’est un secret pour personne que la Maison-Blanche de Donald Trump est une des plus dysfonctionnelles de l’histoire des États-Unis.

La directrice des communications, qui a démissionné hier, était la quatrième personne à occuper ce poste. Près du tiers des personnes engagées dans l’entourage immédiat de Trump ont quitté en un peu plus d’un an, un taux de roulement record.

Si on en croit l’auteur de Fire and Fury (Le Feu et la Fureur : Trump à la Maison-Blanche), Michael Wolff, le favoritisme de Trump envers les indélogeables Jared et Ivanka n’a pas été étranger au climat de travail pourri qui a précipité ce chaos.

Ce qui est plus inquiétant toutefois, c’est que le népotisme systématique, et l’effacement des normes éthiques qui l’accompagne, ne sont que des symptômes d’un style de gouverne autocratique qui s’installe progressivement dans une institution qui ne devrait manifestement pas fonctionner comme une entreprise familiale.