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Santé : comment régler le cas des médecins et des médicaments

Santé : comment régler le cas des médecins et des médicaments
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Médecins : un État dans l’État

Au fil des ans, par lâcheté, par intérêt et par complaisance, les gouvernements du Québec, tant péquistes que libéraux, ont créé un véritable monstre médical qui mène l’État par le bout du nez et qui tient les malades en otage. Ces élus ont eu le « courage » de s’attaquer sans vergogne aux acquis sociaux de plusieurs syndicats de travailleurs ordinaires en affaiblissant les lois du travail et en votant des lois spéciales à répétition. Pendant ce temps, par différentes mesures bienveillantes, ils construisaient et renforcissaient la mafia médicale et pharmaceutique qui y va couramment de menaces et de chantage.

Mes recommandations : gel des salaires pour au moins dix ans

Il faut annuler immédiatement la clause de comparaison et d’appariement des salaires des toubibs avec les autres provinces canadiennes. Je sais que je vais en décevoir plusieurs, mais compte tenu de l’absence actuelle d’un véritable rapport de force entre l’État et les syndicats de docteurs, il est illusoire de penser que l’on peut réduire comme ça et tout de suite leur rémunération de 15 % et plus sans risquer dangereusement les soins et la vie des malades. Ce qu’il faut, selon moi, c’est de rétablir le pouvoir réel de l’État et de la population sur ces privilégiés qui sont surpayés par la mise en œuvre de différentes mesures pragmatiques.

Comme l’Ontario et le gouvernement libéral de cette province dirigée par l’admirable Kathleen Wynne l’ont fait depuis 2015, ainsi que la Colombie-Britannique qui a coupé court aux demandes incessantes des docteurs depuis 2010 (Le Devoir, 16 février 2018), il faut geler le salaire de tous les médecins à l’emploi du gouvernement pour au moins dix ans. Il n’y a aucune raison valable qui justifie que les médecins gagnent deux à trois fois plus d’argent que d’autres professionnels de l’État qui ont autant et parfois plus de scolarité universitaire (professeurs d’université et de cégeps, ingénieurs, avocats, comptables agréés, etc.).

Des salariés de l’État

Il faut que tous les médecins du gouvernement deviennent des salariés comme les autres professionnels. Fini que l’État verse leur salaire à leur compagnie. Comme pour tous les autres commis d’État, les médecins recevront à l’avenir un chèque de paie à leur nom et non à celui de leur entreprise incorporée qui représente une forme d’évasion fiscale et qui fait ainsi que les médecins incorporés ont un taux d’impôt réel ou effectif inférieur au travailleur ordinaire.

Oui au privé en santé

Comme dans tous les pays occidentaux, il faut tolérer la santé privée. Mais une vraie médecine privée qui ne sera plus subventionnée par l’État et dont les frais médicaux des patients ne seront plus déductibles d’impôts sur le revenu afin de mettre fin aux aides gouvernementales déguisées.

Oui mes amis, les riches et les pédants ne veulent pas être soignés dans les mêmes institutions que le monde ordinaire. Pour eux, il est humiliant d’agir de la sorte, comme ils tiennent à envoyer leur progéniture dans des écoles privées, vivre dans des villes différentes, aller en voyage ailleurs que la plèbe, etc. Qu’ils fassent donc comme bon leur semble si cela flatte leur gros égo. Mais fini les garderies, les écoles, les cliniques médicales qui n’ont de privé que le nom. On coupe toutes les subventions directes et indirectes. En Europe, le public juxtapose le privé en santé, mais le réseau public est nettement supérieur au nôtre et les médecins sont beaucoup moins payés que nos toubibs.

Équivalence des diplômes étrangers

Fini aussi le temps où les syndicats de médecins du Québec décident des équivalences des diplômes de médecins étrangers afin de les empêcher de pratiquer au Québec et de consolider ainsi leur emprise. Cette tâche doit revenir au gouvernement pour empêcher que des médecins d’Europe soient astreints de prendre de petits emplois faute de recevoir le consentement intéressé du syndicat des médecins. Fini les folies et les pouvoirs indus octroyés à nos docteurs et à leur puissant syndicat.

Multiplier les cliniques d’infirmières

Afin d’assurer un service de santé décent à la population, il faut que le gouvernement autorise l’ouverture de cliniques médicales sans médecin gérées pas des infirmières (er) et en embauche plus afin de les faire travailler dans nos urgences bondées et débordées à l’année. Une vraie honte que d’attendre plus de 12 heures à l’urgence, souvent avec des enfants. Il faut aussi, comme aux pharmaciens, étendre les responsabilités des infirmières (er) car ils sont capables professionnellement d’accomplir plusieurs tâches actuellement réservées aux docteurs.

Ouvrir des facultés de médecins en région

Cela ne fait pas de sens que le réseau de l’Université du Québec présent en région (Abitibi, Saguenay, Bas du fleuve, Outaouais, Laurentides) ne puisse pas former des médecins. Il n’est pas plus difficile de former un médecin que tout autre diplômé universitaire professionnel ou pas. Former des médecins en région réduira la grave pénurie de médecins généralistes et spécialistes qui les frappent qui sera atténué davantage en privilégiant des étudiants vivant dans ces régions.

Chimio et radiologues en région

Il est carrément inhumain d’obliger des malades graves, comme ceux ayant un cancer, de l’Abitibi, de la Beauce, de la Gaspésie, à venir à Montréal ou à Québec pour recevoir leurs traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie. Vraiment honteux de tolérer ça dans une province aussi riche qui a

des milliards de dollars à donner aux docteurs, mais qui n’a pas supposément les moyens d’offrir aux malades le minimum de service en termes de décence et de dignité.

Obligation de pratiquer au Québec

Former un médecin coûte plusieurs centaines de milliers de dollars chaque année à la population. Alors, comme on le fait pour les professeurs d’université qui reçoivent un congé de formation d’étude doctorale (j’en suis un exemple) et qui par contrat sont tenus légalement de revenir enseigner au Québec pendant un certain nombre d’années, on fera de même pour les médecins. S’ils veulent, avant l’échéance, quitter le Québec, où ils ont été formés à bas prix, ils devront verser une pénalité et rembourser les coûts de leur formation universitaire.

Je pense ici plus particulièrement aux étudiants anglophones en médecine de l’Université McGill qui sont plus enclins à s’expatrier que les francophones. Il me semble que ce n’est qu’une question d’équité et de gros bon sens. On n’est tout de même pas pour, au Québec, payer au moins deux millions de dollars pour former un médecin qui tout de suite après l’obtention de son diplôme va aller pratiquer ailleurs. Profitant des plus bas frais de scolarité en Amérique du Nord, cela peut attirer des opportunistes au Québec.

Faut créer Pharma-Québec

Comme le recommande à juste titre Québec solidaire, il faut créer la société propriété collective Pharma-Québec afin de se délivrer des tentacules de l’industrie pharmaceutique et de faire baisser les prix : « Les Canadiens (et encore plus les Québécois) paient trop chers leurs médicaments » (TVA Nouvelles, 12 juin 2017). « Parmi les 35 pays de l’OCDE, le Canada est le troisième où les médicaments coûtent le plus cher, derrière les États-Unis et le Mexique » (Le Journal de Montréal, 2 décembre 2017).

Et enfin, fini les primes jaquettes, les primes d’assiduité, les frais accessoires. Il faut aussi légiférer sur les cadeaux octroyés par les pharmaceutiques aux médecins et aux pharmaciens.

Investissements massifs en santé publique

Les inféodés, comme l’ex-ministre libéral des Finances Raymond Bachand et d’autres qui parlent du « monstre » de la santé publique même si c’est le Québec qui dépense le moins par habitant au Canada, je leur demande quel est leur qualificatif pour parler du système de santé « privé » des States? Privé oui, mais de loin le plus cher au monde et inaccessible pour des millions de malades. Elles sont où les vertus de la concurrence qui produit les tarifs les plus élevés au monde? Quoi qu’en disent les faiseux de tout poil, il faudra réinvestir massivement dans nos services publics. En santé, il faudra améliorer les services aux malades, pas les services aux médecins et aux pharmaceutiques. Je pense que le patronat va applaudir à mes recommandations, lui qui a toujours décrié « l’immobilisme » au Québec. Peut-être même qu’ils vont m’inviter à prononcer une conférence. C’est ma mère qui serait contente.