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Un homme en paix

« C’est un témoignage unique, mais qui a une dimension universelle. » – Dr Christophe Fauré
Photo courtoisie Maude Chauvin « C’est un témoignage unique, mais qui a une dimension universelle. » – Dr Christophe Fauré

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Psychiatre devenu moine, moine redevenu psychiatre, le Dr Christophe Fauré a fait quelques aller-retour, mais sa trajectoire reste la même : aider les autres, en commençant par s’aimer soi-même...

C’est un homme qui, à l’aube de la quarantaine, vit une crise existentielle. Banale ? Oui. Ce qui l’est moins, c’est que le psychiatre Christophe Fauré décide de faire ce que bien des gens ne font que rêver : changer de vie. Il rejoint à temps plein un monastère bouddhiste du Périgord, qu’il fréquente depuis quelques années déjà.

Au revoir Paris, le cabinet, l’hôpital et ses soins palliatifs, au revoir sa notoriété grandissante d’écrivain, lui qui a publié plusieurs ouvrages sur le deuil, la famille recomposée, le couple éclaté...

Cette expérience, vécue il y a 15 ans, il la raconte dans S’aimer enfin ! Un chemin initiatique pour retrouver l’essentiel, son dixième ouvrage, son plus personnel aussi. « J’ai hésité à l’écrire », dit Christophe Fauré, âgé de 55 ans aujourd’hui, de passage à Montréal cette semaine. « C’est un témoignage unique, mais qui a une dimension universelle. Tout le monde se questionne un jour : quel sens donner à sa vie ? »

Aux sources du bouddhisme tibétain

S’aimer enfin !<br />
Christophe Fauré<br />
Édition Albin-Michel, 2018, 300 pages
Photo courtoisie
S’aimer enfin !
Christophe Fauré
Édition Albin-Michel, 2018, 300 pages

Il se joint à la communauté de Dhagpo Kagyu Ling, un lieu où des gens gazouillent avec les fourmis, préparent des offrandes en beurre congelé, tournent en rond autour d’un monticule et récitent des mantras. Le bouddhisme tibétain regorge de cérémonies parfois déconcertantes, voire puériles, témoigne-t-il.

Mais il est surtout d’une infinie profondeur et complexité. Les érudits passent leur vie à en comprendre ses enseignements. On est à mille lieues, comme le dit Christophe Fauré, d’un certain folklore propagé en Occident : orchidée, autel déco, bâton d’encens, auxquels on pourrait ajouter le kit Lululemon du parfait adepte de la méditation. « Ce n’est pas ça le bouddhisme !, s’exclame-t-il. C’est une erreur d’en faire quelque chose d’égocentrique : “ma” paix, “ma” quiétude, “mon” bonheur. Le sens même de l’enseignement du Bouddha, c’est trouver la paix avec soi-même, afin de pouvoir être le plus bénéfique possible au monde. C’est une spiritualité très incarnée, qui prône l’ouverture à l’autre. »

Retour à la médecine

Et puis, un beau matin, Christophe Fauré se met à douter. Doit-il rester dans ce confort, ce cocon spirituel ? Ou retourner à la vie civile et faire ce qu’il a toujours aimé, la médecine ?

Un pèlerinage en Inde, sur les lieux de vie du Bouddha, lui confirme ce qu’il pressent.

Le premier enseignement qu’il reçoit en descendant de l’avion, c’est un soutra qui dit que la médecine est une voie laïque pour la pratique du bouddhisme.

Il recevra trois autres « signes » du genre, dont un, déterminant, provenant d’un karmapa, réincarnation d’une des lignées du bouddhisme tibétain. « La vie répond à nos questions, dit Christophe Fauré. Mais il faut être attentif pour voir les signes subtils qu’elle envoie. J’étais prêt à les recevoir. »

Le retour à la vie parisienne est brutal. Il s’effondre en larmes dans une boutique de vêtements, abasourdi par le chaos ambiant.

Peu à peu, il reprend sa pratique de psychiatre, s’implique à nouveau auprès des gens vivant des deuils, et publie d’autres ouvrages qui, l’espère-t-il, aident les gens à traverser ces moments de rupture où tout peut s’écrouler. « Je suis revenu pour les bonnes raisons, et ces raisons restent valident aujourd’hui, dit-il. J’adore mon métier. »

Pas à l’abri

« Aujourd’hui, je vais bien », dit Christophe Fauré. Mais le mur est parfois là. Il a déjà traversé, plus jeune, des épisodes de dépression. Il sait que rien n’est acquis dans cette vie. « J’ai des moments de tristesse, de peines, de solitude. Mais je sais mieux rencontrer les difficultés. La dimension spirituelle, mais aussi l’aide psychologique m’ont donné cette paix. Il n’y a toutefois pas de garantie. Et c’est très sain comme ça. »

Il séjourne toujours au monastère du Périgord, où il retrouve son maître et grand ami, Lama Puntso. « C’est ma maison de cœur. »