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Séoul dépêche au Nord ses émissaires pour favoriser un dialogue avec Washington

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AFP

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SÉOUL, Corée du Sud | Le président sud-coréen Moon Jae-in va envoyer lundi en Corée du Nord une équipe d'émissaires spéciaux, dont le patron de l'espionnage, pour discuter des moyens de favoriser le dialogue entre Pyongyang et Washington sur les armes nucléaires.

Cette annonce faite dimanche par la Maison Bleue, la présidence sud-coréenne, constitue le dernier épisode en date du rapprochement remarquable entre les deux Corées occasionné par les jeux Olympiques d'hiver.

Les JO de Pyeongchang qui se sont achevés le 25 février ont été marqués entre autres par un défilé des deux Corées sous la bannière de l'unification.

Mais le point d'orgue de l'offensive de charme nord-coréenne fut la venue au sud de Kim Yo Jong, soeur cadette du dirigeant Kim Jong Un - première visite d'un membre de la dynastie régnante de Pyongyang depuis la fin de la guerre de Corée en 1953.

M. Moon a cherché à se servir des JO pour ouvrir le dialogue entre le Nord et Washington dans l'espoir d'apaiser les inquiétudes alimentées par les programmes nucléaire et balistique nord-coréens.

La délégation qui partira pour Pyongyang lundi après-midi comptera dix membres, dont Suh Hoon, le chef du Service du renseignement de Corée du Sud (NIS), a déclaré à la presse le porte-parole du président Yoon Young-chan. Elle sera dirigée par le conseiller de M. Moon à la sécurité nationale Chung Eui-Yong.

«Les délégués spéciaux auront des discussions intensives sur des questions (...) comme la création d'un dialogue entre le Nord et les États-Unis en vue de la dénucléarisation de la péninsule coréenne et l'amélioration des relations intercoréennes», a dit le porte-parole.

«Abaisser» le seuil

Les tensions sur la péninsule ont atteint des sommets en 2017. Le Nord a tiré des missiles capables d'atteindre le territoire continental des États-Unis et mené son plus puissant essai nucléaire à ce jour tandis que le président américain Donald Trump et M. Kim échangeaient insultes personnelles et menaces apocalyptiques.

La délégation, qui comptera aussi Chun Hae-sung, vice-ministre de l'Unification de Séoul, doit rentrer mardi à Séoul après avoir rencontré «des responsables nord-coréens de haut niveau».

Elle se rendra plus tard à Washington pour y rendre compte de son voyage, a précisé M. Chung.

Suh Hoon est un vétéran des relations avec la Corée du Nord. Il avait joué un rôle de premier plan dans les négociations qui avaient débouché sur des sommets intercoréens en 2000 et 2007.

M. Moon, partisan de longue date du dialogue avec le Nord, a exhorté il y a peu les États-Unis à «abaisser leur niveau d'exigence» pour ouvrir les discussions avec Pyongyang.

Mais la Maison-Blanche a répété que le Nord devait au préalable prendre des mesures concrètes en vue de la dénucléarisation.

Les États-Unis viennent en outre d'imposer de nouvelles sanctions unilatérales au Nord, les plus dures à ce jour d'après M. Trump.

Un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères a appelé Washington à renoncer à toute condition préalable.

Bonnes conditions

«Les États-Unis se conduisent de manière grotesque en continuant de soutenir avec insistance qu'il n'y aura pas de dialogue si les conditions ne sont pas réunies», a déclaré samedi ce porte-parole cité par l'agence officielle KCNA.

Le Nord répète depuis longtemps qu'il n'a aucune intention de renoncer à l'arme atomique, «l'épée chérie» dont il dit avoir besoin pour se défendre contre le risque d'invasion américaine.

Pendant sa visite au Sud, Kim Yo Jong avait transmis à M. Moon une invitation de son frère à un sommet à Pyongyang.

Le président sud-coréen s'était cependant abstenu de répondre tout de suite, expliquant qu'il fallait d'abord mettre en place les bonnes «conditions» pour le dialogue et évoquant un geste envers la dénucléarisation.

Pour Cheong Seong-Chang, analyste à l'Institut Sejong, l'envoi à Pyongyang des émissaires spéciaux pourrait  être une première étape. «On ne peut pas s'attendre à un accord majeur avec ce seul voyage, mais ils pourraient au moins discuter des moyens d'éviter de nouveaux tests d'ICBM [NDLR : missiles balistiques intercontinentaux]», a-t-il dit.

Les derniers tirs de missiles balistiques intercontinentaux, témoins des avancées technologiques rapides du Nord, ont fait jaillir de nombreuses inquiétudes aux États-Unis où certaines voix ont réclamé une frappe américaine préventive.

«Cela pourrait être un point de départ avant une éventuelle discussion sur la suspension potentielle des activités balistiques et nucléaires du Nord», poursuit l'analyste.