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Lettre aux futurs propriétaires de Juste pour rire : le petit diable vert doit partir!

Lettre aux futurs propriétaires de Juste pour rire : le petit diable vert doit partir!
Photo d'archives Agence QMI, Sébastien St-Jean

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Mesdames et Messieurs, Bonjour !

Je ne sais pas si vous serez réellement Américains ou, dans moins de 10 jours, Québécois, mais j’aimerais vous jaser quelques instants à propos de votre nouvelle acquisition, en tant que nouveaux maîtres d’un petit bonhomme vert au nez crochu appelé Victor.

Tout d’abord, merci d’avoir acheté Juste pour rire. Je vous dis merci en espérant que vous continuerez de faire croître ce bel emblème du Québec. Par contre, cet emblème a reçu tout un coup au ventre, un « jab » qui coupe le souffle et qui est douloureux. Il a besoin d'une bonne dose d'amour et de petits soins savamment appliqués pour revenir en bonne condition.

Ceux qui auront besoin de petits soins sont d’abord et avant tout son public, ses artistes et ses travailleurs. Tous ont été écorchés à un niveau ou un autre. Tous traversent une crise de confiance envers une industrie qu’ils chérissent. Avant toute chose, avant toute grande programmation éclatée de relations publiques, s'il vous plaît, démontrez-leur que vous avez compris à quel point ils ont été blessés.

Démontrez-leur que vous avez entendu, que vous savez ce qui s’est passé, que tout n’est pas toujours rose dans cet univers où le besoin de créer le rire a rendu sourd et aveugle devant certaines injustices structurantes.

Démontrez-leur que vous avez compris que les femmes en humour ne valent pas moins que les hommes, que leur voix est importante, que leur légitimité et leur intégrité doivent être au cœur des prochaines discussions.

Déclarez que vous vous engagez à un meilleur traitement de nos créatrices, de nos créateurs, de nos femmes et de nos hommes qui agissent aux niveaux subalternes de la gestion.

Promettez que vous ferez preuve d’audace, que vous prendrez des risques, que vous collaborerez à la vague de changements qui traverse notre industrie en ce moment. Engagez-vous à secouer les vieux modèles, à faire de la place aux nouveaux types de contenus et de spectacles. Obligez-vous à nous transporter ailleurs dans le monde, en français, dans de nouveaux modèles artistiques et économiques.

Gilbert Rozon
Photo d'archives
Gilbert Rozon

Montrez que vous comprenez notre industrie. Elle est toute aussi performante que l’industrie américaine, mais elle est à 100 % québécoise. Bien sûr qu’elle est influencée par ce qui se passe au sud de la frontière, mais on ne peut pas copier-coller ici une formule américaine sans l’adapter, sans la modeler, sans l’harmoniser à l’amour des Québécois pour l’humour. Un amour qui n’a pas cessé de croître depuis ses débuts. Un amour qui se traduit dans une demande jamais saturée par l’offre. Un amour inconditionnel.

Juste pour rire, c’est 35 ans de présence dans les pages des journaux, dans les écrans de télévision, dans les salles de spectacles, sur des milliers de marquises à travers le monde, dans les avions, sur le Web, etc. C’est un nom qui a conquis le monde à partir de Montréal. Je me fous bien que vous soyez Américains ou Québécois, mais Juste pour rire est devenu un mythe dans le domaine du divertissement, et un mythe, ça s’entretient. Et son nom doit être conservé.

C’est un mythe qui en a inspiré d’autres, qui a galvanisé notre empreinte humoristique sur le monde par le biais d’autres entrepreneurs du rire qui ne sont pas affiliés à Juste pour rire. Des entrepreneurs et des travailleurs qui enrichissent notre bagage culturel, qui continuent de relever la barre. Oui, Juste pour rire a longtemps joui d’une position de force, mais sans ses compétiteurs et les autres membres de son industrie, sans ComediHa!, Encore, Zone 3, Phaneuf, KOTV, l’École nationale de l’humour et tant d’autres, il n’aurait pas été aussi solide. S’il vous plaît, engagez-vous à reconnaître la grande valeur de vos compétiteurs et collègues, sans qui vous ne serez que de passage.

Finalement, trouvez-vous une nouvelle image. Victor doit être rangé au musée. Par respect pour la crise qui nous traverse encore aujourd’hui, peu importe ce qui sortira des différents procès. Victor, dont les traits ont été empruntés à Gilbert Rozon, sera à jamais associé à une période mouvementée, où plusieurs douleurs se sont exprimées, où des discussions lourdes ont eu cours. Oui, Victor est connu à travers le monde, mais si vous valorisez réellement les travailleuses et travailleurs de l’industrie de l’humour québécoise francophone, vous saurez trouver un nouveau symbole qui accrochera à nouveau le nom de Juste pour rire aux marquises avec fierté.

Le roi Victor est mort, vive le roi !