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Le «populisme» selon Philippe Couillard

Le premier ministre du Québec en visite officielle à Paris. À droite: Emmanuel Macron, président de la République.
Photo AFP Le premier ministre du Québec en visite officielle à Paris. À droite: Emmanuel Macron, président de la République.

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Il reste encore sept mois avant le scrutin du 1er octobre et Philippe Couillard sort déjà ses gros mots.

En visite officielle à Paris, le premier ministre s’en est pris à la CAQ en l’amalgamant aux mouvements populistes montants en Europe.

À ce rythme-là, au moment de la campagne électorale, M. Couillard risque de manquer de munitions rhétoriques envers son principal adversaire.

Il faut dire que le chef libéral a de quoi être inquiet. Selon le dernier sondage Léger/Le Journal/Le Devoir, le PLQ n’aurait plus que 16% d’appuis chez les électeurs francophones. Un plancher historique.

Sa sortie particulièrement non diplomatique à Paris est en effet le signe d’une inquiétude évidente. Mais aussi, de la tendance connue qu’a le premier ministre à s’ériger en parangon de l’ouverture face à ses adversaires qu’il a déjà accusés, après tout, de «souffler sur les braises de l’intolérance»...

(Pour lire la réponse du chef caquiste, François Legault, c’est ici.)

Donc, selon M. Couillard, la CAQ serait populiste parce qu’elle présenterait des «solutions très simples à des problèmes très complexes». Une définition du populisme, on en conviendra, plutôt limitée.

En fait, de nos jours, la notion même de «populisme» est devenu un véritable fourre-tout où les perceptions et les vastes généralisations des uns se prétendent être la vérité incarnée.

Pour cette raison, restons-en à la définition très partielle qu’en donne Philippe Couillard en pointant la CAQ : proposer des solutions très simples à des problèmes très complexes.

Est-ce le cas de la CAQ?

Réponse: lorsque la CAQ présentera sa plateforme électorale détaillée, les électeurs seront à même d’en juger tout comme nous le ferons en tant qu’analystes.

***

En attendant, voyons si le PLQ ne pencherait pas lui-même dans le travers de «proposer des solutions très simples à des problèmes très complexes».

Prenons un seul exemple, mais non le moindre : les «réformes» Barrette en santé et en services sociaux.

Je crois qu’on peut aisément dire que le système public de santé et de services sociaux pose des problèmes qui, en soit, sont fort complexes.

Or, la réponse du gouvernement Couillard, par le biais de son omnipuissant ministre de la Santé, Gaétan Barrette, fut justement d’offrir des solutions simplistes, voire même rétrogrades et autoritaires, à des problèmes fort complexes.

Quelques exemples seulement parmi d'autres:

- Alors qu’à travers l’Occident, la décentralisation est le mode dominant de gestion en santé et services sociaux, le ministre Barrette a ramé fortement dans l’autre direction.

La décentralisation est pourtant une réponse nettement plus adaptée à la nécessité de se donner des soins et des services évalués et donnés par du personnel et des gestionnaires qui sont beaucoup plus près des besoins réels de la population. À l’opposé, la centralisation massive, comme celle imposée par le Dr. Barrette, désincarne, désorganise et déshumanise le système tout entier.

L’analyse objective et indépendante de la performance réelle d’un système de santé est une réponse nettement plus adéquate au problème complexe que pose cette même évaluation. Or, qu’a fait le Dr. Barrette? Il a éliminé tous les contre-pouvoirs qui, au sein même du système, étaient habilités à remplir cette mission essentielle.

L’autonomie des gestionnaires est une réponse moderne aux problèmes complexes d’une population vieillissante aux besoins croissants en santé et services sociaux.  Or, qu’a fait le Dr. Barrette? Il a placé les hauts-gestionnaires directement sous son propre contrôle de manière à imposer une omerta de facto à travers le système. Une réponse simpliste et autoritaire à un problème complexe et urgent.

Face au problème complexe qu'est le manque d’accès aux médecins spécialistes, il aurait fallu une réponse adéquate. Comme, entre autres choses, les rendre nettement plus imputables des soins qu’ils offrent ou non dans des délais raisonnables. Or, qu’a fait le Dr. Barrette? Sa réponse simpliste et fort intéressée fut de leur offrir des augmentations outrancières de rémunération sans même, dans les faits, les attacher à une obligation de résultats.

En soins à domicile, une réponse mieux adaptée à la complexité de la situation dans une société vieillissante eût été, comme l’avait proposé le ministre péquiste de la Santé, de créer une assurance autonomie universelle. Ce qui, à terme, aurait économisé de vastes sommes à l’État en permettant aux personnes fragilisées, âgées et/ou handicapées intellectuelles et/ou physiques, d’obtenir le soutien nécessaire à mieux maintenir leurs santé et donc, leur qualité de vie. Or, qu’a fait le Dr. Barrette? Il a fait table rase de la proposition sans rien offrir en échange comme «plan d’action». Au contraire, les soins à domicile ont même diminué. Dans ce cas-ci, à un problème aussi complexe, il a carrément offert zéro solution.

Etc., etc. etc.

Bref, si l’on prend la définition du «populisme» telle qu'offerte par Philippe Couillard, le vrai gagnant toutes catégories en serait nul autre que son propre ministre de la Santé.

Au Québec, Gaétan Barrette est le champion ultime des solutions très simplistes à des problèmes très complexes...