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Bombardier mêlée à un scandale en Afrique du Sud

La vente d’un avion aux richissimes frères Gupta soulève des questions

Global 6000 Bombardier
Photo courtoisie, Bombardier Paul Bow Des représentants des frères Ajay et Atul Gupta (ci-bas) auraient rencontré un haut placé de Bombardier à Zurich pour exiger un rabais sur jet privé, en échange d’un contrat majeur de construction de trains. Bombardier n’affirme n’avoir aucune preuve que la rencontre a eu lieu. 

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Bombardier se retrouve plongée dans un scandale de corruption en Afrique du Sud, où une influente famille aurait marchandé un jet privé à rabais en échange d’un contrat de train évalué à 1,3 milliard $. La compagnie québécoise nie catégoriquement.

L’histoire alléguée – rien n’a été prouvé devant les tribunaux – contient tous les ingrédients d’un bon film politique. Une famille influente qui aurait tiré les ficelles d’un gouvernement corrompu, une entreprise occidentale prête à tout pour obtenir un lucratif contrat public, des démissions spectaculaires, un avion dont Ottawa a perdu la trace, et des enquêtes et poursuites à la tonne.

Au centre de cette histoire : les frères Ajay, Atul et Rajesh Gupta, très influents en Afrique du Sud et proches de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma, qui a démissionné en février en raison de ces allégations de corruption.

Ajay Gupta (à gauche) et Atul Gupta
Photo d'archives
Ajay Gupta (à gauche) et Atul Gupta

En 2014, Ajay Gupta a acheté un Global 6000 de Bombardier, au prix de 52 M$ US, financé grâce à un prêt de 41 M$ US d’Exportation et Développement Canada (EDC), reconnaissent Bombardier et cette société d’État fédérale. Cette dernière tente aujourd’hui de récupérer l’avion, en vain. Gupta s’est quant à lui volatilisé dans la nature alors que les enquêtes sur divers contrats publics sud-africains se multiplient.

Selon ce que rapporte le Globe and Mail, citant des sources et des documents confidentiels, les Gupta auraient exigé un rabais sur le prix de l’appareil Global 6000, en échange du contrat pour la construction d’un millier de locomotives à Transnet, une société ferroviaire sud-africaine.

L’avion a finalement été vendu 20 % moins cher que le prix affiché. Et un représentant de Bombardier a ensuite écrit aux Gupta, disant souhaiter que cette vente « conduira à de nouvelles opportunités de travailler ensemble, que ce soit sur l’infrastructure ou les affaires liées à l’aviation ».

La compagnie nie

Sans équivoque, Bombardier a nié toutes les allégations mercredi.

« Il n’y a aucun lien d’aucune sorte entre la vente d’un avion et l’obtention d’un contrat sur le rail. On le nie catégoriquement », a indiqué en entrevue au Journal le vice-président aux relations externes de Bombardier, Olivier Marcil. Le prix de l’avion correspondait au prix courant à l’époque, selon lui.

Construction de 240 véhicules

Le contrat pour les locomotives a finalement été scindé entre quatre entreprises, Bombardier héritant finalement de la construction de 240 véhicules. M. Marcil reconnaît que le contrat a connu plusieurs dépassements de coûts, mais ceux-ci seraient attribuables aux changements demandés par Transnet.

Si les investigations sont nombreuses, Bombardier n’est pas spécifiquement visée par l’une d’elles, a-t-il affirmé.

EDC a pour sa part refusé de nous accorder une entrevue. « Nous continuons de faire valoir le respect du processus juridique en nous abstenant de commenter sur le dossier tant que l’affaire ne [sera] pas réglée », a indiqué une porte-parole. Elle ajoute que le Canada n’est pas le seul à offrir des prêts à des particuliers pour l’achat de jets privés.

Qui sont les Gupta ?

  • Trois frères natifs de l’Inde qui ont tiré les ficelles de la politique sud-africaine pendant près de 10 ans.
  • Aujourd’hui en cavale, ils sont à l’origine de la plus importante crise politique et économique dans ce pays depuis la fin de l’apartheid.
  • Ils auraient été impliqués dans l’octroi de dizaines de contrats publics incluant un contrat nucléaire de 70 milliards $ avec la Russie.
  • Bombardier leur aurait vendu un Global 6000 à 52 M$ US, un rabais de 20 % sur le prix affiché, à condition de remporter un contrat ferroviaire. Bombardier nie.