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Et les services sociaux, bordel!

Et les services sociaux, bordel!
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C’est LA nouvelle. Enfin, une étude détaillée et sérieuse le prouve noir sur blanc : malgré des hausses faramineuses de rémunération depuis dix ans, la productivité des médecins a diminué.

Bref, sous le duo Barrette-Couillard, deux médecins spécialistes, leurs collègues s’enrichissent sans que les patients n’en profitent en termes d’un meilleur accès aux soins, qualitativement et quantitativement.

Ceux qui me lisent savent que j’en fais moi-même la chronique et l'analyse depuis des années.

Comme quoi, malheureusement, ce même constat était fondé... J’y reviendrai plus en détails en chronique ce jeudi et ce vendredi.

(Pour lire cette étude, c’est ici.)

Et voici d'ailleurs ses six recommandations :

  1. «Le Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS) doit renforcer son pouvoir sur la gouverne du système de rémunération face aux fédérations afin de limiter leur influence sur la gestion de l’enveloppe globale.
  2. La rémunération à l’acte devrait céder la place à un plus grand recours à des modèles qui reposent sur la durée du temps de travail, en particulier pour la pratique en établissement et dans les contextes où le travail est fortement interprofessionnel.
  3. Pour la composante de rémunération à l’acte, le tarif devrait être une fonction aussi directe que possible du temps et/ou de l’effort demandé.
  4. L’incitation financière devrait être utilisée surtout comme levier pour pousser les médecins à s’auto-organiser en groupes/départements imputables quant à l’atteinte d’objectifs d’accessibilité/qualité/efficience.
  5. La pérennité économique du système de santé est menacée par la combinaison d’une diminution de la capacité de production et l’augmentation des sommes investies dans la rémunération médicale. Les ajustements dans les modalités de rémunération devraient être réalisés sans investissements additionnels.
  6. Les données sur les modalités de rémunération, les dépenses et la production de soins devraient être publiques et soumises à des analyses rigoureuses et transparentes.»

***

Voilà qui ferait un excellent début de grand ménage. Or, il va sans dire que Philippe Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n’en veulent pas.

Pour le moment, je me contenterai d’ajouter ceci. Et dans l’ensemble de l’œuvre, ce n’est pas un détail.

Soit qu’en plus de TROP payer les médecins québécois à même les fonds publics – surtout, il faut le dire, les spécialistes -, une autre étude mérite aussi d’être prise en compte dans l’équation. Les partis d’opposition devraient d’ailleurs y porter grande attention.

Je parle de ceci (extrait d’un article paru dans Le Devoir en janvier dernier) :

«Investir davantage dans des mesures sociales qui luttent contre la pauvreté serait un antidote plus puissant que des hausses répétées des budgets en santé pour améliorer la santé des Canadiens, soutient une étude publiée aujourd’hui dans le Journal de l’Association médicale canadienne. «Ce qu’on observe, c’est qu’une augmentation des dépenses sociales a un plus grand impact sur la santé que les dépenses dans les systèmes de santé eux-mêmes». (...) Pendant la période à l’étude (1981-2011), l’incidence de la mortalité prématurée a été divisée par deux, tout comme la mortalité infantile. L’espérance de vie est passée de 78 à 81 ans environ.

Pendant ce temps, les dépenses sociales du pays sont passées de 770 $ par habitant par année à 970 $, une augmentation de 25 %. Dans le même intervalle, les dépenses en soins de santé ont doublé, passant de 2000 à 4000 $ par année par personne. Mais selon l’analyse statistique, ce sont les plus modestes investissements sociaux qui ont eu le plus d’impacts positifs sur les indicateurs de santé. (...)

Faut-il donc cesser de dépenser pour notre système de santé ? La question fait rire Daniel Dutton. « C’est une question de ratio. Bien sûr, il ne faut pas arrêter de financer le système de santé. Mais y lancer toujours de plus en plus d’argent, ce n’est pas clair non plus que cela a un effet positif sur la santé de la population. De petites augmentations dans les services sociaux ont un plus grand impact.» (...)

Une chose semble claire pour M. Dutton, « si un gouvernement veut freiner la croissance des coûts de santé tout en améliorant la santé de sa population, une redistribution de l’argent vers les services sociaux peut fonctionner. Il y a des gains même avec des investissements modestes ».»

***

Or, sous le règne de Gaétan Barrette à la Santé, les services sociaux ont été particulièrement sacrifiés au profit de la rémunération exponentielle des médecins. Que ce soit, entre autres services sociaux, les soins à domicile, le soutien aux personnes handicapées adultes ou aux proches aidants. Dans une société vieillissante comme le Québec, un tel sacrifice est d'une irresponsabilité sans nom.

Cherchez l’erreur...

Un dernier exemple parmi une montagne d’autres illustre ce grave problème et ses conséquences nocives chez les Québécois qui ont besoin de services sociaux.

Un exemple certes extrême, mais qui en dit long sur la dégénérescence des services sociaux sous les docteurs Barrette et Couillard :

«Un homme atteint de paralysie cérébrale qui devrait vivre en CHSLD fait épargner des milliers de dollars au gouvernement grâce à un spectacle d’humour qui lui permet de rester chez lui et de travailler. (...)

Doté d’excellentes capacités intellectuelles, Sébastien Lepage a besoin d’aide pour se laver. Il reçoit des services publics, mais le nombre d’heures allouées a été coupé de moitié en 2014. Pour éviter de vivre en CHSLD, il a engagé des préposés au privé pour compenser la perte de services.

Le 11 mars, il montera sur scène avec Réal Béland, Jean-Thomas Jobin, Marko Métivier et d’autres artistes qui participent bénévolement au spectacle à la Maison des arts de Drummondville. Chaque année, il amasse près de 18 000 $ pour éviter d’aller en CHSLD.(...

***

Bravo pour son sens de l' initiative. Le problème n’est pas là.

Il est dans le fait que dans une société dite avancée. un citoyen soit OBLIGÉ, de par les compressions en services sociaux, de recourir à du financement privé extérieur pour embaucher des préposés au privé. Le tout, pour qu’il puisse conserver son autonomie CHEZ-LUI au lieu d’aller croupir dans un CHSLD, là où, en plus, il coûterait des dizaines de milliers de dollars par année en fonds publics en plus d’y perdre sa qualité de vie.

Le vrai problème, il est là! Il est dans le sacrifice d'une partie des services sociaux, y compris pour les personnes les plus vulnérables, au profit de la profession médicale.

Et pour ce monsieur, combien d’autres Québécois, contrairemenrt à lui, n’ont pas des amis humoristes pour amasser des fonds? Poser la question...

Bref, le gouvernement Couillard enrichit les médecins spécialistes, mais appauvrit les services sociaux alors qu'ils contribuent, eux aussi, à maintenir des citoyens en meilleure santé et autonomes plus longtemps.