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Le tour de passe-passe de Bon Jovi

Jon Bon Jovi, Bon Jovi
Photo d'archives, WENN.com La formation Bon Jovi lors d’un spectacle à Endicott, dans l’État de New York.

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Bon Jovi n’a peut-être rien proposé de transcendant musicalement depuis belle lurette, ça n’empêche pas le groupe américain d’être un as du marketing.

La nouvelle n’a pas ému beaucoup de monde, cette semaine, mais elle a capté mon attention. This House is Not For Sale, leur plus récent album, a atteint la première position du top 200 du magazine Billboard.

Comment un album démoli par la critique et, surtout, paru le 4 novembre 2016, a-t-il pu s’accaparer cette place enviée de tous les musiciens grâce à la vente, dans la même semaine, de plus de 120 000 exemplaires, presque tous en format CD ? Un score d’autant plus incroyable que This House... ne s’était écoulé qu’à quelques exemplaires la semaine précédente.

Reconnaissons ici que les gars de Bon Jovi sont futés. Ils ont tout simplement offert d’expédier par la poste, aux fans qui se sont acheté un billet pour leur tournée printanière, un exemplaire de l’album.

Parmi les 375 000 fans qui ont acheté des billets, près de 120 000 ont donc dit oui.

Techniquement, il s’agissait d’albums vendus. Comme il n’est plus nécessaire de vendre des millions d’albums pour être numéro un en 2018, le tour était joué pour Bon Jovi.

Usurpation

Est-ce qu’on devrait saluer ce coup de génie, ce « triomphe », comme j’ai pu le lire dans des articles de presse ? Permettez-moi de retenir mes applaudissements.

Certes, c’est terriblement astucieux. Sauf que cette première place, à mes yeux, n’a rien de légitime et tient plutôt de l’usurpation. Elle aurait dû revenir, pour une deuxième semaine consécutive, à la bande sonore du film Panthère noire, qui n’a eu recours à aucun stratagème pour doper ses ventes.

Or, c’est plutôt Bon Jovi qui profite d’une belle publicité gratuite dans les médias. Sauf que cet engouement ne repose que sur du vent. Rien pour apaiser le cynisme de ceux qui ont en horreur l’approche mercantile de la bande de Jon Bon Jovi.

Les limites de Billboard

Billboard, une publication sérieuse et réputée, est aussi mise à mal. Malgré ses efforts pour mettre son top 200 au goût du jour, notamment par l’inclusion, en 2014, de l’écoute en continu et des ventes de pistes numériques, elle se retrouve ici face à ses propres limites.

Comment, en effet, peut-on continuer d’y voir un guide efficace pour mesurer les nouvelles tendances dans la musique pop quand le premier ratoureux venu peut fausser les résultats au moyen d’une opération de marketing ?

De toute évidence, il y a une faille dans le système. Si Billboard veut demeurer un outil de référence, elle devra trouver une façon de contrer les petits malins comme Bon Jovi.

La liste de la semaine

Les nouveautés

Cinq classiques de Neil Young, tête d’affiche du prochain Festival d’été de Québec

Nos suggestions

Everything Was Beautiful and Nothing Hurt / Moby

On ne peut pas dire que Moby s’est vraiment égaré en chemin, lui dont la musique électro-pop a toujours maintenu un standard de qualité acceptable. Il reste que ce nouvel album plaira certainement à ceux qui l’avaient perdu de vue depuis sa période glorieuse de la fin des années 1990.

Cure / Eddy de Protto

En France, on ne se peut plus devant ce nouveau venu qui marie ses influences hip-hop à son amour des grands chanteurs français classiques. Son premier album est très prometteur, quoiqu’un peu long. Quant à la rumeur voulant que sa voix ressemble à s’y méprendre à celle de Stromae, elle est plus que fondée.