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Réponse à mon collègue Steve E. Fortin : Les déboires de Martine ne cachent rien du tout

Réponse à mon collègue Steve E. Fortin : Les déboires de Martine ne cachent rien du tout
Capture d'écran, TVA Nouvelles

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Cher Steve, 
 
J’ai lu avec attention ton texte d’hier matin et je voulais prendre un instant pour te faire part de mes impressions. D’abord, tu permets qu’on se tutoie ? C’est certain, on n’a pas élevé les cochons ensemble, mais on est maintenant collègues tout de même. En plus, chez les souverainistes, vous vous prenez le TU comme d’autres prennent le thé, alors je me lance.
 
D’une part, tu mentionnes en ouverture de ton texte que tu trouves que la situation de Martine Ouellet et celle du Bloc québécois retiennent, selon toi, plus d’attention qu’elles ne le méritent. Pourtant, ce sont bien madame Ouellet, ses opposants et ses défenseurs qui ne font qu’entretenir les discussions à propos des problèmes du Bloc. 
 
Participation à Tout le monde en parle, entrevues des uns, réactions des autres, sorties des associations pour demander une démission, un vote de confiance ou un conseil général : tout le monde veut rajouter son grain de sel. En communication comme dans une cuisine, quand on veut éteindre un feu, il ne faut surtout pas brasser la sauce. Il faut mettre le couvercle sur la marmite et ne plus y toucher.
 
Si ça continue comme ça au Bloc, les sept députés désormais indépendants vont finir plus célèbres que l'autre  Groupe des sept
 
D’autre part, tu nous soumets, dans la seconde portion de ton texte, les raisons pour lesquelles c’est plutôt de la situation du Parti libéral du Québec dont on devrait parler. Je ne dis pas ici que tu as tort. Je veux simplement t’offrir quelques pistes de réflexion qui pourraient nuancer ta perception des choses.
 
Premièrement, quand tu mentionnes que le PLQ vit en ce moment une de ses périodes les plus sombres, je pense que tu oublies que le parti a vu le jour il y a plus de 150 ans. Des hauts et des bas, les libéraux en ont connu. Des crises, ils en ont traversé. Il faut regarder plus loin que les 4, 8 ou 15 dernières années pour avoir une perspective adéquate, ne crois-tu pas ? 
 
En opposant le traitement médiatique de ce qu’on peut appeler l’affaire Ouellet à celui réservé au PLQ, tu expliques que près de 15 députés libéraux sont en réflexion quant à leur avenir. À cet effet, je te présente trois points à considérer.
  1. À l'approche d'une élection, TOUS les députés sont en réflexion.
  2. 15 députés qui « réfléchissent » sur les 70 qui ont été élus en 2014, c’est loin d’être équivalent aux 70 % des élus du Bloc québécois qui claquent littéralement la porte. 
  3. Parmi les 15 députés auxquels tu penses, certains sont élus depuis plusieurs mandats. Ne trouves-tu pas compréhensible que quelques-uns sentent une certaine fatigue, ou même réalisent qu’ils ne sont plus aussi jeunes que lors de leur première campagne électorale ? 
 
Ce qui devrait caractériser un parti politique, c’est sa capacité à se renouveler, à se réinventer et à porter les idéaux d’un peuple, génération après génération. En ce sens, le PLQ continue d’inspirer bon nombre de Québécois de tous âges et de toutes origines.
 
Deuxièmement, tu soulignes avec raison que Gaétan Barrette et la réforme du système de santé qu’il a pilotée n’ont pas la cote. Là-dessus, je suis tout à fait d’accord avec toi. D’ailleurs, je ne crois pas que le Québec se souvienne d’un ministre de la santé qui a fait l’unanimité. 
 
On n’a qu’à penser à la grève de près de 50 000 infirmières sous Pauline Marois. Ça, c’était un bon moment, non ? 
 
On peut aussi penser aux fermetures d’hôpitaux et au « virage ambulatoire » sous Jean Rochon. Une autre période d’allégresse et de paix sociale n’est-ce pas ? NOT. 
 
Être ministre de la Santé et se faire haïr au Québec, c’est pas mal devenu synonyme. Quand le chantier est ambitieux, les risques de froisser les sensibilités sont nombreux.
 
Enfin, tu conclus en soulignant que le Bloc et le PQ ont de la difficulté à intéresser les médias à autre chose que leurs mouvements de personnel. Tu mentionnes même que tu penses qu’un journal de la rue Saint-Jacques traiterait injustement les deux partis souverainistes. Là-dessus, je te répondrai que dans notre paysage médiatique, il y en a pour tous les goûts. 
 
Je lis de grands journaux qui sont loin d’y aller avec le dos de la cuillère quand vient le temps de varloper les libéraux. J’en sais quelque chose, j’écris sur leurs plateformes. Mais je ne pense pas que leur traitement soit injuste ou inéquitable. Je constate plutôt que ce qui « vend de la copie », ce sont les histoires personnelles, les guéguerres et le crêpage de chignon. Ça, malheureusement, c’est beaucoup plus l’apanage du Bloc et du PQ que celui de tout autre parti. 
 
Là dessus, cher Steve, je termine en suggérant aux souverainistes de tirer quelques leçons de discipline de leurs collègues libéraux. Dans bien des situations, présenter un parti uni, organisé et solidaire aux médias évite de faire couler beaucoup d’encre sans raison.