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Pourquoi Bombardier a-t-elle besoin d’autant d’argent?

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Depuis la nomination en février 2015 d’Alain Bellemare à la tête de Bombardier, l’entreprise a eu voracement besoin d’argent pour poursuivre ses activités.

En trois ans, Bombardier a levé quelque 5,1 milliards de dollars en nouveaux capitaux. Voici les divers placements effectués sous la direction de M. Bellemare :

• 27 février 2015 : émission de 488 millions d’actions pour 1,1 milliard $

• 19 novembre 2015 : la Caisse de dépôt et placement injecte 2 milliards $ pour acquérir 30 % de Bombardier Transport

• 23 juin 2016 : Québec investit 1,3 milliard $ pour obtenir 49,5 % de la C Series

• 5 mars 2018 : émission de 193 millions d’actions pour 734 millions $

À ces 5,1 milliards $ s’ajouteront les 675 millions $ que rapportera la levée des 305 millions d’options que Bombardier a émises au gouvernement du Québec (100 millions), à la Caisse (105 millions) et à Airbus (100 millions) à la suite des ententes conclues avec eux.

Ces émissions d’actions et d’options effectuées depuis février 2015 génèrent une forte dilution, alors que le nombre d’actions de Bombardier en circulation augmentera, à terme, d’environ 1 milliard, en hausse de 56 %.

Où va l’argent ?

Que fera Bombardier avec les 700 millions $ de la nouvelle émission d’actions en cours ? La société s’en servira « pour enrichir son fonds de roulement et pour les besoins généraux », dit-elle.

Cela dit, il faut savoir qu’en vertu de son entente avec la Caisse, Bombardier est tenue de conserver un niveau minimum de liquidités de 1,25 milliard $.

Et autre raison pouvant expliquer pourquoi Bombardier hausse son fonds de roulement. En vertu de son entente avec Airbus, Bombardier doit maintenir le plan de financement actuel de la société en commandite de la C Series, tout en assurant les besoins en trésorerie jusqu’à concurrence de 700 millions $ US lors des trois premières années.

Eh oui, même si Bombardier a gracieusement cédé le contrôle (soit 50,01 %) de la C Series à Airbus, la direction de Bombardier s’est engagée à en assurer le financement.

Par conséquent...

Plus Bombardier va injecter de l’argent dans la C Series, plus la part du gouvernement va fondre.

De 49,5 % qu’elle était lors de l’annonce initiale en octobre 2015, la part du Québec dans la C Series a fondu jusqu’à présent à 18,5 %. Et ça va se poursuivre... Et la Caisse, elle, a vu sa part de 30 % dans Bombardier Transport baisser à 27,5 %.

L’erreur

En investissant directement « nos » 3,3 milliards $ dans la C Series et Bombardier Transport, au lieu d’acquérir des actions de Bombardier, le gouvernement Couillard et la Caisse ont raté l’occasion d’augmenter sensiblement la valeur de « notre » investissement initial.

Sachez que l’action de Bombardier a presque triplé depuis l’annonce de l’investissement de Québec dans la C Series (29 octobre 2015) et celui de la Caisse dans Bombardier Transport (19 novembre 2015).

Cela a permis à la famille des Beaudoin et Bombardier d’engranger une plus-value de 625 millions $.

Le titre de Bombardier a reculé hier de 23 cents (5,75 %), pour fermer à 3,77 $. Une seule explication : le cours de fermeture s’est rapproché du prix de la nouvelle émission d’actions, soit 3,80 $.