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Survivre à l’horreur, puis repartir à zéro

Une distribution de qualité pour Une bête sur la lune

Une bête sur la lune
Photo courtoisie, Nicola-Frank Vachon Les comédiens Mustapha Aramis et Ariane Bellavance-Fafard excellent dans ce couple dépareillé qui a survécu au génocide arménien.

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Être coincé entre ses racines et l’espoir d’une nouvelle vie, la pièce Une bête sur la lune aborde le parcours d’un homme et d’une femme qui, après avoir vécu l’horreur, essaient de se reconstruire dans un pays étranger.

À l’affiche jusqu’au 24 mars à La Bordée, l’œuvre de l’Américain Richard Kalinoski raconte l’histoire d’Aram Tomasian qui a fui le génocide arménien pour aller s’installer à Milwaukee en 1921.

Seul survivant d’une famille décimée par les massacres, le jeune homme n’a qu’un objectif en tête et c’est de reconstruire sa famille en sol américain.

Il fait venir Seta, une Arménienne orpheline, qu’il a lui-même sélectionnée parmi 37 photos de jeunes femmes.

Aram Tomasian est un homme strict, froid, directif, qui vit selon les principes de la Bible et qui a un pied bien ancré dans ses origines arméniennes. Il a réussi à conserver une seule photo de sa famille, où il découpe les têtes de gens disparus pour les remplacer par celles de ses futurs enfants. L’homme est photographe.

« Ma vie peut enfin commencer. J’ai une femme », lance-t-il à l’arrivée de Seta.

Personnifiée par Ariane Bellavance-Fafard, Seta préfère regarder vers l’avant. Elle a une soif de liberté, de découvertes et souhaite laisser les horreurs du passé derrière elle. Cette jeune femme, qui était sur le point de mourir dans un orphelinat, est reconnaissante de la chance qui lui est offerte.

Superbe distribution

Un vieil homme, interprété par Jack Robitaille, est le narrateur de cette histoire. Il est aussi lié de près à ce couple dépareillé, dans lequel la femme ne peut pas avoir d’enfant. Une situation qui frustre Aram Tomasian et qui voit son rêve de créer une famille être anéanti.

Une bête sur la lune met un peu de temps à se déployer, avec un texte qui s’attarde peut-être un peu trop sur le monde qui sépare ces deux immigrants.

L’arrivée de Vincent, un jeune garçon superbement interprété par Rosalie Daoust, permet à la pièce de décoller. Seta décide de venir en aide à cet enfant, abusé dans un orphelinat, et cette arrivée amène des éléments d’humour, dynamise la proposition théâtrale et bousculera l’état des choses.

L’intensité monte graduellement jusqu’à une scène finale, puissante d’espoir, qui fait lever les poils sur les bras.

La distribution excelle avec un Mustapha Aramis, totalement méconnaissable pour ceux qui l’ont découvert dans le téléroman L’Heure bleue.

Une bête sur la lune, mise à part une longue mise en bouche, est un bel objet théâtral sur l’immense défi de se bâtir une nouvelle vie. Un défi qui est loin d’être évident et où il faut, parfois, abandonner certaines choses du passé.