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Chaos à la Maison-Blanche: pourquoi s’en faire?

Donald Trump
Photo d'archives, AFP Donald Trump

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Chaque jour apporte son lot de nouvelles rocambolesques sur le chaos qui règne à la Maison-Blanche. Devrions-nous nous inquiéter des frasques de Trump ?

Donald Trump adore le chaos. Son administration, qui bat tous les records de roulement du personnel, est la plus dysfonctionnelle de l’histoire moderne des États-Unis. L’ex-vedette de téléréalité a fait de sa Maison-Blanche un nid d’intrigues et de luttes internes où les grandes décisions dépendent davantage des sautes d’humeur du patron que d’un processus ordonné et rationnel. Dernier épisode : le départ du conseiller économique Gary Cohn suite à la décision impulsive du président de déclencher une ruineuse guerre commerciale.

Pas notre affaire ?

Parmi les réactions qu’inspire chez nous le triste spectacle de la présidence Trump, deux attitudes sont aussi nocives qu’erronées. Certains minimisent le problème. Tant pis pour les Américains si leur président est nul ; ses frasques ne nous concernent pas. Pour d’autres, dont le cynisme n’a d’égal que le tribalisme partisan, c’est pire chez nous. Nos politiciens sont tellement ineptes qu’on se porterait mieux si un clone de Trump venait secouer notre politique.

L’épisode des tarifs que Trump est déterminé à imposer sur l’acier et l’aluminium montre comment ces deux attitudes sont erronées.

Qui va écoper ? Nous

Suite à un autre revirement, le Canada échappe pour le moment aux tarifs de 25 % et 10 % que Trump a décidé sur un coup de tête d’imposer aux importations d’acier et d’aluminium, mais des milliers d’emplois québécois restent vulnérables à un nouveau sursaut protectionniste de l’impétueux président.

Même si le Canada est temporairement exempté de ces tarifs sur ces deux produits, cette action de l’administration Trump mènera presque inévitablement à des représailles de la part des pays touchés. S’ensuivra une guerre commerciale que Donald Trump est persuadé de pouvoir « gagner ». L’Histoire enseigne toutefois que de tels affrontements ne font que des perdants. Parmi ces perdants, il y aura nécessairement l’économie américaine et — forcément — la nôtre aussi.

Un risque plus profond

Le conseiller économique démissionnaire s’est évertué sans succès à faire comprendre cette vérité à Trump, mais Trump n’en a rien à cirer des experts. Qu’il s’agisse d’économie, de stratégie nucléaire ou de santé, Donald Trump n’y connaît rien, mais il est persuadé d’être le leader providentiel qui, seul, peut régler les maux de son pays.

Jusqu’à maintenant, l’inertie du gouvernement américain a tempéré les effets du chaos qui règne à la Maison-Blanche, mais, comme ce sursaut protectionniste le démontre, cet équilibre fragile pourrait basculer et laisser le champ libre aux idées les plus tordues, voire aux pulsions autoritaires, d’un président accablé par les scandales qui lui collent à la peau.

Pourtant, il s’en trouve encore pour dire que c’est pire chez nous. Oui, on a nos problèmes, petits et gros, mais si on croit pouvoir les régler en important le trumpisme, on risque de perdre encore plus. C’est aussi pour ça qu’il faut s’inquiéter des frasques de Trump.