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Les médecins en font moins

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Nous connaissons tous cette phrase de Félix Leclerc : « La meilleure façon de tuer un homme, c’est de le payer à ne rien faire. »

J’en ai une nouvelle : « Si tu paies trop un homme pour faire quelque chose, il en fera moins que nécessaire. » Elle m’est inspirée par la baisse de productivité des médecins entre 2006 et 2015, alors que leur rémunération a doublé, selon le chercheur Damien Contandriopoulos, qui a mené l’étude.

Le gouvernement aura beau dire que ce dernier rapport du Commissaire à la santé, le chien de garde du système, poste aboli par le Dr Barrette, ne donne qu’un point de vue partiel, on imagine mal une spectaculaire augmentation de la productivité depuis, vu la résistance aux initiatives du ministre.

Le gouvernement a même dû suspendre les aspects contraignants des lois qui chapeautent la réforme.

Et après ?

Essayez de trouver un médecin par un vendredi après-midi d’été, à Montréal. Mon mari en a fait l’expérience : il a dû se rendre en Ontario, en désespoir de cause, où il a été soigné comme un prince. Imaginez : passer un examen de résonnance magnétique au public, le samedi. On croit rêver.

J’ai fait le tour de mes connaissances pour savoir si quelqu’un avait remarqué que c’était plus facile de voir un médecin depuis la réforme Barrette. Vous imaginez la réponse, même chez ces heureux du système qui ont enfin trouvé un médecin de famille, mais qui n’arrivent jamais à le voir à temps pour éviter d’atterrir à l’urgence.

Il faudra des années pour comprendre l’ampleur du désastre. Et encore plus d’années et d’argent pour réformer la réforme. Le Dr Barrette ne sera plus qu’un souvenir, mais les Québécois, eux, vont continuer de payer et d’en pâtir.