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Un an et demi de prison pour un bandit à cravate

Le fondateur de Cinar avait pourtant été condamné à neuf ans de pénitencier

Le procès de Cinar
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Ronald Weinberg était libre lors de son long procès, tel qu’on le voit ici au palais de justice de Montréal en 2014. Il a été incarcéré après avoir été déclaré coupable.

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Le fondateur de la maison de production Cinar a finalement passé moins de temps derrière les barreaux qu’assis à subir son procès pour une vaste fraude de 120 millions $ qui lui avait pourtant valu neuf ans de pénitencier.

Ronald Weinberg a vécu un peu plus d’une année et demie en prison, comparativement à son procès devant jury d’une durée de deux ans, un record canadien.

Il s’était étiré pendant si longtemps qu’une jurée était tombée enceinte et avait accouché, tandis que les deux procureurs Matthew Ferguson et Céline Bilodeau ont reçu un prix d’excellence pour avoir réussi à mener les procédures jusqu’au bout.

Mais après avoir été condamné en juin 2016, Weinberg, 66 ans, a récemment obtenu une semi-liberté pendant laquelle il travaillera comme consultant d’affaires pour des amis, en plus de faire du bénévolat.

Weinberg avait été reconnu coupable d’avoir détourné des millions de dollars de Cinar, un fleuron québécois connu pour les dessins animés Caillou et L’Ours Paddington, entre autres.

Une grande partie de l’argent a été détournée dans un compte offshore aux Bahamas, de 1997 à 2005.

Un prisonnier modèle

« Cette fraude a mené à la chute de Cinar et des milliers d’investisseurs ont perdu les épargnes de leurs retraites, note la Commission des libérations conditionnelles du Canada [CLCC] dans son plus récent rapport. Votre dossier indique que vous vous êtes montré indifférent face à ces investisseurs. »

Weinberg avait été condamné à presque neuf ans de pénitencier par le juge Pierre Labrie, qui avait souligné la « cupidité » du fraudeur.

Derrière les barreaux, Weinberg n’a pas participé à des programmes de réhabilitation, mais il a travaillé quelques mois dans les cuisines du pénitencier. En janvier 2017, il a toutefois tout arrêté afin de se concentrer sur son dossier d’appel, indique la CLCC. Car même condamné, Weinberg continue de contester tant le verdict de culpabilité que sa sentence.

« Vous avez un excellent réseau dans la communauté, vous n’avez aucune dette ainsi qu’un fonds de pension », peut-on lire dans le rapport.

Pas de risque

Malgré ce bon comportement, Weinberg manque encore d’empathie envers ses victimes, déplore la CLCC.

« Les montants impliqués dans la fraude étaient significatifs, et vos gestes illégaux et immoraux ont causé de sérieux dommages à de nombreux investisseurs qui ont perdu leurs économies », indique le rapport.

Mais le rôle de la CLCC se limitait à évaluer le risque de récidive violente. Comme rien n’indiquait qu’une libération mettrait en danger la sécurité du public, la Commission n’a pas eu le choix que d’accorder à Weinberg une semi-liberté.

Ce régime permet à un condamné de « participer de façon continue à des activités dans la collectivité », indique la CLCC sur son site internet. Il permettra également à Weinberg de se préparer à une libération conditionnelle totale.

Pendant cette période, Weinberg devra toutefois respecter plusieurs conditions.

Outre d’être forcé à faire deux journées de bénévolat par semaine, il lui sera interdit de gérer les finances ou les investissements d’autres personnes, et il ne pourra pas être en contact avec des gens qui participent à des activités criminelles.

Ce que la Commission des libérations conditionnelles a dit

« Selon vous, vous deviez faire affaire avec des gros joueurs de l’industrie et vous avez été largement influencé par la mentalité qui prévalait. »

« Selon vous, votre succès en affaires a nourri votre sensation de pouvoir et d’invincibilité. »

« La Commission a pris en considération votre engagement dans votre plan correctionnel, une plus grande responsabilisation pour vos actions et votre participation au programme de justice réparatrice, que vous semblez avoir apprécié. »

« La Commission a pris en considération que la maison de transition va vous superviser pendant une période de temps significative. »

« Vous avez démontré votre capacité à respecter les règles et les conditions [de liberté] dans le passé. »

« Il vous reste du travail à faire sur votre conscientisation et votre empathie envers vos victimes. »

« Pendant votre semi-liberté, nous nous attendons à ce que vous évitiez d’être inactif, et que vous fassiez des efforts pour devenir un membre productif de la société. »