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Plus de congés de maladie chez les enseignants

Des profs craignent que la tendance ne s’aggrave si les conditions de travail ne s’améliorent pas

Francis Jacob
Photo Yves Charlebois Pour la première fois cette année, le syndicaliste Francis Jacob observe une pénurie d’enseignants à la Commission scolaire des Appalaches, où le taux de congés de maladie est le plus élevé de la province, selon les plus récents chiffres du ministère. 

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Troubles cardiaques, cancers, épuisement professionnel. Les congés de maladie sont en hausse chez les enseignants, une tendance qui inquiète plusieurs profs et qui pourrait s’aggraver dans les prochaines années.

« On va en voir de plus en plus, des enseignants malades, et pas juste chez nous », prédit Francis Jacob, du Syndicat de l’enseignement de L’Amiante, en Chaudière-Appalaches.

Les quelque 500 professeurs qu’il représente avaient un taux de maladie presque deux fois plus élevé que dans le reste de la province, en 2015-2016, d’après les chiffres les plus récents disponibles au ministère de l’Éducation.

Selon des données obtenues par Le Journal, les montants versés en assurance salaire à des professeurs étaient en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente dans l’ensemble du Québec.

Cette assurance s’applique lorsqu’un employé s’absente entre six jours et deux ans, que ce soit pour traiter un cancer ou un épuisement professionnel, par exemple.

La triste championne de ce palmarès est la Commission scolaire des Appalaches, avec un taux de 9,4 jours de maladie par enseignant, alors que la moyenne québécoise était de 5,8 jours par an.

Année « exceptionnelle »

« Cette année-là [2015-2016] a vraiment été exceptionnelle », avoue Jean Roberge, directeur général de la commission scolaire, qui a même fait un déficit budgétaire en raison des coûts en assurance salaire.

Or, cette hausse soudaine est due à des maladies qui sont physiques et n’ont rien à voir avec le boulot, selon M. Roberge.

Quand les profs sont peu nombreux, il suffit que quelques-uns soient malades pour que cela influence grandement les statistiques, explique-t-on.

Même son de cloche du côté des directeurs de ressources humaines de deux autres commissions scolaires qui avaient des taux de plus de huit jours de maladie par enseignant.

À la Commission scolaire René-Lévesque, en Gaspésie, c’est le nombre de maladies cardiovasculaires qui a explosé, indique Denis Gauthier.

À la Commission scolaire Des Chênes, dans le coin de Drummondville, 60 % des maladies qui mènent à l’assurance salaire sont de nature psychique, la majorité en lien avec des situations familiales ou conjugales, indique Daniel Dumaine.

Pas une coïncidence

Du côté syndical, on ne croit pas à la coïncidence.

« La tâche est rendue tellement lourde et complexe, on arrive plus vite à l’épuisement », indique Josée Scalabrini, de la Fédération des syndicats de l’enseignement, qui représente plus de 65 000 profs.

Le Journal publiait hier un reportage sur la pénurie d’enseignants qui sévit à travers la province et que ni le ministère de l’Éducation ni les syndicats n’arrivent à chiffrer. Ce manque de personnel force certains à faire du remplacement obligatoire et contribue au cercle vicieux de l’épuisement, ont affirmé plusieurs profs.

« C’est un cas isolé, mais il est arrivé qu’un concierge fasse un remplacement dans une classe, faute de suppléant », illustre M. Jacob, qui remarque que la pénurie commence à se faire sentir dans sa région pour la première fois cette année.

À grande échelle, les recherches en santé publique montrent que la détérioration des conditions de travail peut mener à toutes sortes de maladies, rappelle Simon Viviers, professeur à l’Université Laval. Troubles cardiaques, maux de dos, problèmes de santé mentale variés, énumère-t-il.

« C’est difficile de se prononcer sur chaque cas, mais globalement, la soupe est chaude. On sait que les conditions de travail des enseignants sont difficiles. »

La situation risque toutefois de varier selon les milieux, les conditions n’étant pas les mêmes pour ceux qui enseignent au privé ou en milieu défavorisé, nuance Égide Royer, aussi professeur à l’Université Laval.

Assurance salaire chez les profs québécois

2013-2014

  • 342 281 jours
  • 86,9 M$

2014-2015

  • 340 099 jours
  • 88,5 M$

2015-2016

  • 373 285 jours
  • 98,2 M$