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Vacances dans les bois

<b><i>Un mal terrible se prépare</i></b><br>
Laurent Lussier, Éd. La Mèche, 233 pages
Photo courtoisie Un mal terrible se prépare
Laurent Lussier, Éd. La Mèche, 233 pages

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Mi-fable, mi-suspense, mi-engagé, mi-léger, voici un roman inclassable qui nous fait joliment ­réfléchir sur ­l’environnement.

Il est bien particulier, le héros du premier roman de Laurent Lussier, Un mal ­terrible se prépare. Il part en vacances au petit bonheur la chance dans une région de villégiature très fréquentée, mais où il reste des coins sauvages.

Sauf que dès les premières pages du récit, son plan de camper un peu n’importe où, au gré de ses envies, est chamboulé. Le narrateur tombe sur un étang sur lequel flotte une étrange mousse orange et découvre non loin de là une chauve-souris qui gît dans la boue, affaiblie et couverte de boutons blancs. Dès lors, les vacances changeront radicalement d’allure.

Constats quotidiens

Le narrateur (on ne saura pas son nom) alerte le Réseau d’urgence pour la faune, qui s’occupe d’animaux sauvages blessés – et les circonstances sont telles qu’il se retrouve aussitôt à œuvrer aux côtés de bénévoles du groupe. Après tout, pourquoi pas ? Il a du temps et aucun projet en vue, si ce n’est d’observer, calepin à la main, ce que la vie lui enverrait. Comme il le dit : « De chaque aventure j’extrairais la leçon – la maxime qui en constitue le noyau [...], un certain nombre de certitudes basées, en quelque sorte, sur la nature. »

Nous nous trouvons donc à suivre à la fois le récit de son implication avec le Réseau d’urgence, et les notes qu’il écrit dans son calepin. Chaque chapitre du roman se conclut dès lors par une courte maxime inspirée par les constats de la journée : « N’imposez pas aux autres votre manière de fuir », ou encore « Sachez paisiblement ignorer qui vous êtes ».

Cohabitation difficile

Derrière ces phrases livrées sourire en coin, une vraie histoire se déroule : les animaux de la forêt tombent un à un, victimes d’un curieux biologiste qui semble se livrer à de dangereuses expériences. Les bénévoles du Réseau d’urgence, incluant le narrateur, passeront le mois à tenter de soigner les bêtes malades et à traquer celui qui s’en prend à elles.

On verra là une métaphore de la difficile cohabitation, dans nos sociétés modernes, entre la civilisation et la nature brute qui abrite tant d’espèces animales. Laurent Lussier arrive à en parler sans assommer le lecteur. C’est plutôt l’enquête policière, menée de manière quasi ludique par les bénévoles, qui joue le rôle de révélateur de l’état de la forêt, cernée par des poches industrielles et résidentielles.

Il faut dire que l’auteur sait décrire la nature, sans lyrisme, telle qu’elle est : un mélange de bois touffus, de marais et de plaines boueuses, entouré de segments de plus en plus asphaltés. S’y greffent les réflexions du narrateur qui mènent à d’intéressantes digressions, parfois ­ironiques, parfois fantaisistes, donnant une saveur inusitée au récit.

Et tout ça, au final, n’est vraiment pas bête !