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Embauche: enquête sur le formulaire intrusif de l'Université Laval

L’Ordre des conseillers en ressources humaines se penche sur le questionnaire controversé

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L’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés a ouvert une enquête concernant le formulaire d’embauche intrusif dont l’existence avait été rapportée par Le Journal et qui a « potentiellement » été distribué par ses membres à l’Université Laval.

C’est une plainte déposée par le conseiller syndical représentant les quelque 2000 employés de soutien de l’Université Laval, Eric-Jan Zubrzycki, qui a forcé l’Ordre à ouvrir une enquête. Celle-ci vise les conseillers en ressources humaines qui auraient été impliqués dans la distribution de ce formulaire intrusif, qui contrevenait à la Charte des droits et libertés. « [...] il s’agit d’un dossier complexe et impliquant potentiellement plusieurs CHRA [conseillers en ressources humaines agréés]. Nous déterminerons plus précisément le nom des CRHA visés par cette enquête lorsque nous aurons obtenu davantage d’informations », peut-on lire dans une première missive envoyée au représentant syndical.

Selon M. Zubrzycki, au moins 1500 employés actuels ont dû répondre aux questions de ce formulaire depuis son adoption, il y a huit ans. « Souffrez-vous du sida, quelle est la date de vos dernières menstruations, avez-vous été soigné pour un cancer ? », faisaient notamment partie des questions posées lors du processus d’embauche. L’Université Laval avait retiré le formulaire, lorsque questionnée par Le Journal, en janvier dernier.

Des « actions » envisagées

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a eu un « échange téléphonique » avec la direction de l’Université en ce sens. Selon la coordonnatrice du service des communications de la Commission, Meissoon Azzaria, des « actions » pourraient être entreprises prochainement pour sensibiliser les employeurs à la protection du candidat contre la discrimination au moment de l’embauche.

Par ailleurs, l’avocate de la CDPDJ tient à rappeler que chaque question et sous-question d’un formulaire de préembauche doit être justifiée quant au type d’emploi convoité. « Si vous avez un questionnaire qui demande quel est l’emploi pour lequel vous postulez, ça semble être un questionnaire général, qui est remis à tous les candidats pour être rempli. C’est un premier indice qu’on est possiblement dans une situation de discrimination », indique Me Stéphanie Fournier.

Les questions « ouvertes » et non limitées dans le temps peuvent aussi poser problème, selon elle. « C’est comme si toute votre vie faisait l’objet de l’examen de votre candidature », souligne-t-elle.

« Femmes seulement »

Les sections « femmes seulement » irritent aussi l’avocate de la Commission. « C’est comme si on lançait le message que, pour un même emploi, le fait que vous soyez une femme fait en sorte que vous êtes traitée différemment », mentionne-t-elle.

– Avec la collaboration de Benoit Philie

D’autres cas qui préoccupent

À la suite du reportage du Journal concernant le formulaire d’embauche intrusif distribué à l’Université Laval, Le Journal a obtenu copie d’autres formulaires semblables, dont celui de ABB et de la SAQ. Pour sa part, ABB affirme l’avoir retiré. La Société d’État affirme quant à elle être en train de le « retravailler ».

SAQ

Photo courtoisie
Photo courtoisie
Photo courtoisie

Entreprise ABB

Photo courtoisie

Les entreprises se défendent

Des formulaires d’embauche obtenus par Le Journal démontrent que d’autres entreprises d’envergure, comme la SAQ et ABB, ont aussi recours à des questions intrusives dans leur processus d’embauche.

Même si le formulaire médical de la SAQ est en pleine « révision », la Société d’État n’a pas pu indiquer quelle(s) question(s) sera retirée ou reformulée au cours des prochains mois.

« Ces questions servent à nous assurer que l’employé a la capacité d’évoluer dans son poste. Le questionnaire nous permet d’évaluer s’il y a quelque chose que l’entreprise doit savoir pour adapter le poste ou l’environnement de travail de façon à optimiser la performance de l’employé. » Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ

Chez ABB, on indique que le formulaire médical a été retiré après la publication du reportage du Journal en ce sens. Il n’a toutefois pas été possible d’obtenir le nouveau formulaire.

« ABB a obtenu la confirmation de son partenaire que ce type de questions n’étaient plus abordées depuis 2009, alors que ses formulaires ont été modifiés. » Sylvie Bergeron, vice-présidente des ressources humaines chez ABB