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Données pour comparer le salaire du PDG et de l’employé

Les États-Unis forcent la publication de certaines infos, mais le Canada ne semble pas vouloir emboîter le pas

Yves-Thomas Dorval
Photo d'archives, Chantal Poirier Yves-Thomas Dorval, du Conseil du patronat du Québec, préfère ne pas se prononcer sur le bien-fondé d’une loi qui oblige les compagnies à dévoiler l’écart de rémunération entre le PDG et l’employé.

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Les États-Unis obligent maintenant les compagnies cotées en Bourse à dévoiler l’écart – souvent énorme – entre la rémunération du PDG et celle de l’employé moyen, mais Ottawa ne semble pas avoir l’intention d’emboîter le pas.

Les employés de Kellogg’s ont eu la surprise de leur vie en apprenant la semaine dernière que le président du fabricant de céréales avait gagné 183 fois le salaire médian de ses employés l’an dernier, avec une rémunération de 7,3 millions $ US.

Comme celle du PDG, la rémunération médiane des employés doit maintenant être incluse dans les rapports annuels des entreprises américaines. Cette mesure qui vise à fournir plus de transparence aux employés et aux actionnaires a vu le jour à la suite de la crise économique de 2008. Mais elle n’entre en vigueur que cette année.

D’autres cas sont plus graves : chez Humana Inc., l’employé médian a empoché 57 385 $ US en 2017 et son PDG presque 344 fois plus, avec un gagne-pain de 19,8 M$ US !

Une mesure demandée ici

Au Québec, le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) réclame aussi de connaître le salaire médian (ou moyen) des employés de toutes les compagnies cotées en Bourse, pour calculer le ratio PDG-employé en matière de rémunération.

« C’est une mesure de transparence qui permet de comparer facilement combien gagne le PDG et de quelle manière cela se compare à l’employé moyen. C’est important que cette information soit publique », dit-il.

Déjà, dès cette année, six des sept grandes banques canadiennes se sont engagées à le faire grâce au travail du MÉDAC, souligne Willie Gagnon, le coordonnateur de l’organisme.

Ottawa ne s’engage pas

À la question de savoir si le ministre des Finances Bill Morneau envisageait une telle mesure, une porte-parole n’a pas répondu. Ottawa met l’accent sur l’équité salariale, a déclaré Chloé Luciani-Girouard.

À la tête du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval préfère ne pas se prononcer sur le bien-fondé d’une telle loi. Mais il juge que c’est avant tout aux actionnaires des compagnies de formuler cette demande.

Il affirme que depuis qu’il est obligatoire pour les entreprises cotées en Bourse de publier les salaires de sa haute direction, depuis une dizaine d’années, des « effets négatifs » se sont fait sentir. « On a assisté à une surenchère dans la rémunération, les PDG se comparaient entre eux et ça a mené à une augmentation des salaires des dirigeants », déplore-t-il.

La mesure proposée n’est pas parfaite, reconnaît M. Gagnon, du MÉDAC. Ainsi, il est « normal » que le PDG d’une compagnie comme Couche-Tard ait un ratio de rémunération très élevé puisque la plupart de ses employés travaillent au salaire minimum, souvent à temps partiel.

Elle permet toutefois de comparer l’entreprise avec elle même d’année en année et rend le PDG plus imputable par rapport à sa performance et à son salaire, conclut-il.