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De Marseille à Québec

Thomas Le Boucher a quitté son quartier dangereux pour venir jouer au football

Le joueur de ligne offensive Thomas Le Boucher en compagnie de son mentor Cédric Cotar.
Photo courtoisie Le joueur de ligne offensive Thomas Le Boucher en compagnie de son mentor Cédric Cotar.

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Le football a permis à Thomas Le Boucher de quitter un milieu très difficile afin de s’offrir une opportunité de s’épanouir tant sur les plans académique que sportif à 6000 kilomètres du nid familial.

Résident de Gavotte-Peyret, un quartier pauvre et violent de Marseille Nord, Le Boucher a découvert à l’hiver 2016 le football par l’entremise de Cédric Cotar qui est entraîneur avec les Blue Stars. « Thomas voulait changer le cours de son histoire, a résumé Cotar qui s’est joint au Rouge et Or de l’Université Laval l’automne dernier comme entraîneur des secondeurs. Même si tu es motivé, c’est compliqué de réussir à l’école dans ce quartier pas facile où tu peux faire beaucoup d’argent en peu de temps en n’allant pas à l’école. Un des bons amis de Thomas est décédé sous les balles de Kachelnikov cet hiver. »

Voyant son potentiel physique, Cotar l’a invité avec les Blue Stars de Marseille. « On a commencé à travailler sur le projet un an et demi avant son départ pour Québec, a-t-il raconté. L’idée était de le raccrocher à l’école. Pour continuer le football, il devait continuer d’étudier. On l’a amené avec nous en vacances pour un camp à l’été 2016 où il a pu découvrir Québec. »

Financement

En août dernier, le gaillard de 6 pi 4 po et 275 livres a quitté sa famille et ses amis pour se joindre à l’Arsenal de l’Académie Saint-Louis où il a rencontré Francesco Pepe Esposito qui a vécu une histoire similaire quand il a quitté la banlieue parisienne au milieu des années 1990.

« C’est un gros défi parce que je ne suis pas une étoile à l’école, a-t-il raconté. Je suis content comment ça se passe et du soutien de tout le monde. Je veux réussir et je prends maintenant du plaisir à aller à l’école. Les professeurs m’aident et m’encouragent alors que c’était n’importe quoi en France. »

Cotar et sa conjointe Sylvie Goirand préparaient ce départ depuis un an et demi. « Cédric est mon mentor, a résumé l’étudiant en 5e secondaire. Il m’aide dans tout. Sans lui, je ne serais pas à Québec. Avec tous les efforts que beaucoup de personnes ont faits, je dois réussir, sinon c’est moi qui serai à blâmer. Le plus difficile fut de quitter ma famille et mes amis. Ma mère est fière de moi et elle est encore derrière moi même à 6000 kilomètres. »

L’aventure n’aurait pas pu se matérialiser sans l’apport de gens d’affaires qui ont déplié les cordons de leur bourse par le biais de l’Association à but non lucratif Opportunité Études et Sport.

« Le financement de son cursus scolaire à raison de 100 000 euros (144 000 $) est assuré jusqu’à la fin de l’Université. Comme dans Blind Side (L’Éveil d’un champion) avec Sandra Bullock, son histoire plaît, mais les donateurs souhaitent avant tout qu’il obtienne un diplôme universitaire. »

Pas de doute sur le potentiel

Si l’adaptation de Thomas Le Boucher à l’école n’a pas été évidente, son potentiel sur le terrain de football n’a jamais fait de doute.

À sa première saison au Québec, le gaillard de 6 pi 4 po et 275 livres n’a pas tardé à s’imposer, lui qui avait percé l’alignement de l’équipe de France U-19 l’été dernier alors qu’il n’était âgé que de 16 ans avec une sélection comme joueur de ligne offensive par excellence du championnat européen en prime.

« Il a été dominant contre tous les meilleurs joueurs de ligne défensive du circuit, a résumé l’entraîneur-chef de l’Arsenal de l’Académie Saint-Louis Francesco Pepe Esposito. Il est parmi les meilleurs que j’ai vus à cet âge, mais surtout avec un potentiel incroyable. C’est une aberration qu’il n’ait pas été choisi sur l’équipe d’étoiles. »

Recruté par la majorité des équipes collégiales Division 1, Le Boucher a opté pour le campus Notre-Dame-de-Foy. « Je voulais demeurer à Québec près de Cédric [Cotar], a-t-il expliqué. Au CNDF, je vais vivre en résidence, fréquenter une école privée et évoluer pour la meilleure équipe à Québec. »

Gros blocage

Le plan était clair pour Cotar, qui sera de retour pour une deuxième année comme entraîneur des secondeurs avec le Rouge et Or de l’Université Laval. « On voulait éviter de le bouger. On ne voulait pas recommencer à zéro. Ses parents ne voulaient pas qu’il se retrouve seul à Montréal. »

Le Boucher aimerait évoluer dans la NCAA. « C’est un de mes objectifs, mais l’anglais représente pour le moment un gros, gros blocage, a-t-il souligné. Ça s’améliore de jour en jour, mais il y a encore beaucoup de travail à faire. »

Cotar met des bémols. « La NCAA est un rêve, mais c’est un autre monde. Il devra quitter son cocon de Québec. L’objectif numéro un est qu’il obtienne son diplôme secondaire. Le deuxième objectif sera son diplôme collégial, ce qui serait déjà bien. Le réseau universitaire et la LCF sont des produits très intéressants. »