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Trois festivals d'humour à Montréal, est-ce réaliste ?

Trois festivals d'humour à Montréal, est-ce réaliste ?
Photo d'archives

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Depuis l’annonce de la semaine dernière, au moment où l’on a confirmé la vente de Juste pour rire/Just for Laughs à ICM Partners et Howie Mandel, la question qui a été répétée le plus par les journalistes est : est-ce que c’est possible d’avoir deux festivals d’humour en même temps à Montréal ?

Les journalistes faisaient alors allusion au festival Juste pour rire et au nouveau Grand Montréal Comédie Fest.

Mais la question était erronée dès le départ.

Il y a déjà deux festivals d’humour qui se tiennent en même temps à Montréal en juillet depuis 2009, soit Juste pour rire et Zoofest.

Vous me direz que les deux font partie de l’ancien empire Rozon, ce qui n’est pas faux. Mais Zoofest était et est toujours très différent de Juste pour rire, autant en ce qui concerne sa formule artistique, son offre, que son modèle économique.

Ils répondent à des besoins différents, autant pour le public que pour les artistes.

Juste pour rire, c’est une offre extrêmement généreuse : des spectacles en salle sous forme de galas, mais aussi des one-man/one-woman show, des artistes de rues, des parades, des spectacles en plein air gratuits, etc. Combiné à Just for Laughs, on additionne à cela des films, des conférences, des spectacles thématiques, de la musique, des variétés, etc.

Zoofest, c’est plus « off » comme programmation. C’est plus éclectique, plus laboratoire. Il n’y a pas le critère d’une grosse mise en scène super serrée. C’est la scène d’été de la relève, des preneurs de risques, des casse-gueule, du rodage, de l’expérimentation, de la folie.

Côté prix, là aussi, c’est le jour et la nuit. La passe la moins dispendieuse pour Zoofest, à 49.99 $, offre trois spectacles à choisir à l’achat, plus un spectacle par jour pendant presqu’un mois. Ça ne revient pas très cher le spectacle !

Et là arrive le Grand Montréal Comédie Fest (GMCF) exactement la même période que Zoofest, à deux semaines de Juste pour rire.

Et on s’entend que le festival a été créé en réaction aux allégations envers Gilbert Rozon.

Je n’ai pas assez de mots pour vous dire à quel point j’ai hâte de connaître les différentes programmations. Ça doit jouer du coude présentement en négociations. Sans parler de possible crises de loyauté chez les artistes qui sont nés à Juste pour rire, mais qui ont été blessés par les histoires de l’automne, avec raison.

Mais je pose la question : pourquoi un nouveau festival qui reprendrait la vieille formule des galas ?

Qu’il y ait, chez les artistes concepteurs du GMCF, un fort sentiment de vouloir prendre la direction artistique d’un festival d’humour en mains, je trouve ça extrêmement intéressant. Et je l’encourage.

Mais tant qu’à créer quelque chose de nouveau, pourquoi ne pas mettre le feu aux vieux concepts et aux vieux modèles ? Pourquoi ne pas se lancer dans du jamais vu au Québec ? Pourquoi ne pas sortir des sentiers battus ?

Et pourquoi ne pas choisir un autre temps de l’année ? Un temps de l’année gris, « poche », quand les gens souffrent de dépression en regardant Météomédia, surtout quand le Canadien de Montréal fait pitié ? Un temps de l’année où il y aurait un réel besoin pour les gens de sortir et de vivre de l’humour autrement que d’être assis sagement dans une salle en rangée d’oignons ?

Cela fait 30 ans qu’on vit selon un certain modèle, qui va bien mais qui en a pris lourdement pour son rhume récemment. On voit présentement une forte attraction pour le style stand-up et les petites salles, pour une relation de plus grande promiscuité avec le public, de plus grande intimité... SVP, sortez-nous du modèle impersonnel à grande salle de 500 personnes et plus !

Et je suis convaincue qu'il y a d’autres manières d’offrir de l’humour pendant les mois de pluie, de gadoue et de neige, qu’en enfermant les spectateurs sur des rangées de sièges dans les théâtres. Nous sommes trop créatifs en humour au Québec pour ne pas essayer de voir plus loin.

Pourquoi ne pas s’inspirer des Comiccons et autres rencontres d’envergure entre les communautés artistiques et du divertissement avec le public, les fans et les vrais de vrais mordus ?

Pourquoi ne pas lancer un événement multidisciplinaire qui réunirait caricaturistes, animateurs de podcasts, réalisateurs, artistes en art visuel, improvisateurs, stand-up poètes et autres artistes de l’humour, en plus de nos humoristes ?

Oui, il y a de la place pour un autre festival d’humour !

Entendons-nous : je ne fais pas l'apologie à sens unique de Juste pour rire ou Zoofest. Je dis que tant qu'à offrir du nouveau, soyons au moins différents en tout, pas seulement en parties.

Si on ne change pas, si on garde les vieilles recettes, alors là oui ! On pourra dire que trois festivals d’humour en juillet à Montréal, c’est trop. À un moment donné, on aura tout vu et tout entendu. Même les « fans finis » auront atteint leur quota. Le tout risque de diluer la qualité des textes et des numéros. On va se tirailler les artistes et plus personne n’aura de plaisir.

Oui, il y a de la place, mais SVP ne nous servez pas la même recette avec des épices différentes. Je souhaite du nouveau, de l’inconnu, un plongeon dans le vide, une explosion de créativité. Le public québécois est de plus en plus connaisseur de son humour. On ne lui fait plus accepter les mêmes vieux jeux de mots qu’il y a vingt ans. Lancez-lui le défi d’entrer dans un nouveau délire. Il y a définitivement de la place pour ça.